Le travail sexuel ne disparaitra pas. Toujours plus de prohibition et de répression pourra donner bonne conscience à certains mais ne résoudra pas les problèmes de pauvreté et d’exploitation. Pénaliser nos clients au contraire amènera une baisse de nos revenus, aggravera la violence, le stigma et entravera l’accès aux soins et aux services de santé.
Quand un client est stressé et a peur d’être arrêté, il faut monter rapidement dans sa voiture sans avoir le temps d’imposer nos conditions. La baisse de revenus occasionnée réduit le rapport de force en notre défaveur et il faut accepter des clients que nous aurions pu autrefois refuser. Il faut se rencontrer dans des endroits toujours plus isolés pour ne pas être surpris par la police, ou passer par des proxénètes qui arrangeront la rencontre.

Nos collègues suédoises dénoncent depuis plus de dix ans les conséquences d’une loi qui n’a fait que déplacer les scènes de prostitution. En Suède la réduction des risques est dénoncée comme un encouragement à la prostitution et plus aucune association ne distribue de préservatifs dans les rues de Stockholm. La réhabilitation forcée ne marche pas et ne fait qu’empirer le stigma contre nous, comme si nous étions les pires cas sociaux du système, alors que nous sommes vos mères, vos femmes, vos enfants, vos amis, etc.

Certains disent que pour lutter contre la traite et l’exploitation  il faut arrêter la demande pour des services sexuels à la source. L’erreur de cette analyse est que la cause de la traite des êtres humains n’est pas la demande pour des services sexuels qui a toujours existé. Le développement de la traite ces dernières années est dû au renforcement des lois anti-migratoires qui poussent les migrants à prendre toujours plus de risques et à s’endetter. Cette exploitation n’est pas unique à l’industrie du sexe mais existe dans de nombreux secteurs économiques.
Pénaliser nos clients ne fera rien contre la traite des êtres humains et l’exploitation. Elle risque plutôt de pénaliser ceux qui pour l’instant sont les derniers à pouvoir encore légalement contacter la police sans risque d’arrestation et qui sont parmi les mieux placés pour découvrir une situation abusive. Il serait plus intelligent de les considérer comme des alliés dans ce combat et d’ouvrir des lignes téléphoniques spécifiques comme cela existe dans d’autres pays européens afin qu’ils puissent informer les autorités. Gâcher les ressources de la police à arrêter des innocents ne fera rien contre les abus qui existent dans l’industrie du sexe.

Notre mouvement existe depuis 1975, en France et dans le monde entier, et nous n’avons jamais revendiqué la pénalisation des clients. Ce que nous revendiquons c’est l’ouverture de droits et la dépénalisation complète du travail sexuel, y compris du racolage et du proxénétisme dit de soutien.  Nous ne voulons pas de lois spécifiques mais l’application du droit commun pour lutter contre tout acte d’abus et de violence. Pénaliser nos clients est juste un prétexte pour paraitre féministe et progressiste car il est toujours plus facile de condamner la prostitution que de lutter contre les vrais problèmes que nous rencontrons.

Thierry Schaffauser, élu du Strass, Syndicat du TRAvail Sexuel.

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