Le chat est réalisé avec le soutien financier des laboratoires MSD-Chibret.

modérateur: Bonjour. Nous accueillons le Pr Gilles Pialoux, chef de services des maladies infectieuses, à l’Hôpital Tenon.

Gilles Pialoux: Bonjour. Difficile d’éviter l’actualité Aides-Le Parisien. Mais nous allons essayer de nous cantonner au sujet défini par Yagg qui lui-même est d’actualité, notamment avec la consultation communautaire du TRT-5 sur le projet d’essai de prévention (PreP) chez les gays séronégatifs en France et au Québec à l’initiative de l’ANRS.

Philibert Norvir-Zérit: Bonjour professeur,

Je peine à saisir précisément le sujet de votre intervention, j’espère que ma question ne s’en éloigne pas trop.
Séropo depuis dix-huit ans, sous Atripla et avec une charge indétectable, dôté d’une troupe de 1000 T4 très efficaces je suis en couple depuis deux ans avec un garçon séronégatif. Nous avons des rapports non protégés sauf lors de l’émission de sperme (le mien), il est toujours séronégatif. C’est lui qui m’a convaincu de n’avoir recours aux capotes que lorsque je veux jouir, mais je ne suis pas totalement tranquille. Comment envisagez-vous que le traitement soit un nouvel outil de prévention et de pouvoir en parler sans risque d’interprétation abusive (la notre en est peut-être une !?). Ne peut-on se contenter de plaider en faveur de l’usage de la capote ? Curieusement ma vie de séropo était plus facile avant que ce débat n’apparaisse, il me suffisait de dire « je suis séropo donc on met la capote » … alors que mon compagnon, fort d’une étude parue en Suisse en 2007 je crois, m’a convaincu qu’avoir des rapports sans capote avec moi était sans danger tant que je ne jouissais pas En bref, j’étais plein de certitudes, c’était un peu manichéen c’est vrai. Mais depuis deux ans je vois que je ne le contamine pas mais j’ai peur à chaque fois qu’il va faire son test.
Cordialement.

Gilles Pialoux: Votre question est tellement dans le sujet qu’elle en couvre quasiment tous les aspects. À commencer par l’Avis suisse relayé par le Pr Bernard Hirschel dont on surtout retenu que le traitement antirétroviral était un outil de prévention pour protéger le partenaire séronégatif mais dont vous témoignez qu’on a oublié les restrictions du message qui s’adressait aux couples stables sérodiscordants, hétérosexuels, sans IST, avec une charge virale contrôlée depuis plus de six mois, etc.

Vous faites aussi la preuve que vous vous êtes déjà approprié le message de prévention combinée puisque vous associez le traitement antirétroviral comme outil de prévention (Tasp = Treatement as Prevention) l’absence d’échange de fluides et le dépistage répété du partenaire. En ce qui concerne la peur, j’y vois deux composantes: la difficulté à transformer des messages de prévention collectifs en messages individuels et le fait que les Suisses ont eux-mêmes montré que le risque zéro n’existait pas.

Chris: N’avez-vous pas peur que les essais de prévention avec le traitement ne détournent les gays de la capote?

Gilles Pialoux: Analyser les processus dit de désinhibition est au cœur de toutes les recherches actuelles: en faisant la promotion d’un « nouvel outil » de prévention comme le Tasp, on conduirait à l’abandon des outils classiques de prévention comme le préservatif?  Pour l’heure, cela n’a pas été montré, ni dans les essais de Tasp, ni dans ceux de prophylaxie pré-exposition (chez les gays comme dans IPrex ou chez les femmes en Afrique comme dans Caprisa 04).

Ce sera aussi une des questions centrales de l’essai que va conduire l’ANRS en France et aussi l’une des raisons pour lesquelles, malgré les essais encourageants de l’étude IPrex (traitement préventif en continu chez les Hommes ayant des relations sexuelles avec les Hommes-HSH) cette étude sera réalisée contre placebo. Peut-être qu’un essai qui comparerait deux types de médicaments efficaces contre le VIH en prévention sans placebo serait plus à « risque » de provoquer une telle désinhibition. Dans tous les cas, cette voie de recherche (médicament contre placebo en prévention) nécessite un socle important de conselling et de prévention pour chacun.