Opinions & Débats
Opinions & Débats | 01.05.2011 - 09 h 34 | 43 COMMENTAIRES
« Le Parti socialiste doit écouter les travailleurs du sexe », par Thierry Schaffauser, du Strass
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Thierry Schaffauser est élu du Strass, le Syndicat du travail sexuel. Il explique pourquoi le Parti Socialiste fait fausse route en réclamant la pénalisation des clients des prostitué-e-s.

En novembre dernier, le Parti socialiste a inscrit la pénalisation de nos clients dans son programme, rebaptisés à l’occasion « prostitueurs » afin de mieux les stigmatiser. La députée PS, Danielle Bousquet, milite également depuis longtemps pour cette mesure et a utilisé la mission parlementaire sur la prostitution qu’elle préside pour la faire avancer.

Le PS s’aligne ainsi sur une certaine frange du féminisme et du christianisme social qui font du travail sexuel par définition une violence contre les femmes, comparé à de l’esclavage et au viol. Selon cette approche, la sexualité devrait être libre de toute interférence économique ou deviendrait forcément contrainte.

Cependant, cette définition pose problème car le viol se caractérise par l’absence de consentement et non l’absence de désir, et le désir lui-même n’est pas toujours absent non plus avec un client. Pénaliser nos clients reviendrait à criminaliser de nouveau la sexualité entre adultes consentants, qui ironiquement n’existait plus depuis la dépénalisation de l’homosexualité par le même PS en 1981. A l’époque, on estimait que les jeunes de moins de 21 ans devaient être protégés de l’homosexualité tandis qu’à partir de 15 ans les hétérosexuels étaient capables d’exprimer leur consentement.

Si l’on ouvre cette porte à nouveau, jusqu’où l’interférence de l’État pourrait ensuite aller et où placer la limite de ce qui serait une sexualité acceptable ou non? Quelles autres personnes seront ainsi infantilisées après les travailleurs sexuels pour décider à leur place de ce qu’elles doivent faire de leur corps? Jusqu’où iront la négation et la confiscation de notre parole? Ce serait un précédant inquiétant d’autant plus quand certains tentent déjà de préparer notre psychiatrisation en décrivant les travailleurs du sexe comme psychologiquement détruits par un passé traumatique d’inceste et de violence.
Mais ne nous y trompons pas. Ce discours sur les violences subies par les travailleurs sexuels n’a pas pour but de lutter contre ces violences mais uniquement de nous réduire au silence par un statut de victime qui ne sait pas ce qu’elle dit ou qui nierait la réalité en prenant partie pour son « agresseur » tel un syndrome de Stockholm.

Lors d’un débat télévisé sur la Chaine parlementaire, madame Bousquet expliquait en ces termes  pourquoi les travailleurs sexuels s’opposent à son projet de pénaliser les clients: « Aucune personne prostituée pendant qu’elle exerce la prostitution ne dira jamais qu’elle est contrainte, jamais. Tout le monde effectivement dit que ‘je le fais volontairement’. Ce n’est qu’au moment où la prostitution s’arrête que les personnes disent en fait ce n’était pas ce je disais […] Parce que quand on va voir un client ce n’est pas pour pleurer devant le client, c’est pour lui faire passer entre guillemets un bon moment, donc on est obligé d’être joyeux et normal et dire mais oui je fais ça pour le plaisir parce que j’aime ça parce que j’ai besoin de gagner ma vie enfin on minimise les causes qui ont conduit effectivement à la prostitution. »
Cette citation est claire. Pour Danielle Bousquet, il n’y a nul besoin d’écouter ce que les travailleurs du sexe ont à dire. Or pour nous, la réelle violence, elle est là.

Si le PS veut tant lutter contre les violences faites aux femmes, pourquoi propose-t-il de pénaliser ceux qui respectent le contrat, tandis que rien n’est jamais fait pour lutter contre les vrais viols? Encore aujourd’hui, la plupart des plaintes pour viol déposées par les travailleurs du sexe ne sont pas prises au sérieux, quand elles parviennent à être enregistrées.
En réalité,  le PS est bien hypocrite quand il prétend vouloir protéger les travailleurs du sexe et non nous pénaliser, alors que depuis des années des municipalités qu’il dirige comme à Lyon, mènent une guerre acharnée contre nous à coup d’amendes et d’arrêtés municipaux, nous repoussant toujours plus vers les zones urbaines les plus dangereuses.
A l’heure où s’ouvre enfin le débat en France sur l’assistance sexuelle qui est légale dans la plupart de nos pays voisins, le PS pense-t-il inclure la pénalisation des clients aux personnes handicapées? Seront-elles et ils aussi appelés « prostitueurs » et comparés à des violeurs en puissance?

