On me propose d’autres interventions, je continuerai à en informer la communauté gay par votre site et par Facebook. J’ai toujours voulu privilégier les médias gays aux généralistes mais malheureusement ils ont été très frileux avant le procès, m’ont ensuite sollicité et je n’en avais plus le temps, ni l’énergie… Heureusement, SOS homophobie avait créé sur le site de Têtu un journal de bord relatant les journées aux assises: j’avais dit que je publierais un petit message chaque jour mais n’ai pas tenu parole, j’étais beaucoup trop fatigué.

L’agression dont vous avez été victime vous a-t-elle rendu plus militant? Certains journaux ont osé écrire que les gays avaient trouvé un porte-parole: j’ai tout de suite répliqué que je ne parlerais que de moi et de ce que j’ai vécu. Je ne suis pas et ne serai jamais un porte-parole.

J’ai accepté un direct dernièrement pour la radio RCM [Ce n’est que de l’amour, l’émission de Daniel Conrad, ndlr] dont le thème était l’homophobie. Cette émission est disponible sur mon Facebook. Je continue d’accepter tous les projets qui me paraissent intéressants: Daniel Conrad et son équipe font un très joli travail. J’ai aussi été contacté par une association étudiante de Caen, Melting Pomme, qui est en train de mettre en scène une pièce de théâtre entre bénévoles parlant d’un meurtre à caractère homophobe aux États-Unis qui avait bouleversé ce pays [Projet Laramie, sur l’assassinat de Matthew Shepard, ndlr]. Je pense que l’on me sollicitera aussi au moment de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie ainsi qu’aux gay pride et marche des fiertés.

Je souhaite vraiment qu’on ouvre les yeux sur l’accroissement des crimes, agressions à caractère homophobe… Dans ce sens, je continuerai à montrer qu’un gay est un citoyen normal, non pas un cliché comme dans les téléréalités… En effet, les personnes qui ne connaissent pas de gays ne peuvent que penser que nous sommes tous comme ces clichés TV. Une sexualité n’est pas inscrite sur le front, tous les gays ne copient pas les femmes, les lesbiennes ne sont pas toutes camionneuses…

Avez-vous le sentiment que cette agression, et surtout la façon dont vous vous en êtes sorti, ont fait de vous une sorte de »héros » de la communauté LGBT? J’ai reçu en effet beaucoup de gentils messages mais non, je ne me sens pas du tout un héros… Ces charmants messages venaient surtout de personnes hétérosexuelles: des mamans de jeunes enfants qui se disaient que leurs fils pouvaient très bien être homos, des personnes âgées qui me reconnaissaient dans la rue me remerciaient de montrer enfin une autre image d’un gay…

Je fréquente peu de gays, je n’ai jamais été ghetto: mes amis les plus proches sont tous hétéros. Même lorsque j’ai été 6 ans en couple, je ne fréquentais déjà pas les gens selon leur sexualité. Lorsque je vivais à Paris, je fréquentais quelques gays mais je les ai perdus de vue depuis… De plus, à part le soutien du Banana Café, un ami proche gay, Albert, un de mes petits frères gay en couple depuis plus de 10 ans, je n’ai reçu aucun réel soutien du milieu gay. Au contraire, j’ai plutôt été calomnié lors de l’appel à témoin placardé dans le Marais: j’aurais le soir de ma disparition fréquenté beaucoup de bars gays, de sexclubs, rencontré beaucoup d’hommes… Alors que je ne suis allé qu’au Cargo (aujourd’hui malheureusement fermé) et au Banana Café comme à mon habitude.

Quels sont vos projets? Je vais certainement m’investir un peu plus dans l’associatif en province. En effet, j’ai réellement l’impression qu’il est plus difficile d’être gay en dehors du Marais parisien, dans une petite ville plutôt que dans une grande où des quartiers doivent se créer pour que les gays existent et puissent vivre plus facilement leur homosexualité.

Je pense aussi revenir vivre à Paris. Enfin lorsque j’en aurais les moyens car contrairement à ce que tout le monde pense je ne suis absolument pas à l’aise financièrement. En effet, le procès pénal est passé mais il servait à juger mes agresseurs, il y a aura ensuite le procès civil qui déterminera mon préjudice. Les dates ne seront fixées que lorsque j’aurais repassé tout les examens médicaux et rencontré les médecins experts de la Justice afin qu’ils fixent mon pourcentage d’invalidité et qu’ils décident si je peux ou non reprendre une activité professionnelle. Je souhaite, bien sûr, reprendre une vie normale, une activité professionnelle… Selon mon entourage, il parait que je me débrouille bien à la radio, et j’ai réellement adoré mes déclarations avec Yves Calvi, Pascale Clark et Daniel Conrad. Donc pourquoi pas envisager un avenir professionnel dans la radio…

De plus, j’aimerais réellement trouver un amoureux, pour qui je ne serais pas que le gay agressé des journaux. Je suis donc en quête…

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