Ce soir, à 22h30, sur Canal+, Habillé-e-s pour l’hiver 2011-2012, nouvelle cuvée de la cultissime émission présentée par Mademoiselle Agnès et réalisée par Loïc Prigent, revient sur les défilés de mars dernier. D’emblée, le commentaire en voix-off donne le ton: « L’une des saisons les plus calamiteuses depuis la décapitation de Marie-Antoinette un matin d’octobre 1793 sur la place de la Concorde ». En cause, l’affaire John Galliano, bien sûr. L’émission évoque en détail la descente aux enfers du célèbre créateur après ses propos antisémites et racistes, la gestion de la crise par Dior (en gros, à partir du moment où Natalie Portman, égérie-maison, a affirmé qu’elle ne voulait plus avoir affaire à l’odieux personnage, la marque a dit à ce dernier « clean your desk »), l’atmosphère totalement plombée de la fashion week, les rédactrices regardant leurs Louboutin sans piper mot et les gestionnaires les courbes des ventes.

MACHINE INFERNALE
« Il y a quelque chose de pourri dans le monde de la mode » semblent entonner en chœur Mademoiselle Agnès et Loïc Prigent. Sans offrir une seule seconde des circonstances atténuantes à John Galliano, aussi talentueux soit-il, les deux observateurs dénoncent la machine infernale qu’est devenue l’industrie du luxe: toujours plus de collections, de pression sur les créateurs, pour générer toujours plus de cash et de la croissance à deux chiffres. En marge du Gallianogate, ils évoquent le largage en plein vol du brillant Cédric Charlier de la maison Cacharel ou encore le burn out de Christophe Decarnin, également débarqué, mais lui de chez Balmain. Comme un enfant trop gâté, le fashion business fait joujou avec des designers dont il demande tout, trop, tout de suite. Puis il se lasse et jette.

DICTATURE DU BUZZ
L’émission se moque ainsi d’une nouvelle tendance: le consultant. Auparavant invisible, celui-ci est maintenant mis en avant, aux côtés du créateur. L’exemple-type du moment étant Nicola Formichetti, chez Mugler, et accessoirement grand copain de la Gaga. Une sorte de muse branchée pour faire du buzz. Trois idées à la seconde, et puis on passe à autre chose. Avec au final un bruit médiatique constant qui ne sait plus trop comment il s’appelle. Et les vêtements dans tout ça? Les quoi?

Dans la même veine, signalons un reportage amusé sur une autre « craze »: les blogueurs photos. Ils mitraillent tout ce qui bouge, publient immédiatement sur le net… mais ne vont presque jamais aux défilés voir les collections. Ce qui les intéresse: la faune qui gravite en périphérie des shows. Et qui n’est pas toujours très au courant. L’un d’eux, venu apparemment uniquement pour Lady Gaga, pense que Thierry Mugler est mort. Misère.

Alors, dans tout ce barnum hystérique et vain, il y a quand même quelques moments de grâce: un live de Florence And The Machine au très chic dîner Chanel, Rick Owens qui poursuit son travail en ermite, indifférent aux sirènes de la hype, ou encore les femmes sublimes de Haider Ackermann, créateur dont Karl Lagerfeld dit le plus grand bien et verrait bien comme son successeur aux commandes de la vénérable maison de la rue Cambon.

CARTON ROUGE
Enfin, une fois n’est pas coutume, on se permettra de sortir un carton rouge (et pourtant on est fans, hein?!). Autant le sketch de Mademoiselle Agnès en « femme Mugler » cagola-fashionista flanquée d’un François Sagat dans le rôle de « l’homme Mugler, est drôlissime (photo ci-dessus), autant celui sur « le (sic) femme Givenchy », qui fait référence à la mannequin trans’ Lea T, est nase, balançant les pires clichés transphobes dignes d’une blague à la Jean-Marie Bigard au Stade de France. Pas glop. Agnès, Loïc: cette séquence n’aurait pas dû franchir la dernière étape au banc de montage. Qui plus est quand on commence son émission par les dérapages d’un autre genre d’un certain John Galliano…

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