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LES réactions (43)
  • Par victorinox 01 mai 2011 - 10 H 12
    Avatar de victorinox

    Pour plus d’info, lisez le livre  »fière d’être pute  » !

     
  • Par Phil86 01 mai 2011 - 11 H 18
    Avatar de

    Le PS se ridiculise avec cette mesure de droite inefficace et contreproductive ! S’il imagine en finir avec la prostitution en pénalisant les clients, il se met le doigt dans l’oeil ! Il ne fera que rendre la prostitution encore plus clandestine et taboue et qui en pâtira ? les travailleu-r-se-s du sexe…

     
  • Par Phil86 01 mai 2011 - 11 H 23
    Avatar de

    de toute façon les politicien-ne-s français-es ont un vrai problème avec la sexualité en général, qu’ils ne savent aborder que par le prisme trompeur et obsolète judéo-chrétien…

     
  • Par Liao 01 mai 2011 - 13 H 11
    Avatar de Liao

    Très bon article, bien écrit, bien argumenté.

     
  • Par Prose 01 mai 2011 - 13 H 32
    Avatar de Prose

    « Le travail sexuel ne disparaitra pas. Toujours plus de prohibition et de répression pourra donner bonne conscience à certains mais ne résoudra pas les problèmes de pauvreté et d’exploitation.  »
    « il est toujours plus facile de condamner la prostitution que de lutter contre les vrais problèmes que nous rencontrons. »
    –> je pense que ces passages sont très vrais (et le reste de l’article aussi, d’ailleurs).

     
  • Par traitdunion 01 mai 2011 - 13 H 41
    Avatar de

    Qu’est ce que c’est « proxenitisme dit de soutien » ? sinon, « la droite » des Partis existent dans tous les Partis , même ceux de plus de gauche , mais aussi « la gauche » des Partis même dans ceux de plus de droite , et actuellement dans le contexte actuel les Partis doivent satisfaire tous leurs clients , malheureusement si l’on peut dire pour certains de gauche et heureusement si l’on peut dire pour certains de droite, et vice versa !

     
  • Par Judith Silberfeld 01 mai 2011 - 18 H 08
    Avatar de Judith Silberfeld

    Sur la pénalisation des clients, Elisabeth Badinder sur France Culture: http://www.franceculture.com/2011-04-14-penalisation-de-la-prostitution-pour-les-clients-elisabeth-badinter-reagit.html

     
  • Par superbenjamin 01 mai 2011 - 18 H 27
    Avatar de superbenjamin

    @phil86 J’aurais plutôt tendance à dire qu’accepter, ou revendiquer, que le sexe soit un service comme les autres, c’est ça la mesure de droite: une extension du marché au corps et à la sexualité…

    « Pour jouir sans entrave, vive le sexe gratuit »: http://www.rue89.com/2011/04/21/pour-jouir-sans-entrave-vive-le-sexe-gratuit-200866

     
  • Par Têtuniçois 01 mai 2011 - 18 H 59
    Avatar de Têtuniçois

    Cette mesure est une connerie , comme quoi même au parti socialiste il y a des cerveaux qui baignent dans l’eau bénite .D’ailleurs cette mesure est en contradiction avec la liberté de disposer de son corps inscite dans le programme à propos de l’avortement .
    Nos corps nous appartiennent , ils n’appartiennent ni à l’Etat ni aux religions .

     
  • Par Citrusse 01 mai 2011 - 20 H 17
    Avatar de Citrusse

    Bravo à Thierry et à Yagg pour cette tribune. Effectivement, cette proposition de loi est scandaleuse, répressive, dangereuse pour toutes les raisons évoquées.

    Cette mesure, co-écrite par Mme Bousquet et un député UMP, est, sous couvert de protection des femmes, très misogyne. Elle enferme les femmes prostituées dans un statut de victime. Tout le temps victime, quoi. PS et UMP nient leur capacité d’agir.

    De plus, cette mesure est totalement hétérocentrée. Elle est basée sur le mythe du méchant prostitueur homme, forcément hétéro, et de la Prostituée Victime, forcément femme hétérosexuelle. Cette mesure invisibilise les travailleurs du sexe pédés.

    Les députéEs en question sont satisfaitEs de l’ordre économique tel qu’il est. Que les travailleur-euses soient exploitéEs, précariséEs, presséEs comme des citronNEs, licenciéEs, bof! Ces éluEs sont également adorateurs de l’ordre sexuel hétérosexuel. Que des femmes hétéras produisent des services sexuels gratuits à leur concubins, sans désir mais avec contrainte économique ni plus ni moins que les prostituéEs, ça ne les choque pas puisque c’est dans le cadre du délicieux Amour Hétérosexuel!!!

