Le 4 avril dernier, le Centre LGBT de Paris Ile de France a choisi de mettre un terme à son contrat moral avec le Café Lunettes Rouges (CLR), association qui propose aux séropositifs une permanence conviviale les dimanches et jours fériés (lire Le Centre LGBT Paris-IdF donne congé au Café Lunettes Rouges). L’agression de Christine Le Doaré par une habituée du CLR le 28 mars dernier a sonné le glas d’une relation qui battait déjà de l’aile.

En effet, après avoir insulté les personnes présentes dans la pièce (« sales pédés », « sales gouines »), la femme aurait violemment projeté la présidente du Centre, qui en a perdu connaissance. Bien que le contexte de cette dispute soit nébuleux, la violence invoquée et l’homophobie affichée de l’auteure de l’agression n’a fait que révéler des nervosités déjà présentes.

« ÉCŒURÉ »
Contacté par Yagg, Didier Dubois-Laumé se dit « écoeuré » par cette décision. Le Café Lunettes Rouges se voulait un lieu d’échanges, de convivialité, et le Centre était pour lui le lieu idéal, puisqu’il ne rassemblait pas que des séropositifs/ves. Selon lui, un véritable dialogue était possible entre les séropositifs/ves, les séronégatifs/ves, les lesbiennes, les gays, les transsexuel-le-s, et même les hétérosexuel-le-s. Le Café rassemblait près de 60 personnes chaque semaine depuis 13 ans, et il n’a jamais failli à la rigueur du rendez-vous.

Il avoue ne plus avoir envie de continuer les CLR – dernier bastion de rencontre et de soutien aux personnes malades, hors cadre hospitalier. « Moi qui ai consacré presque 20 ans aux personnes atteintes du sida après la disparition de mon ami, j’ai l’impression qu’on le tue une seconde fois », confesse-t-il. Dans un communiqué, il annonce donc préférer « arrêter les permanences au Centre LGBT Paris IdF, dès ce jour, sans attendre le délai accordé par le Centre ».

Le CLR occupait le Centre les jours où celui-ci aurait dû être fermé depuis déjà plus de cinq ans, et des tensions avaient fini par apparaitre. Dans un échange de courriels, la direction du Centre reprochait à Didier Dubois-Laumé et au CLR la récurrence de la présence au Centre des habitué-e-s du Café, certain-e-s y trouvant un refuge quasiment quotidien.

Pour le Conseil d’administration, cette présence perturbait l’activité du Centre et empêchait d’autres publics de venir chercher le soutien dont ils avaient besoin. Dans un dernier courriel envoyé en fin d’après-midi, le Centre met en demeure le Café Lunettes Rouges « de bien vouloir venir récupérer son sac noir d’ici dimanche soir. Faute de quoi, il sera contraint de demander au commissariat du quartier de venir le chercher ».

UNE RESPONSABILITÉ TROP GRANDE
Le fondateur du CLR ne comprend pas cette remise en cause, qui rappelle que le Centre est aussi un lieu d’accueil du public et que, de ce fait, on ne peut jamais être à l’abri de mauvaises fréquentations. Néanmoins, souligne-t-il, l’accueil de personnes séropositives est aussi une mission du Centre. « Le Centre doit également remplir ses missions de prévention des risques sanitaires, comme le suicide ou la contamination par le VIH et les autres infections sexuellement transmissibles, et de soutien aux personnes malades ou atteintes de ces infections, » indique ainsi la déclaration de politique générale 2011-2012 du Centre.

« Le VIH et autres IST, les questions de santé LGBT, nous les assumons et les prenons en charge en salariant un Chargé de prévention, en animant  un Pôle santé qui organise une politique santé et de prévention dans nos locaux, en mettant du matériel d’information et de prévention à disposition des publics, en réalisant des actions autour du 1er décembre et régulièrement dans l’année, en nouant des partenariats avec de nombreux acteurs santé et VIH/Sida.

Mais nous ne pouvons ni ne souhaitons tout absorber seuls, déséquilibrer notre structure ni nous transformer en centre social, » expliquent les membres du Conseil d’administration dans une lettre ouverte, publiée le 4 avril 2011.