Culture & Loisirs
Ciné | 23.03.2011 - 13 h 42 | 1 COMMENTAIRES
Renate Costa, réalisatrice de “108-Cuchillo de Palo”: “Filmer est devenu une nécessité pour rétablir la vérité”
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Dans le documentaire "108-Cuchillo de Palo", aujourd'hui dans les salles, Renate Costa dresse un état des lieux sans concession des silences d’une génération sur la persécution des homosexuels sous la dictature du Général Stroessner au Paraguay.

En s’intéressant au destin de son oncle homosexuel retrouvé mort, la jeune réalisatrice Renate Costa interroge son père sur l’histoire de son pays, le Paraguay.

Dans le documentaire 108-Cuchillo de Palo (aujourd’hui dans les salles), que Yagg vous a présenté en avant-première jeudi dernier, elle dresse un état des lieux sans concession des silences d’une génération sur la persécution des homosexuels sous la dictature du Général Stroessner. Rencontre avec une jeune femme qui a brisé le silence.

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur 108-Cuchillo de Palo: bande-annonce.

Qu’était cette “liste des 108″ qui donne son titre à votre documentaire? La dictature a commencé au Paraguay en 1945, et le Général Stroessner a fait régner la terreur de 1954 à 1989. Un présentateur radio très connu a été trouvé mort, et comme les rumeurs le disaient homosexuel, on a supposé que le meurtrier l’était aussi. Une nuit, la police a arrêté 108 hommes, et ces noms ont été notés sur une “liste noire” qui fut distribuée dans les entreprises, les universités et affichée dans les rues afin de discriminer ces hommes. Quand ils ont été libérés, on leur avait rasé la tête, et ils ont été forcés de défiler dans la rue principale de la ville. C’était une “leçon” très dure, et c’est pour cela qu’encore aujourd’hui le numéro 108 signifie “pédé”. C’est resté gravé profondément dans notre mémoire et il est encore utilisé comme insulte, sans que les jeunes générations ne sachent à quoi ce terme fait référence.

Vingt ans plus tard, dans les années 80, Stroessner avait utilisé de nouveau cette méthode de persécution et de répression physique et psychologique. Le nom de mon oncle Rodolfo était dans cette deuxième liste.

Comment en êtes-vous venue à enquêter sur votre propre famille et qu’avez-vous découvert? J’ai commencé le film obsédée par une phrase prononcée lors des funérailles de mon oncle: “Rodolfo est mort de tristesse”. Mourir de tristesse, est-ce possible? Et j’ai commencé à questionner mon père sur la vie de mon oncle et mes doutes quant aux causes de sa mort.

Rodolfo était le seul de mes oncles qui ne souhaitait pas être forgeron comme son père. Il rêvait d’être danseur professionnel. Dans l’atelier du forgeron, il était considéré comme aussi inutile qu’un couteau de bois (un “cuchillo de palo”).

Je ne savais pas du tout qu’il était présent dans une de ces listes d’homosexuels et ça m’a fait comprendre un tas de choses. À mon avis, c’était quelqu’un de très complexe, superficiellement il semblait très heureux, mais en approfondissant, c’était clair qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. On ne peut même pas imaginer ce que lui et les autres  jeunes homosexuels ont vécu. Certains d’entre eux avaient seulement 16 ans quand la police les a mis sur la liste, ils étaient suspectés de n’importe quel crime, arrêtés et torturés.

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LES réactions (1)
  • Par Christophe Martet 23 mar 2011 - 14 H 00
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    Je le redis, très beau documentaire. Courrez-y! Et merci à Franck pour cette interview.

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