La Plaine du KantoSi la présence de personnages LGBT dans la bande dessinée européenne est encore bien limitée, la situation est encore pire dans les mangas japonais: en dehors des très fantasmatiques yaoi, on ne rencontre vraiment pas souvent des personnages non-hétéros. La place donnée à une enfant transgenre dans La Plaine du Kantô est donc une excellente surprise.

Kazuo Kamimura, mangaka connu en France pour son Lady Snowblood, raconte dans cette série, parue à l’origine en 1976 en deux volumes, l’enfance dans le Japon de l’immédiate après-guerre de Kinta, garçon élevé par son grand-père dans la campagne entourant Tokyo. Kinta se lie rapidement d’amitié avec Ginko, une gamine de son âge dont la mère indigente est venue demander de l’aide à son beau-frère.

La mort et l’éveil à la sexualité occupent une grande place dans ce premier volume. Les victimes de la guerre que vient de perdre le Japon sont dans tous les esprits, et les deux enfants seront témoins, directement ou non, de nombre d’actes violents, comme celui qui provoque la mort de la mère de Ginko. Le Japon d’après-guerre est donc montré sans faire l’impasse sur la dureté de la vie durant cette période.

Du haut de sa demi-douzaine d’années, Kinta se pose bien des questions sur la sexualité, et son amie Ginko va commencer à lui ouvrir les yeux sur la complexité de celle-ci en lui révélant son grand secret: son visage a beau être celui d’une petite fille, elle a le corps d’un garçon… et sait déjà qu’elle voudrait être une petite fille et qu’elle préfère les garçons.

Le secret de Ginko est traité avec dignité et prend une place de plus en plus importante, pour culminer dans une scène mémorable où la gamine donne une leçon de démocratie aux élèves de leur classe en utilisant très intelligemment ce secret.

Sans être explicites, les scènes de sexes sont nombreuses dans ce volume (dont une scène entre deux hommes), et semblent être perçues du point de vue des enfants: à la fois un peu ridicules et excitantes par leur côté furtif. La sexualité est donc montrée comme faisant partie des mystères d’un monde adulte qui fascine et effraie en même temps.

La lecture de ce premier volume de La Plaine du Kantô peut parfois être assez éprouvante pour le lecteur, par sa vision sans concession d’un quotidien difficile où les relations humaines sont rarement chaleureuses. Mais l’auteur parvient à nous captiver grâce à la densité de son récit, à la variété des expériences vécues par les deux enfants, et surtout grâce à l’impression d’authenticité qui se dégage du récit tout entier.

François Peneaud

partenariat LGBTBD