C’est par sa Lettre Ouverte à Christian Vanneste (vidéo en fin d’interview) que Monis est vraiment apparu sur l’écran de contrôle de Yagg. Ce n’est pourtant pas son premier acte militant, puisqu’il avait, par exemple, autorisé la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL) à utiliser sa chanson À nos actes manqués pour sa campagne contre l’homophobie l’an dernier (lire La FIDL lance sa campagne nationale de lutte contre l’homophobie). La sortie de son premier album, Urgence(s), était l’occasion d’en savoir plus sur ce rappeur ouvertement gay de 23 ans. Interview.

Votre premier album s’intitule Urgence(s). De quelles urgences s’agit-il? Et pourquoi ce (s)? C’est en écoutant l’album terminé qu’Urgence(s) s’est imposé comme titre. Il y a l’urgence d’agir pour la société, de faire en sort que l’Homme réagisse mais également une urgence personnelle: celle de trouver le bonheur et de balayer les fantômes du passé. Ce (s) est là pour signifier qu’il y a plusieurs dimensions à ce mot.

Votre vrai nom est Pierre Mangonneaux, d’où vient votre pseudo? C’est un hommage à mon arrière grand-père. Son nom de famille était Simon. Il est mort le jour de mes 5 ans, mais il a toujours été mon seul repère dans une famille désunie. Il aimait écrire. En signant Monis c’est un peu comme si je signais de son nom.

Vos chansons abordent des sujets très délicats, comme les meurtres homophobes dans À nos actes manqués, ou le suicide. On sent à la fois chez vous une vraie dimension tragique et une grande capacité d’espoir. Quel message voulez-vous faire passer? Que l’Homme doit prendre conscience de la situation actuelle. Je me plais à croire que l’être humain peut encore inverser les choses. 90% des morceaux de mon album sont autobiographiques, cet album est une thérapie. Quelque part ce disque est là pour prouver que l’on peut toujours sortir la tête de l’eau… J’ai mis quatre ans à le faire. Laissez-moi vivre est le premier texte que j’ai écrit. À cette époque l’espoir était inaccessible. Dans l’Rétro a été écrit courant 2010, il résume bien la situation: avec Urgence(s) j’ai jeté un dernier regard en arrière pour pouvoir avancer en tout sérénité.

Pour vous, être artiste implique-t-il d’être militant? Absolument pas. Je ne me considère pas militant. Je ne fais qu’écrire des pensées, des bouts de vie mais je ne suis dans aucune association. J’ai remarqué, cette année, que beaucoup d’artistes made in web se disent «militants». Un peu comme si c’était devenu la mode. Poster un statut Facebook est militant?

Je préfère rendre à César ce qui appartient à César. Les assos, les médias LGBT et les personnes de terrain sont les vrais militants. Je précise que l’un n’empêche pas l’autre.

Votre album s’ouvre sur une sorte de saynette plutôt drôle, avant de plonger dans des sujets très sérieux. C’était pour dédramatiser? Cela s’est fait par pur hasard. Un soir de déprime ambiante je suis allé voir la pièce Comme ils disent avec ma choriste. J’ai trouvé ça géant. Je ne connaissais absolument pas les acteurs, mais je les ai adorés. Pendant la pièce, je me disais: c’est eux qu’ils me faut en intro. Certes ça dédramatise, mais ça apporte une facette de ma personnalité non représentée dans l’album: l’humour. Lecteurs de Yagg, allez voir cette pièce, vous ne le regretterez pas.

Sur votre album, Brahim Naït Balk, Abdellah Taïa et Jean-Claude Dreyfus lisent des textes très émouvants. Comment ces collaborations se sont-elles faites? L’idée des interludes m’est venue en discutant avec Brahim. Vous savez, je dois beaucoup à Brahim. Il y a un peu plus d’un an, il m’a fait confiance, a cru en moi et m’a énormément soutenu. Je voulais l’inviter dans mon album car si ce dernier est là aujourd’hui, il n’y est pas étranger.

Pour Abdellah et Jean-Claude, je les ai contactés par mail tout simplement. Dans la journée j’avais une réponse. J’admire beaucoup ces deux hommes, les avoir sur Urgence(s) est un honneur. Ils m’ont énormément inspiré, chacun à sa manière.

L’une de vos chansons est une lettre ouverte à Christian Vanneste. Pourquoi? Savez-vous s’il l’a entendue? Les propos de Christian Vanneste sont inacceptables. Pourquoi cet homme a-t-il une telle haine en lui? Autant d’intolérance? Pour écrire ce morceau j’ai regardé toutes ses interviews, j’ai lu son site, je me suis renseigné un maximum sur le personnage. Ce que je n’arrive pas à comprendre c’est pourquoi la justice a décidé de le blanchir. La liberté d’expression à bon dos. Et la liberté de vivre? On en fait quoi?

Je ne sais pas si il l’a entendue ou pas. Je pense que certains internautes lui en ont fait part mais dans tout les cas je n’ai eu aucune réaction.

On ne choisit ni de qui on tombe amoureux ni quel type de musique on aime. Comment se repère-t-on dans un milieu pas franchement gay-friendly, comme le rap, quand on est très ouvertement homo? Mes repères, c’est mon équipe et mon public. J’ai la chance d’être bien entouré. Mais je n’ai jamais vraiment eu de soucis dans le milieu hip-hop. C’est plus avec le milieu LGBT que j’en ai eu. Je n’entre pas dans les critères physiques et culturels de certains bien pensants, et on me l’a reproché à un moment donné. Il a fallu que je me batte pour faire sauter ces barrières. Rap ne veut pas dire violence primaire et homosexuel ne veut pas dire gravure de mode.

Quelles sont vos influences? Les groupes ou artistes que vous aimez?

NTM reste ma plus grande influence. IAM, Arsenïk, Youssoupha et Keny Arkana tournent beaucoup dans ma platine. Mais je suis très ouvert et écoute différents styles de musique. Cela peut aller de Britney Spears à Brel en passant par Melissmel. En fait j’aime la musique tout simplement.

Medley Urgence(s):

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Monis – Medley Urgence(s)

Lettre Ouverte:

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Monis (feat. Philippe Arino) – Lettre Ouverte

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