Ce soir, à 22h10, France 2 propose Les femmes qui aiment les femmes, un documentaire inédit signé Olivier Delacroix et Mathieu Duboscq. Avec sa série de reportages Dans les yeux d’Olivier, Olivier Delacroix fait peu ou prou ce qu’il faisait déjà sur France 4: des docs à la première personne dans lesquels il se plonge dans un univers a priori éloigné du sien et où les rencontres tiennent le haut du pavé.

À L’ÉCOUTE
Il faut le reconnaître, avec sa dégaine (dreadlocks et mine fatiguée) atypique dans le PAF, Olivier Delacroix dégage quelque chose de sympathique et arrive visiblement à mettre en confiance ses interlocuteurs/trices – l’auteur de ces lignes en a fait l’expérience. Il sait se mettre à bonne distance, être à la fois chaleureux, à l’écoute, curieux (parfois même un peu naïf), sans pourtant se la jouer copain-copain-j’te-tape-dans-le-dos.

DELACROIX TOUCH
La Delacroix touch opère à nouveau dans ce nouveau documentaire consacré aux lesbiennes, terme que bizarrement, le journaliste dit ne pas aimer (d’où sûrement ce titre un peu bêta), sans que l’on sache vraiment pourquoi. Au fil de ses rencontres, il se pose des questions toutes simples: pourquoi les lesbiennes sont-elles moins visibles que les gays? comment se passe le coming-out chez les femmes? quels sont les clichés qui ont la vie dure? quid de la lesbophobie? Le tout se terminant par un vibrant plaidoyer pour l’égalité des droits. Olivier Delacroix a une sincérité touchante quand par exemple il déclare en voix-off que l’homoparentalité était une notion abstraite pour lui avant ce film, beaucoup moins depuis.

PAS UN CHOIX
Bonne nouvelle. Une idée revient comme un leit-motiv dans à peu près tous les témoignages: l’homosexualité, qu’elle soit masculine ou féminine, n’est pas un choix. On ne se réveille pas un matin en se disant « tiens, si j’étais pédé ou gouine », c’est là, c’est en vous. Ce que le résumé de la chaîne torpille en une seule phrase de présentation: « Olivier Delacroix leur donne la parole et tente de comprendre les conséquences de leur choix sur leur existence ». Merci France 2.

LIBÉRER LA PAROLE
Le documentaire prend le temps (1h33′) d’écouter celles qui témoignent, souvent avec courage: on sent leur volonté de faire bouger les choses, de briser le silence, d’opérer comme une sorte de deuxième coming-out, médiatique celui-ci. La jeune Jessica, qui habite près d’Angers, a été chassée de chez ses parents 15 jours après son coming-out et a ensuite vécu un autre enfer: elle et son amie ont été agressées physiquement et verbalement par des voisins, en raison de leur homosexualité. Les agresseurs ont été condamnés, mais les blessures sont toujours ouvertes. Jessica a la rage. Elle ne veut rien lâcher face aux homophobes. Comme ces étudiantes qui ont fait 50 km pour venir voir le spectacle La lesbienne invisible à La Rochelle. « Faut surtout arrêter de se cacher, non? », lance l’une d’elles. On sent clairement une envie d’assumer son identité au grand jour. Océanerosemarie, longuement interviewée, le confirme: quand elle joue son one-woman show en régions, l’émotion est encore plus forte qu’à Paris, car il y a un « besoin de libérer la parole ». La comédienne se livre aussi à une déconstruction en règle des clichés sur les lesbiennes assez jouissive.

PASSION FOLLE ET REPAS DE FAMILLE
Il y a aussi de beaux moments d’amour: comme cette passion folle entre Tina, 40 ans, mère de deux enfants, qui a quitté son mari pour Stéphanie, 23 ans. L’amour plus fort que tous les préjugés, ceux des autres mais aussi les barrières qu’on se met soi-même dans la tête, au nom d’une certaine norme. Là aussi, Olivier Delacroix prend le temps d’écouter: les deux femmes ensemble, puis séparément, comme pour affiner les points de vue. C’est assez rare à la télévision. C’est également le cas avec l’histoire de Fanny, 23 ans, élève-infirmière à Bordeaux. Le journaliste s’invite à un repas de famille, on évoque l’homosexualité et le coming-out de Fanny, et on sent parfaitement tout ce qui se dit et ne se dit pas au sein de la petite communauté familiale: le soutien du petit frère, un père qui maintenant accepte mais qui oublie qu’il a fait la gueule à sa fille pendant 3 mois, une mère qui derrière son sourire cache une inquiétude: « J’aimerais qu’elle ne soit pas lesbienne par rapport aux ennuis qu’elle aura ».

Il faudrait aussi parler de Marie Paule Belle, du tempérament de feu de Florence, qui tient La Comborcière à la Toussuire (« les hétéros-parents ont de la merde dans les yeux! »), de Lætitia et de Karine qui veulent les mêmes droits pour leurs enfants que les hétéros… Mais le mieux est que vous regardiez Les femmes qui aiment les femmes ce soir, et on s’en reparle dans les commentaires, non?


Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur France 2 Mardi 12 avril 22h10.

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