     
  • Par Citrusse 01 mai 2011 - 20 H 22
    Avatar de Citrusse

    J’ajoute que, pour celles et ceux d’entre « nous » qui à la fois peuvent et veulent voter, comme le rappellent avec insistance les centres LGBT et l’Inter-LGBT de ce pays, et bien, Messieurs Dames les Socialistes, sachez que la Pénalisation des ClientEs fait partie des Questions dites LGBT, au même titre que le Mariage ou l’Adoption! Et qu’une telle mesure pénalisant les clients dans votre Programme rentrera en compte dans le choix du vote de plusieurs CitoyenNEs, au premier comme au deuxième tour.

     
  • Par alexg 01 mai 2011 - 20 H 23
    Avatar de alexg

    Dommage que le parti auquel j’appartiens ait des œillères sur ce sujet. C’est bien beau de croire que l’on pourra abolir la prostitution mais…

    Pour compléter utilement le débat, je me permets de vous renvoyer vers la tribune que j’ai publié dans « Libération » sur la question de l’assistance sexuelle pour les personnes en situation de handicap : http://www.liberation.fr/societe/01012333744-sexe-et-handicap-ma-reponse-a-roselyne-bachelot.

    Bonne lecture!

     
  • Par superbenjamin 01 mai 2011 - 20 H 25
    Avatar de superbenjamin

    @Citrusse Je ne vois pas en quoi la mesure est hétérocentrée: elle vise la prostitution en général. Par ailleurs, s’il existe des prostitués et des prostituées, la quasi-totalité des clients sont des hommes: je pense que la prostitution dans son ensemble est aussi un symptôme, et peut-être en même temps un vecteur, des « normes » de la sexualité masculine, supposée incontrôlable.

     
  • Par Citrusse 01 mai 2011 - 20 H 37
    Avatar de Citrusse

    @superbenjamin L’autre jour j’écoutais une émission de radio où l’invitée était une militante du Nid, mouvement abolitionniste et depuis peu en faveur de la pénalisation des clients, et bien tout le discours de cette militante « abo » était construit autour d’un discours hétérosexuel homme client/femme prostituée. Cela dit ça reste une impression générale sur les discours des abolitionnistes et leurs stratégies, mais je veux bien croire que tu n’aies pas ce ressenti! :)
    Concernant la sexualité masculine, je suis complètement en faveur de la questionner, de la remettre en question, de la transformer, et tout et tout. C’est ce que j’essaye de faire de plusieurs manières, notamment en dialoguant avec mes amis et amies à ce sujet, en dialoguant avec mes amants, en lisant et en écrivant des textes critiques du phallocentrisme, etc.
    Mais précisément, la Pénalisation des clients, c’est amener la police, les flics, les tribunaux, dans la sexualité. Les keufs ne sont pas réputés pour remettre en cause les notions traditionnelles de virilité et de masculinité, bien au contraire ils maintiennent l’ordre hétéropatriarcal. Le dialogue, de même que des actions coup de poing et venant de la base des premières victimes de la sexualité masculine telle qu’elle est, voilà des modestes pistes pour foutre en l’air ces normes. La pénalisation précariserait les putes.

     
  • Par Paul Denton 01 mai 2011 - 20 H 55
    Avatar de Paul Denton

    J’ai un vrai souci avec les membres du Strass car ce qu’ils écrivent est toujours très bien pensé et argumenté. Un peu trop à mon avis. J’ai rencontré des filles pour un reportage et c’était un tout autre discours qui émanait de leur bouche.

    Sur le projet de pénalisation des clients, je suis plutôt contre. Je ne pense pas que c’est la prostitution en tant que telle qui devrait être condamnée mais les conditions dans lesquelles elle s’exerce.

