Culture & Loisirs
Ciné | 23.03.2011 - 13 h 42 | 1 COMMENTAIRES
Renate Costa, réalisatrice de « 108-Cuchillo de Palo »: « Filmer est devenu une nécessité pour rétablir la vérité »
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Dans le documentaire "108-Cuchillo de Palo", aujourd'hui dans les salles, Renate Costa dresse un état des lieux sans concession des silences d’une génération sur la persécution des homosexuels sous la dictature du Général Stroessner au Paraguay.

Comment s’est organisé votre travail? C’est une histoire très dure et mon père niait tout ce qui s’est passé. Sa génération a pris l’habitude de se taire. Le directeur photo et la preneuse de son étaient au courant des souvenirs que j’avais de mon oncle et de la façon dont j’envisageais mon père. Ils savaient à la perfection quels étaient les sujets difficiles pour moi et qu’à tout moment, je pouvais me briser. Tous les trois, on a formé une équipe liée par quelque chose d’intime et mon père se sentait à l’aise dans cet environnement. Il prenait plaisir à ce que son naturel surprenne.

Qu’avez-vous appris sur vous et votre pays? J’ai appris qu’on doit briser le silence. On doit affronter ce passé, vaincre la peur qui s’est ancrée en nous pendant et après la dictature, lutter contre notre propre indifférence, s’intéresser plus à ce qui nous arrive, dépasser les obstacles qui nous séparent de nos voisins et faire plus confiance aux autres.

Filmer est devenu pour moi une nécessité, pour mettre en lumière ce qui avait été caché et rétablir la vérité sur l’histoire de mon pays. Ma relation avec mon père a beaucoup changé parce que tout ce qu’on avait à échanger sur ce point est dans le film, et, dans notre relation, quand on n’a plus rien à dire… on se tait. Je crois que nous n’avons plus jamais parlé du décès de mon oncle.

Le documentaire a-t-il été vu au Paraguay? Les projections dans les festivals de Cannes et de Berlin ont été très émouvantes. À Berlin, les journaux titraient « Cuchillo de Palo ébranle Berlin ». Après toutes ces années de silence, il n’y avait aucun film sur cette période, il était indispensable pour moi de pouvoir parler de la dictature avec les gens de mon pays. Au Paraguay, le film a réalisé tous ses objectifs. Les gens ont commencé à parler des répressions concernant les homosexuels, mais aussi les intellectuels, les opposants politiques, les penseurs et toutes ces personnes qui avaient été injustement poursuivies.  Certains sont retournés voir le film une deuxième fois avec leurs parents, il y avait des familles entières dans les salles pour comprendre ce dont on n’osait jamais parler. Maintenant, après avoir vécu et étudié en Espagne, je vis à nouveau au Paraguay et je veux continuer à tourner ici.

Retrouvez prochainement sur Yagg les images de l’avant-première « Le Jeudi, c’est gay-friendly! » avec les réactions des spectateurs.

Propos recueillis par Franck Finance-Madureira

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LES réactions (1)
  • Par Christophe Martet 23 mar 2011 - 14 H 00
    Avatar de Christophe Martet

    Je le redis, très beau documentaire. Courrez-y! Et merci à Franck pour cette interview.

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