L’affiche officielle de l’édition 2011 de la Marche des fiertés LGBT parisienne, dévoilée au Tango dimanche dernier, fait parler d’elle, c’est le moins que l’on puisse dire. Avalanche de commentaires sur notre article de lundi mais également sur Facebook, avec des réactions qui ne font pas dans la demi-mesure: soit les internautes adorent, soit ils détestent et s’indignent. L’image du coq blanc et de son boa rouge autour du cou ne passe pas chez certain-e-s.

SYMBOLE NATIONALISTE
Sur Facebook, un groupe intitulé « L’affiche officielle de la Marche des Fiertés parisienne 2011 est infecte », rassemblant à l’heure où nous écrivons ces lignes plus de 650 membres, critique vivement le visuel de l’affiche en ces termes: « Peut-être qu’à l’heure où Marine Le Pen fait des émules chez les LGBT, il convient que nous nous réapproprions les symboles nationalistes? […] Les poulets, ça se bouffe. Nous n’avons que faire de ce symbole républicain le jour de la Marche des fiertés. De quelle république s’agit-il? De celle qui nous refuse obstinément les mêmes droits qu’à tou-te-s? De celle qui expulse les sans-papiers malades? De celle qui persécute les putes? Qui laisse crever les prisonniers? Qui traque les usagers de drogue? Oups, pardon, c’est la même! Bref, cette affiche, en plus d’être moche, fait peur. Elle n’inspire qu’exclusion, nationaliste, souverainisme, racisme ».

Dans un communiqué, les LOCs, Lesbiennes of Colour, dénoncent « le caractère raciste et pétainiste » de l’affiche et demandent son retrait immédiat. « Pourquoi lier le patriotisme, le nationalisme, l’identité nationale… et, pourquoi pas, la « préférence nationale », aux espaces LGBT censés éviter des schémas et des discours d’oppression? », écrivent-elles.

D’après nos informations, l’affiche suscite également de vives critiques de la part de certaines associations au sein de l’Inter-LGBT qui organise l’événement et dont la commission marche se réunissait hier soir. Mais ce mercredi, Nicolas Gougain, son porte-parole, se veut rassurant au micro de Yagg: « Il y a toujours eu des débats, cela fait partie de la vie en inter-associative ». L’affiche sera remaniée à la marge, mais le visuel restera le même. Face à la bronca, il répond à nos questions.

Nicolas Gougain

Vous attendiez-vous à autant de réactions et notamment de réactions négatives? Oui. Dès le départ, on avait fait le choix d’une communication qui tranchait avec la communication habituelle. Sur Yagg et les autres réseaux sociaux, l’affiche est autant décriée qu’adulée. Elle fait débat, cela me semble important. Même s’il y a certaines façons de poser le débat qui m’interpellent. Notamment le lien avec l’idéologie frontiste ou un symbole qui serait la propriété du Front national. Un symbole de la république ou de la nation ne doit pas être la propriété de l’extrême droite ou de la droite extrême. Une partie des réactions sur Facebook ou sur Yagg, on les a eues parmi le jury d’associations de l’Inter-LGBT chargé de juger les propositions d’affiche.

Mais ce choix du coq, qui véhicule aussi une image machiste, une idée de la fierté qui n’est forcément celle que veulent faire passer les LGBT pendant la Marche, vous comprenez qu’il puisse choquer? Pour moi il fait référence à la ruralité, là où on renvoie généralement les LGBT à la ville. C’est un coq qui a un boa autour du cou, cela incarne la déconstruction du genre, on ne peut dire que ce coq soit viril. Détourner ce symbole pour mettre le focus sur l’égalité des droits et le fait que justement en France on est loin d’avoir l’égalité des droits pour les LGBT, c’était ça l’objectif de l’affiche au départ.

À qui s’adresse-t-elle? L’affiche ne fait jamais l’unanimité au sein de l’Inter-LGBT. C’est l’un des éléments de la communication autour de la Marche. On ne défile pas derrière une affiche, mais un mot d’ordre, inscrit sur une banderole. Elle est amenée à évoluer à la marge, je pense notamment à la taille du slogan, qui est certainement trop petite. Je pense que c’est un peu trop simple de dire qu’elle a vocation à incarner de manière systématique les LGBT. Elle est là aussi pour interpeller plus largement le public. Affiche ou pas affiche, je ne pense pas que cela modifie le nombre de participants à la Marche des fiertés. On voulait accrocher le regard pour qu’ensuite les gens se focalisent sur le mot d’ordre.

Les appels à organiser une contre-marche sur Facebook ont-il eu un écho particulier au sein de l’Inter-LGBT? Non pas du tout. Les associations de l’Inter-LGBT sont très attachées à la Marche. Il faut faire la part des choses. Si on s’interroge légitimement chaque année sur le rôle et le sens de la Marche, sa perception par le grand public et les LGBT, pour autant, chaque année, il y a toujours les mêmes débats, à l’extérieur de l’Inter-LGBT d’ailleurs, autour de la création d’une contre-marche, etc. Cette affaire de l’affiche sert à les relancer.

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