    J’ai l’impression que le PS cherche à suivre l’UMP sur son propre terrain. Et on a vu ce que l’UMP y a gagné avec la FN…

     
  • Par Canardcaché 01 mai 2011 - 21 H 04
    Avatar de

    « Sur le projet de pénalisation des clients, je suis plutôt contre. Je ne pense pas que c’est la prostitution en tant que telle qui devrait être condamnée mais les conditions dans lesquelles elle s’exerce. » +1

     
  • Par superbenjamin 01 mai 2011 - 21 H 38
    Avatar de superbenjamin

    @Citrusse Mais la prostitution c’est amener l’argent dans la sexualité: en qui serait-ce plus pertinent que la police? On devrait pouvoir se passer de l’un et de l’autre!
    Quant à la pénalisation, il ne faut pas perdre de vue qu’aujourd’hui si la prostitution est légale, les prostitué-e-s sont déjà pénalisé-e-s: le racolage, même « passif », est interdit et puni. Le système actuel est très hypocrite, il tolère la prostitution mais pas les putes…
    @paul-denton Je ne suis pas du tout d’accord pour dire que le PS suit l’UMP sur cette question. Ramener l’abolition de la prostitution à un supposé « ordre moral », donc de droite, est une analyse beaucoup trop simpliste. D’une part, le système actuel tolère la prostitution mais à condition qu’elle soit invisible: les prostitué-e-s sont plus souvent poursuivi-e-s que les proxénètes, rien ou presque n’est fait contre les filière de traite. Un peu comme si on sous-entendait que toutes les prostitué-e-s ont choisi de l’être et doivent se débrouiller sans perturber notre bonne conscience, et que la prostitution est quelque part nécessaire pour satisfaire les besoins des hommes. D’autre part, considérer la prostitution comme normale, c’est admettre que le marché régule et tarifie la sexualité: une extension du champ du capitalisme en quelque sorte.
    Or si on considère les choses comme ça, abolir la prostitution c’est réduire un pan du paternalisme et du capitalisme. Pas vraiment « de droite » donc.

     
  • Par traitdunion 01 mai 2011 - 22 H 16
    Avatar de

    Merci @Judith pour le lien france culture mais, elle est sur la loi de Roselyne Bachelot , donc une loi du gouvernement , et l’article de Yagg est sur une « tirage d’attention » auprès du PS , sincèrement il ne faut pas confondre le PS et l’UMP et puis en période d’élections malheureusement il faut faire de « promesses » avec tout le monde , il a eu ça récemment aux élections brésiliennes , la candidate de gauche ( qui a heureusement emportée) n’as pas pu satisfaire les revendications Lgbt en jusqu’à en étant obligée de dire pour satisfaire l’électorat évangéliste qu’elle était contre le mariage Homo , ce qui est faux , mais elle a été obligé de dire ça sinon elle allait perdre , je vois que avec les pièges du FN et de l’UMP , le PS est aussi à la recherche de séduire ses électeurs , je trouve que même Les Verts dont j’aimes aussi bien , est dans le jeux de séduction d’électeurs , vue déjà par la candidature d’un mec de droite et médiatisé !!! Alors soyons réaliste !!!

     
  • Par plume 01 mai 2011 - 22 H 33
    Avatar de plume

    A Paul Denton
    Beu beu beu – je suis de plus en plus étonnée, après avoir des années sagement suivi cette ligne d’interprétation, que les « vraieS gentes », « peuple » ou que sais-je, notion d’ailleurs assez floue, devraient nécessairement avoir des positions exemptes de finesse ou de complexité, ne faire preuve en somme que de réflexions frustes. C’est d’autant plus paradoxal (et souvent faux en ce qui concerne les copines de rue que je connais) que ce sont précisément les « élites » qui véhiculent le plus cette affirmation, dans une espèce de « je t’aime moi non plus » avec toute approche considérée comme travaillée. On en arrive au non-sens que, justement, la réflexion serait un privilège à éradiquer, et une espèce de mépris des « classes populaires » qui, pour être « vraies », devraient se cantonner elles-mêmes dans du très basique… ca peut même mener à des retournements invraisemblables, comme la vague grandissante de dénonciation des minorités agissantes comme des « élites » ! Pas qu’en france d’ailleurs.

    Plume

     
  • Par babar 02 mai 2011 - 0 H 41
    Avatar de babar

    « Le PS s’aligne ainsi sur une certaine frange (…) du christianisme social. »

    A ma connaissance, c’est du modèle suédois auquel la droite et désormais une partie de la gauche se réfèrent. Par parenthèse, il faudrait que ces Législateurs en puissance relisent Montesquieu et « De l’esprit des lois » (XVIIIème siècle) car ce qui peut être légiféré d’une certaine manière là-bas ou ailleurs ne peut pas nécessairement l’être ici de la même manière.

    Mais l’article laisse supposer qu’il s’agit d’une position universelle du « christianisme social ». Cela me semble être un raccourci précipité. La question sociale – et par conséquent celle des « travailleurs du sexe » et de la « misère » a toujours été au coeur des préoccupations du « christianisme social » dès le XIXème siècle car c’est précisément le « christianisme social » qui est à l’origine de la question sociale. Demandez à Jacques Delors, le père de Martine Aubry.

