Hier, vendredi 28 janvier, les quatre agresseurs du jeune homosexuel Bruno Wiel, qui étaient poursuivis pour « tentative d’homicide volontaire, enlèvement et séquestration, actes de torture et de barbarie avec la circonstance aggravante de l’orientation sexuelle de la victime », ont été reconnus coupables de tous les chefs d’accusation et condamnés à des peines de 16 à 20 ans de réclusion criminelle, devant la cour d’assises du Val-de-Marne.

« C’est un soulagement c’est fini (…) J’attendais que ce soit bien jugé comme un acte homophobe et ça a été reconnu pour tous », a déclaré Bruno Wiel à la sortie de l’audience, cité par l’AFP, tout en regrettant « de ne toujours pas savoir comment son agression s’est déroulée ». En effet, la violence de l’agression fut telle qu’il ne souvient plus de rien: Bruno Wiel a été tabassé, violé avec un bâton et laissé pour mort dans un parc de Vitry-sur-Seine, en 2006. Aujourd’hui, il en porte encore les séquelles et ne peut plus travailler.

Caroline Mecary

Caroline Mecary

Interrogée par Yagg, Caroline Mécary, l’avocate de SOS homophobie qui s’était portée partie civile dans ce procès, livre son analyse et ses impressions suite au verdict.

« INHUMANITÉ IMPRESSIONNANTE »
« La peine est fonction de trois éléments. D’une part, les fait qu’ils ont commis, particulièrement graves et barbares, et qui témoignaient d’une inhumanité impressionnante. D’autre part, je pense que leur personnalité a joué, dans la mesure où il ressortait des expertises qu’il s’agissait de jeunes hommes qui sont peu structurés. Enfin, le troisième élément, c’est leur attitude à l’audience qui a été relativement pitoyable. Comme Bruno Wiel ne se souvenait de rien, ils ont essayé de minimiser absolument tous leurs actes, du début jusqu’à la fin. Ils ont eu à peine le courage de reconnaître qu’ils avaient choisi Bruno Wiel, qu’ils avaient tenté de le tuer, et qu’ils avaient commis sur lui des actes de barbarie et un viol, le tout à cause de son homosexualité. Je pense que cela a eu un effet désastreux sur les jurés qui ont évidemment compris cela.

« UNE DÉCISION DE COUR D’ASSISES N’ARRÊTE PAS L’HOMOPHOBIE »
Peut-on affirmer qu’il y aura un avant et un après-procès Bruno Wiel? « Il me semble qu’on n’était jamais allé aussi loin dans la barbarie et que bien évidemment ce procès va marquer les esprits, explique Caroline Mécary. Il faut espérer que cela serve d’exemple mais je reste toujours un peu dubitative sur le caractère d’exemplarité d’une décision de justice. Ce qui est certain, c’est que c’est une décision qui rend justice à Bruno Wiel, c’est très important, c’est une décision qui arrête, au sens propre, les accusés, qui les met momentanément à l’écart de la société. Mais une décision de cour d’assises n’arrête pas l’homophobie. Ce qui serait un vrai frein à l’homophobie, ce serait d’abord et avant tout la mise en place d’une égalité réelle pour tous les homosexuels, c’est-à-dire l’ouverture du mariage et de l’adoption. »

« HOMOPHOBIE D’ÉTAT »
Hasard du calendrier: le verdict de ce procès est tombé le même jour que la décision du Conseil constitutionnel de dire non à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. « Là où le Conseil constitutionnel a tout faux, réagit l’avocatec’est qu’il n’a pas compris combien la symbolique de l’égalité est importante dans l’inconscient collectif. Tant que les homosexuels n’auront pas accès aux mêmes droits et aux mêmes devoirs que les citoyens hétérosexuels, ils seront perçus comme étant inférieurs, donc comme valant moins. Et donc, on peut se permettre de commettre des actes de torture et de barbarie à leur égard. Ce qui me met finalement le plus en colère, c’est cette homophobie d’État qui ne dit pas son nom. Cela accrédite l’idée que les homosexuels sont inférieurs et  favorise des passages à l’acte par des individus qui n’ont pas le sens du bien et du mal ».

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