Felix Pellefigues-1Des kiss-in contre l’homophobie auront lieu dans de nombreuses villes françaises et étrangères ce lundi 14 février, jour de la Saint Valentin. Près de deux ans après le tout-premier kiss-in (c’était le 7 juin 2009), Félix Pellefigues (photo), l’un des organisateurs, a répondu aux questions de Yagg.

Le mouvement des kiss-in s’étend, il y en aura cette année dans plusieurs villes étrangères. Aviez-vous anticipé ce phénomène? En fait dès l’action du 12 décembre 2009 (voir le reportage de Yagg), on s’est « étendus » hors de France, il y a eu des événements en Belgique, en Suisse, en Australie, en Amérique latine, au Canada, et puis dans d’autres endroits, donc ce n’est pas vraiment nouveau. Les kiss-in, et c’est quelque chose qui me rend très heureux, ont inspiré des mouvements à l’étranger; récemment en Grèce par exemple. Ils m’ont permis de découvrir des gens intéressants et sympa, parfois à l’autre bout du monde. Il y a des organisateurs, comme à Lima au Pérou, qui sont avec nous quasiment depuis le début et ça fait aussi extrêmement plaisir.

Je n’ai pas toujours été très doué pour anticiper (la preuve, je n’avais pas anticipé les réactions négatives de Notre-Dame). Les kiss-in contre l’homophobie, à la base, c’est un petit groupe de gens qui fait le premier happening devant la caméra de Yagg et qui ne sait absolument pas ce qui va se passer après. On a décidé de continuer, et la grosse surprise a été qu’entre juin et septembre 2009, tout d’un coup (et je ne sais toujours pas comment), le mouvement a pris une grande ampleur. On s’est contentés de suivre et de coordonner et je ne crois pas que ça ait changé grand-chose à la manière de fonctionner. On était prêts à continuer même si ça n’avait pas pris cette ampleur. Ça n’était pas quelque chose qu’on avait planifié pour que ça ait du succès, c’était juste quelque chose qu’on avait envie de faire. Un acte banal, et (j’espère) mignon, de militantisme.

Y a-t-il plus de villes participantes cette année en France? La notoriété de l’événement aide-t-elle ou au contraire effraie-t-elle les organisateurs potentiels? Je n’ai pas compté mais je ne crois pas qu’il y ait plus de villes participantes, on reste dans la moyenne, autour d’une quinzaine. Je ne crois pas non plus que ce soit tellement plus facile, ou que la notoriété de l’événement change grand-chose, parce que tout continue de dépendre de l’endroit. Organiser un kiss-in dans une petite ville, ce n’est toujours pas gagné. Quant aux organisateurs volontaires, quand ils sont effrayés c’est surtout parce qu’ils sont persuadés qu’il y a des tas de choses à faire pour organiser un happening! Alors que non: il suffit de trouver une date et un lieu, de trouver un groupe de gens motivés, de faire la pub sur le net, d’en parler autour de soi et/ou à des médias, et de venir avec un sifflet ou quelque chose qui fasse du bruit pour donner le signal de départ, en faisant attention à ce que personne ne se disperse. Ceci dit… moi aussi je suis toujours un peu stressé avant chaque kiss-in!

À Paris, ce sera le premier kiss-in depuis les agressions devant Notre-Dame. Avec un recul d’un an, quel regard portez-vous sur ce qui s’est passé? Ça ne sera pas le premier, puisqu’entre-temps il y a eu le Great Global kiss-in que l’IDAHO a fait en partenariat avec nous et Yagg (voir la vidéo), et que nous avons intégré à nos kiss-in. Et puis il y a eu aussi un die-in à Paris, en septembre 2010, pour soutenir le jeune Iranien condamné à mort pour homosexualité (prétendue). Avec le recul, je dirais que pas grand-chose n’a changé dans mon opinion, je regrette toujours qu’un kiss-in prévu sur le parvis de Notre-Dame puisse paraître provocant à certaines personnes. Si je devais former un souhait à titre personnel, j’aimerais qu’il y ait un jour des kiss-in médiatisés organisés non loin de lieux de cultes qui se  passent bien et n’attirent pas la haine d’intégristes en mal de baston. Et j’aimerais beaucoup qu’un de ces kiss-in qui se passe bien se fasse avec des musulmans et devant une mosquée, pour faire tomber le préjugé idiot selon lequel le vrai problème homophobe se pose avec l’Islam. Le vrai problème homophobe, à savoir des meutes de réactionnaires fanatiques attaquant une manifestation d’amour parce qu’elle est homosexuelle, nous ne l’avons eu pour l’instant qu’avec des gens qui se prétendent catholiques.