    La Suède (dont Stockholm n’est pas qu’un « syndrome » mais la capitale) est majoritairement protestante. La France serait « la fille aînée de l’Eglise (catholique) » comme vient de le rappeler malencontreusement/à tort le porte-parole du gouvernement français alors que la France est constitutionnellement une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale (qui) assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction (…) de religion (et qui) respecte toutes les croyances ». Ce sont deux courants au sein du…

     
  • Par babar 02 mai 2011 - 0 H 47
    Avatar de babar

    Ce sont deux courants au sein du « christianisme » aux systèmes de valeurs (praxéologie) radicalement différents. Une partie d’un système n’est jamais transférable dans l’autre. La greffe partielle ne prend jamais. C’est une vraie question de civilisation.

    Par conséquent, je pense que l’article aurait dû davantage souligner que la pénalisation des « prostitueurs » ressortait d’une approche politicienne conjoncturelle de la part du Législateur – très marqué par la « lepén(al)isation des esprits » dont nous avons vu qu’elle pouvait se manifester même au sein des LGB(T) – de cette question de la prostitution plutôt que de se livrer à un amalgame malencontreux entre les « travailleurs du sexe » , minoritaires, organisés en esquisses de syndicats comme Thierry Schaffauser ; les prostitué(e)s, majoritaires, non francophones, donc incapables de s’exprimer, de comprendre ce qui leur arrive et de défendre leurs droits, soumis à/par des « organisations », du crime notamment, prostitution que l’Etat doit combattre de la manière la plus énergique dans l’intérêt des personnes en situation de faiblesse qui y sont contraintes…

    Quant à l’amalgame ultime, « le PS pense-t-il inclure la pénalisation des clients aux personnes handicapées ? « , je ne trouve qu’à y opposer le silence.

    Le mieux est souvent est l’ennemi du bien.

    PS : je ne suis pas un militant du PS auquel je reproche justement l’attitude velléitaire dominante.

     
  • Par Nathou 02 mai 2011 - 12 H 41
    Avatar de Nathou

    Merci Thierry! Laissez-nous travailler tranquilles, marre de vos lois sécuritaires, de vos mafias et de votre harcèlement policier!

     
  • Par laurentv 02 mai 2011 - 15 H 32
    Avatar de laurentv

    j’avais vu ce débat sur LCP, ça m’avait vraiment foutu les boules. à part les prostitués dont les arguments étaient effectivement minimisée, la seule voix proche de la raison était Chantal « remettons les dans les bateaux » Brunel, c’est pour dire. rappelons aussi que le mouvement abolitionniste du Nid sont membres du Comité catholique contre la faim et pour le développement.

    je suis complètement atterré que le PS, après avoir abandonné le terrain de la laïcité, soit tombé dans le panneau des culs-bénits.
    une fois encore E. Badinter résume très bien les dangers de ce prohibitionnisme à peine déguisé. au delà d’être une atteinte aux libertés, comment cette loi va-t-elle protéger les prostituées en les poussant encore plus loin dans la clandestinité (exactement comme la loi sur le racolage passif que Bousquet prétend condamner), si les pouvoirs publics ne sont pas capables de lutter efficacement contre les réseaux déjà illégaux?

    la Suède était peut-être en avance sur les droits des homos et l’égalité homme-femme mais tout n’est pas bon à prendre là-bas: c’est aussi le pays où un donneur de sperme peut être condamné à payer une pension alimentaire et où un séropositif peut-être poursuivi pour le simple fait de ne pas en avoir averti son partenaire, même en se protégeant.

    @superbenjamin, l’article de rue89 est consternant par la stupidité de ses raccourcis mais sa conclusion sur le « sexe sacré » révèle bien son fond moralisateur (c’est d’ailleurs ce même…

     
  • Par laurentv 02 mai 2011 - 15 H 34
    Avatar de laurentv

    argument de la « marchandisation du corps » qui est utilisé contre la GPA, comme par hasard absente du programme PS). l’idée que vendre du sexe (ou louer son ventre) serait par principe plus indigne qu’un autre métier appartient au religieux sans fondement rationnel.

    est-ce que les prostituées exercent souvent par plaisir? non? ben petit secret… les femmes de ménage et les ouvriers à la chaîne non plus. ce qui rend ce travail dégradant, c’est sa stigmatisation.

    le problème c’est la contrainte, l’exploitation des personnes, pas celle de corps. mais prétendre lutter contre la prostitution forcée en pénalisant à travers leurs clients ceux qui choisissent de se prostituer (quelles que soient leurs proportions) c’est absurde et liberticide

     
  • Par laurentv 02 mai 2011 - 15 H 39
    Avatar de laurentv

    « minimiséS », « le Nid est membre ».
    désolé pour le pavé et les trois messages d’affilée.

