L’obsession sécuritaire et le discours anti-immigration des responsables politiques qui nous gouvernent ne sont plus à démontrer. Cependant, depuis quelques mois, le Sénat semblait faire entendre sa (petite) différence, en recadrant certains projets du gouvernement. Cette séquence semble close.

LES SÉNATEURS RENTRENT DANS LE RANG
Depuis le mercredi 13 avril, les sénateurs UMP et centristes ont montré qu’ils savaient rentrer dans le rang. En votant un amendement qui remet en cause le droit au séjour des étrangers malades, ils sont allés encore plus loin que les députés. Désormais, les étrangers gravement malades ne pourront obtenir un titre de séjour qu’à la condition que le traitement ou les soins dont ils ont besoin soient « absents » dans leurs pays. Jusqu’à présent, la loi indique qu’un titre de séjour peut être octroyé à tout étranger gravement malade qui ne peut bénéficier d’un accès « effectif » aux soins qui lui sont indispensables.

Dans son communiqué du 14 avril, Act Up-Paris souligne que  « presque tous les pays du monde possèdent des traitements. Mais en quantité très insuffisante, dans des conditions de prise en charge de mauvaise qualité, à un prix prohibitif ou réservés à une élite (…). Les traitements ne sont donc «absents» nulle part dans le monde, mais restent de fait inaccessibles à la plupart des malades ».

Le texte voté par le Sénat vise donc à durcir les conditions d’obtention d’un titre de séjour pour soins, au moment même où le ministre de l’Intérieur ne manque pas une occasion de remettre en cause la politique d’immigration menée jusqu’ici dans un sens de plus en plus restrictif. Il n’est d’ailleurs pas toujours suivi par ses propres collègues, puisque Christine Lagarde s’est opposée à Claude Guéant sur la question de l’immigration de travail.

DES CONSÉQUENCES DRAMATIQUES
Ce qui est sûr, c’est que le gouvernement, dans sa tentative de récupérer l’électorat frontiste, précarise de plus en plus une partie de la population qui vit en France, parfois depuis très longtemps. La nouvelle mouture de la loi sur les conditions de séjour pour les étrangers malades, si elle devait être appliquée, pourrait avoir des conséquences dramatiques: les étrangers malades se verraient soit contraints de retourner dans leur pays… et d’y mourir (lire l’histoire de Kanouté Tiéni), soit vivre dans la clandestinité, ce que tous les experts et notamment les sages du Conseil national du sida s’accordent à considérer comme très dangereux, pour eux-mêmes, et pour la société en terme de santé publique. On estime que 28000 personnes séjournent actuellement en France dans le cadre des soins. La vie de ces malades va devenir encore un peu plus précaire.

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