Au départ, si je me souviens bien, vous ne militiez pas, Arthur et toi, dans des associations LGBT, vous avez eu l’idée du kiss-in, mais il n’y avait pas de cadre associatif. Aujourd’hui Arthur est au Glup et tu as lancé le mouvement Action pour l’égalité. Avez-vous pris goût au militantisme? Personnellement je me sens militant et je me catalogue militant, contre l’homophobie, contre le machisme, depuis plusieurs années. Je n’ai pas besoin d’être dans une association pour ça. Pour être militant, il suffit d’avoir envie de changer les choses et d’essayer de le faire. Tout le monde peut être militant, à un moment ou à un autre de son existence. Quand vous parlez d’une cause qui vous tient à cœur, quand vous signez une pétition, quand vous faites tourner un article ou un communiqué sur internet, vous militez, et je crois qu’on devrait tous, tant qu’on peut, militer à notre manière dans la vie de tous les jours. Il n’y a pas besoin d’être encarté dans un parti ou une association.

Les kiss-in ne sont toujours pas dans un cadre associatif; c’est un mouvement libre et informel et c’est très bien comme ça. Pour autant je ne crache pas sur les assos, bien au contraire. Beaucoup de nos actions se sont faites et se font avec des associations et des collectifs et je respecte beaucoup leur travail.

Aujourd’hui Arthur et moi administrons les kiss-in avec deux autres personnes (Marie Riquet, qui a lancé les kiss-in avec nous, s’est depuis mise en retrait), et tout volontaire motivé qui connaît et aime le mouvement, et qui a des idées et de l’énergie peut demander à nous rejoindre. Arthur s’est impliqué dans le Glup, Kevin dans NO Différences (et dans SOS Homophobie et dans Action pour l’Égalité), et moi dans Action pour l’Égalité et peut-être SOS Homophobie à l’avenir s’ils veulent bien de moi… Mais je n’ai pas l’impression d’avoir changé, j’ai juste l’impression de davantage agir pour mes idées. Le fait que ça se fasse ou non dans un cadre associatif, honnêtement, je m’en fiche.

Quels sont vos projets? Pour les kiss-in, aucun projet spécial, on est concentrés sur le prochain événement et nous verrons après ce qui se passe.

À titre personnel, ça fera bientôt deux ans (le 4 mai) que je coadministre et que j’organise des kiss-in, et ce n’est pas un mystère, j’ai déjà eu l’occasion de l’exprimer sur Facebook ou sur Yagg, je n’ai plus l’énergie et la motivation que j’avais au départ, simplement parce que faire longtemps la même chose use, que  j’aime explorer de nouvelles pistes et que ça n’est pas ma vocation de toujours exploiter le même concept. Les organisateurs des kiss-in changent, ce ne sont pas toujours les mêmes têtes: certains arrivent, d’autres partent, puis reviennent, puis repartent… Moi, je suis là depuis le début, et je ne crois pas que ce soit un crime de reconnaître que je commence à me faire vieux-kissineur! J’ai envie de garder un droit de regard sur un mouvement que j’ai cofondé, mais j’ai aussi envie de renouvellement des têtes dans la coordination, parce que ça veut dire de nouvelles idées, et une certaine fraîcheur qui fait du bien! C’est pour cela que de nouvelles têtes nous ont rejoints, et c’est pour ça que comme je l’ai déjà dit plus haut, d’autres peuvent encore venir nous rejoindre. Les kiss-in ne sont pas une structure figée.

Donc, oui, des projets personnels qui sortent un peu des kiss-in: je ne suis pas seul comme vous l’avez remarqué puisque l’autre cofondateur, Arthur, s’est très impliqué dans le GLUP. De mon côté, j’essaye de faire mon petit militantisme comme je l’aime avec Action pour l’Égalité qui est un projet participatif et une sorte de brainstorming.

Toutes les informations (dates, lieux, etc.) sur les kiss-in sont sur le blog Kiss in contre l’homophobie.

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