     
  • Par traitdunion 02 mai 2011 - 15 H 54
    Avatar de

    Je trouves que utiliser un article si intéressant pour attaquer un parti , et plus évident , le PS , c’est improductif et NUL ! et d’ailleurs il ne faut pas non plus « se marier » avec le dite « activisme » , les « activistes » je les aimes que quand je fait l’amour !!! sinon @babar c’est très intéressant ce que tu dit , mais P.S. sur ton commentaire est un peu de trop , alors ça me donne envie de te retirer comme « ami » Yaggui-gui !

     
  • Par michelleblack 02 mai 2011 - 17 H 03
    Avatar de michelleblack

    A propos d’assistance sexuelle:
    http://www.lesactusdemichelleblack.com/2011/04/assistance-sexuelle-ou-prostitution.html

     
  • Par JudyMinx 02 mai 2011 - 18 H 24
    Avatar de JudyMinx

    Merci à Thierry pour ce texte, et merci à Yagg pour laisser de la place aux discours des travailleur-se-s du sexe.
    traitdunion: je pense que l’objet de ce texte n’est pas d’ATTAQUER le PS mais d’opposer des arguments, une critique constructive, à une mesure qui est dans son programme et qui serait dommageable aux travailleur-se-s du sexe.

     
  • Par traitdunion 02 mai 2011 - 18 H 47
    Avatar de

    @JudyMi…x je ne parles pas à propos du texte je parle à propos des commentaires , effectivement le texte est une critique constructive mais pas certains commentaires , qui peuvent être vraiment agaçant , sinon, le texte est bien , je ne dit pas parfait , mais bien .

     
  • Par Phil86 02 mai 2011 - 18 H 50
    Avatar de

    @superbenjamin : je ne suis pas d’accord avec ton analyse, en apparence bien fondée, mais en réalité à mon sens fausse car il y a des personnes, hommes ou femmes (des femmes aussi font appel à des prostitués), qui ont besoin d’avoir recourt à la prostitution pour vivre leur sexualité, même si on peut sans doute le déplorer, eh oui on ne vit pas chez Blanche-Neige et ce n’est pas prêt de changer, l’humain étant ce qu’il est… et pour que ces personnes puissent y avoir recourt, il est nécessaire qu’ils passent par les services de professionnel-le-s, sinon le sexe leur restera inaccessible (il se peut aussi que certain-e-s aiment vivre leur sexualité dans ce rapport commercial, sans qu’ils en aient forcément un besoin absolu), d’où la nécessaire rémunération de ces services… la prostitution, qui n’est ni de gauche ni de droite, est un régulateur social des pulsions sexuelles, il me semble… vouloir la restreindre et la pourchasser présentera donc certainement plus de dangers et de risques que d’avantages, d’où la nécessité de reconnaitre pleinement l’utilité du travail des prostitué-e-s et de les protéger beaucoup mieux…

     
  • Par traitdunion 02 mai 2011 - 18 H 58
    Avatar de

    ceque Phil86 dit et clair et me parle , je comprends , mais je ne comprends toujours pas qu’est ce que c’est « proxénétisme dit de soutien » , dans le texte , c’est trop technique , désolé , je ne comprends pas qu’est ce que ça veut dire , n’empêche je comprends que les textes de lois sont aussi complexe et incompréhensibles !

     
  • Par superbenjamin 02 mai 2011 - 19 H 15
    Avatar de superbenjamin

    @phil86 « régulateur social des pulsions sexuels » Je ne pourrais être plus en opposition à ça! La sexualité n’est pas incontrôlable. Je ne crois pas à ça. D’autant plus, tu remarqueras, que c’est presque toujours la sexualité des hommes qui est réputée incontrôlable… Les femmes clientes sont d’ailleurs très très peu nombreuses: la prostitution est une forme de reproduction des normes de la sexualité.
    Quant à ceux qui n’ont « pas le choix »: d’une part, comme la sexualité n’est pas incontrôlable, d’une certaine manière on a toujours le choix. Mais d’autre part, et surtout, c’est toute la conception sociale de la sexualité qui serait à revoir, pour un sexe libre… et gratuit. Or, comme je viens de le dire, la prostitution a je pense surtout pour conséquence de renforcer la conception actuelle, qui obéit à des normes sexistes, paternalistes et hétérocentrées.

