Christophe Martet

Il s’est passé quelque chose cette semaine en France, qui marquera à jamais le combat des gays et des lesbiennes. Deux lesbiennes et un gay ont montré que lorsqu’on se dresse contre l’injustice ou la barbarie, on ouvre une voie vers plus de dignité et de respect, que des générations d’hommes et de femmes homosexuel-le-s vont pouvoir suivre.

CORINNE ET SOPHIE REMUENT CIEL ET TERRE
Deux femmes, Corine et Sophie, remuent ciel et terre depuis quatre ans pour que l’on reconnaisse leur union et pour faire bénéficier leurs enfants des mêmes droits que ceux élevés par des parents de sexe différent. Avec acharnement, elles ont passé toutes les étapes pour que le mariage soit enfin ouvert aux couples de même sexe. Sans faiblesse, elles ont affronté les médias pour expliquer leur combat, et suivi quatre années de longues procédures judiciaires.

Elles n’ont pas lâché.

Le Conseil constitutionnel n’a pas répondu favorablement à leur requête, mais elles ont mis le pied dans la porte. Et cette porte n’est pas près de se refermer. Grâce à Corine et Sophie, le combat pour l’égalité des droits est relancé. Il est faux d’écrire, comme le fait Le Parisien, que Corinne et Sophie ont « perdu leur bataille ». Au contraire, elles ont remis la question du mariage au cœur du débat public.

Un homme, Bruno Wiel, s’est lui aussi dressé contre le silence, l’indifférence complice, la lâcheté et la barbarie. Le 19 juillet 2006, Bruno, 28 ans, a été agressé physiquement par quatre hommes, âgés de 20 à 26 ans. Il a été frappé, brûlé, les quatre hommes lui ont cassé des dents, l’ont violé avec un bâton, lui ont fracturé le nez et la mâchoire inférieure et l’ont laissé pour mort, dissimulé dans un buisson. Son corps n’a été découvert que deux jours plus tard. Placé en coma artificiel pendant un mois, incapable de parler pendant des mois. La violence des coups a été si forte qu’aujourd’hui, Bruno Wiel ne se souvient de rien. Il aurait pu ne rien entreprendre, il aurait pu essayer tant bien que mal de reconstruire sa vie, ne pas penser à ce qui pourrait être fait pour que justice soit rendue, au « nom du peuple français », contre ses bourreaux, qui l’ont agressé, violé, torturé et laissé pour mort parce qu’il était homosexuel.

BRUNO A CHOISI DE SE BATTRE
Mais Bruno a choisi de se battre. Il ne se souvient de rien de ce qui s’était passé ce soir-là, mais il a été jusqu’au bout de sa démarche. « Je me refuse d’avoir peur », confiait-il à la veille du début du procès de ses quatre agresseurs. Il a expliqué qu’il menait ce combat judiciaire pour tous ceux qui n’osent pas porter plainte ou tout simplement parler. Il connaissait les risques du procès: et si en revoyant ses agresseurs, la mémoire de son agression lui revenait? Et si les actes décrits par l’accusation lui revenaient?

Car il faut lire ce qu’il s’est passé ce soir-là, dans un bois de la région parisienne. Comment les agresseurs de Bruno ont délibérément tenter de le tuer, comme l’explique dans sa plaidoirie Caroline Mécary, l’avocate de SOS homophobie, partie civile dans le procès: “Ils ont choisi de déplacer le corps comme on déplace un cadavre. Ils ont choisi de donner une deuxième mort symbolique à Bruno Wiel en brûlant sa carte d’identité et ses vêtements. Ils ont choisi de massacrer son visage, signe de l’individualité et de l’identité, par haine des homosexuels. Ils ont fait le choix de le laisser mort. Ils ont fait le choix d’organiser leur défense. »

Elle poursuit: « Ils ont fait le choix du viol, parce qu’enfoncer un bâton dans l’anus, c’est un viol. Le pire du pire, c’est de taper à coup de pied dans le bâton enfoncé dans l’anus de Bruno Wiel. »

QUE DOIS-JE FAIRE?
En réclamant un procès, Bruno savait qu’il reverrait le visage de ses agresseurs, qu’il entendrait leurs voix. Chacun de nous doit aujourd’hui se dire: qu’aurais-je fait? Et surtout: que dois-je faire? Maintenant que Bruno a obtenu que ses agresseurs soient condamnés, c’est à nous de reprendre le flambeau de son combat contre l’homophobie.

N’attendons pas des gays de pouvoir quoi que ce soit que nous ne leur aurons pas réclamé. On ne les entend pas, dans cette affaire, comme dans celle du mariage.

La lutte contre l’homophobie est un combat de longue haleine, qui commence dans les cours de récréation, continue dans les médias, se poursuit dans les familles, au travail, dans les institutions.

TRANSFORMER NOTRE COLÈRE EN ACTION
Mais il ne suffit pas de s’indigner, il faut transformer notre colère en action. D’autres avant Bruno, Corinne et Sophie ont payé de leur vie ce combat: je pense à Harvey Milk, premier élu ouvertement gay, assassiné en 1978; je pense à Cleews Vellay, militant infatigable de la lutte contre le sida, mort en se battant pour que les malades aient accès à leurs droits; je pense aussi tout près de nous à David Kato, militant LGBT, assassiné cette semaine en Ouganda.

Bruno, Corinne et Sophie sont vivants et ils nous montrent ce que l’on peut faire à force de dignité et d’obstination. Oui, il s’est passé quelque chose cette semaine en France.

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