    Par ailleurs il y a une contradiction a considérer la prostitution comme un moyen d’accès à la sexualité, alors qu’il y a un frein évident: il faut payer, donc avoir l’argent.

     
  • Par traitdunion 02 mai 2011 - 19 H 35
    Avatar de

    Moi je suis pour le sexe gratuit et bacchanales pour Toutes et pour Tous !!! Yeeeeeeeeehhhhhhh

     
  • Par Nathou 02 mai 2011 - 20 H 22
    Avatar de Nathou

    Ahahah c’est drôle comme tous les fantasmes sur la prostitution resurgissent dans les com’s.
    « Régulateur social des pulsions sexuels » : mes clients ne sont pas des violeurs, ce sont vos petits copains, vos papas, vos frères, vos amis, ce sont des gens comme vous et moi, faisant appel à des professionnels qui aiment leur métier. On échange du sexe mais aussi de la tendresse, des conseils, des expériences. C’est un rapport réciproque et enrichissant pour les deux parties.
    Avant d’abolir la prostitution, certainEs devraient penser à abolir la précarité, et il y aurait sans doute moins d’abus et de traite.

     
  • Par Phil86 02 mai 2011 - 22 H 12
    Avatar de

    @nathou : mais les pulsions sexuelles ne s’expriment pas forcément par le viol ; d’ailleurs la recherche de tendresse fait intégralement partie de la sexualité, qui ne se limite pas au sexe, et quand un client vient chercher auprès de toi de la tendresse, tu es bel et bien dans la régulation sociale des pulsions affectives et sexuelles ;-)

    @superbenjamin : « La sexualité n’est pas incontrôlable.  » le désir sexuel est quand même une force très puissante, qui parfois prend le dessus sur la raison, et ça, ça peut arriver à tout le monde (les saints, je n’y crois pas !), *quand on est en recherche effrénée de plans cul par exemple, ce qui en soi peut d’ailleurs être parfaitement libérateur, équilibrant et épanouissant à tel ou tel moment de notre existence* ; se laisser aller librement au sexe, *tant que l’on ne piétine pas le consentement de l’autre et que l’on se protège et protège l’autre*, ne pose selon moi aucun problème, ni sur un plan individuel, ni collectif et social (au contraire même certainement !)…

    le sexe gratuit n’est envisageable qu’entre personnes se désirant vraiment et mutuellement consentantes, sinon bernique, pas toujours évident de trouver quelqu’un ayant envie de sexe avec toi à l’instant T, et les déterminants sociaux, que tu nies allégrement, sont bel et bien là : il faut hélas encore souvent correspondre à certains canons de beauté ou d’âge, sinon eh bien tu fais ceinture ! je suis bien d’accord sur le fait qu’il faut changer…

     
  • Par Phil86 02 mai 2011 - 22 H 20
    Avatar de

    fin de mon com’ précédent coupé et mis en attente de modération pour une raison que j’ignore :

    je suis bien d’accord sur le fait qu’il faut changer la société dans son rapport au sexe, mais enfin bon, c’est pas demain la veille que ce sera accompli, alors en attendant, la prostitution a de beaux jours devant elle, que ça déplaise ou non… il ne s’agit d’ailleurs ni d’être totalement pour ou totalement contre la prostitution, mais de composer avec de la façon la plus intelligente qui soit, c’est à dire en commençant par respecter celles et ceux dont c’est la profession (et je pense que tous ne la subissent pas !) et leur accorder les meilleurs conditions de travail et de vie possibles…

     
  • Par babar 03 mai 2011 - 1 H 26
    Avatar de babar

    Sujet d’une dissert du prochain Bac :

    Ce qui rassemble surpasse-t-il ce qui distingue :

    - un « travailleur du sexe » conscientisé et militant comme semble l’être Thierry Schaffauser ;

    - une fille pauvre d’Afrique subsaharienne ou d’Europe de l’Est à qui la prostitution est imposée, au mieux, comme monnaie d’échange pour un « passage » vers un pays riche ; au pire, comme la condition pour rester en vie ;

    - un « assistant sexuel » charismatique du Danemark ou de Suisse, « Sexualbegleiter » en Allemagne, « Sexualassistenz » en Autriche… qui interviennent auprès de personnes en situation de handicap ;

    - un étudiant qui se fait une passe occasionnelle – ce qui m’est arrivé – pour finir une fin de mois difficile ou acheter un bouquin très cher que son budget ne lui permet pas ;

    - une personne qui accepte une passe par fantasme ou désir de séduction – ce qui m’est arrivé aussi ;

    -… (le candidat pourra bien sûr se référer à toute autre catégorie appuyée sur sa culture générale ou de son expérience personnelle ?

    -

     
  • Par Vero 03 mai 2011 - 11 H 25
    Avatar de Vero

    Merci Thierry, et merci à tous les travailleur-e-s du sexe qui prennent la parole pour expliquer en quoi toute mesure de pénalisation de la clientèle est délétère pour les conditions d’exercice du travail du sexe. Sur l’ »exemple » suédois, voici l’analyse de Pye Jakobsson, travailleuse du sexe depuis 21 ans et militante de la promotion des droits des travailleuses du sexe depuis 15 ans : http://www.youtube.com/watch?v=7D7nOh57-I8

     
  • Par laurentv 03 mai 2011 - 12 H 39
    Avatar de laurentv

    @traitdunion, si les commentaires s’en prennent PS, c’est qu’on attendait mieux de lui.

    le proxenetisme de soutien, par opposition au proxenetisme de contrainte, c’est faciliter ou bénéficier de la prostitution d’une manière ou d’une autre. ça va de diffuser une petite annonce jusqu’à louer un logement à une prostituée qui y exerce ou même le partager avec elle (comme si elles avaient souvent les moyens d’être propriétaires)… tout ça est condamné en France.

    @superbenjamin, si tout le monde était égal dans l’accès au « sexe libre et gratuit », ça se saurait. alors oui, certains passent par l’argent et c’est pas toujours égalitaire non plus, comme pour les loisirs ou se loger et se nourrir comme on voudrait. qu’est-ce qui justifie que le sexe ne devrait jamais, par principe, être monnayé?

    quant à la loi actuelle sur le racolage, oui elle est injuste et hypocrite. ça n’empêche pas que la nouvelle aura exactement le même effet pervers de repousser les prostituées (et cette fois TOUTES les prostituées) toujours plus loin dans la clandestinité, détériorant encore leurs conditions de vie et les exposant d’avantage aux violences dont on prétend les protéger.

     
  • Par laurentv 03 mai 2011 - 12 H 43
    Avatar de laurentv

    @vero merci pour ce lien. Pye Jakobsson y explique bien l’absurdité du système suédois et dénonce un effet contreproductif de la loi qui n’avait pas encore été cité: la pénalisation du client le dissuadera fortement de signaler à la police une femme qu’il croira en danger ou victime de contraintes.

     
  • Par Yvan de Lyon 03 mai 2011 - 15 H 46
    Avatar de Yvan de Lyon

    « …il n’y a nul besoin d’écouter ce que les travailleurs du sexe ont à dire. »
    La motivation de ces élu(e)s est résumée, dans ces quelques mots.

    C’est triste et pitoyable, que des élu(e)s soit disant de gauche fassent partie, de cette commission.

    Thierry, à raison d’évoquer le cas de Lyon. Ville dirigée par des élu(e)s PS.
    Un pouvoir, qui utilise tous les moyens, pour harceler et rejeter les prostitué(e)s, à l’extérieur de la ville.

    Peu de média locaux, traitent ce sujet. Je vous recommande la lecture de deux articles, qui illustrent parfaitement la situation liée à la répression et son impact sur l’humain.

    « Libelyon » sous la sublime plume de Alice Géraud:

    « La pénalisation des clients c’est le sens du progrès ».
    http://www.libelyon.fr/info/2011/04/quelle-est-aujourdhui-la-position-du-ps-sur-la-question-de-la-prostitution-il-y-a-aujourdhui-me-semble-t-il-l-un-vrai.html

    « Le capotier des dames »:
    http://www.libelyon.fr/info/2011/04/le-capotier-de-ces-dames.html

    Bonne lecture.

     
  • Par traitdunion 03 mai 2011 - 19 H 41
    Avatar de

    et, quoi de neuf à propos de … »Maison close » ? je demande car je suis « ignorant » à propos de loi mais pas de fantasmes !

     
  • Par Nathou 04 mai 2011 - 9 H 59
    Avatar de Nathou

    Mais renseignez-vous :
    http://www.strass-syndicat.org/
    http://www.cabiria.asso.fr/
    http://lesamisdubusdesfemmes.com/default.aspx

    Concernant les maisons closes, elles sont toujours illégales malgré des déclarations éphémères de Boutin sur lesquelles elle est vite revenue (elle est devenue abolitionniste tout d’un coup). De toute façon les putes ne veulent pas de maisons closes, de tenancièrE. On veut des maisons ouvertes, des bordels autogérés, ou simplement pouvoir exercer dans un statut de profession libérale.

     
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