Si le débat a été tranché depuis longtemps en matière de sécurité routière, il n’en est pas de même quand il s’agit de prévention sida. La question s’est posée à Yagg, à la lecture de certains commentaires lorsque nous avons publié notre vidéo « 1 sur 5 »: elle stigmatiserait les gays et pourrait effrayer les jeunes homos. Parce qu’elle dit, conformément aux chiffres de l’enquête Prévagay, qu’un gay sur cinq est séropositif.

La question se pose aussi à New York, où les services de santé ont lancé, début décembre, un clip de prévention qui fait peur (vidéo ci-dessus). Autour du slogan « It’s never just HIV » (« Ce n’est jamais simplement le VIH »), la vidéo détaille les douzaines de maladies dont les risques sont plus élevés chez les personnes séropositives.

Même polémique que pour « 1 sur 5 »: selon certains acteurs de la lutte contre le sida, selon certaines associations qui militent pour une meilleure visibilité des LGBT (dont Glaad), le clip stigmatise la communauté gay et faire peur aux jeunes est contre-productif parce que cela leur met le moral dans les chaussettes. Comme l’écrit le blogueur le roncier dans un très beau texte, « Et »? Il risquerait de se poser des questions sur ces pratiques? ».

« La seule chose que les pédés se transmettent de manière inter-générationnelle à l’intérieur de la communauté, c’est le virus du sida, poursuit-il. (…) Le manque d’information mène à la panique. Paradoxe d’une époque où on vit mieux avec le VIH et où pourtant le virus, et donc nous, ses porteurs, restons le cauchemar de tous les pédés. Où les mecs ne se protègent plus mais refusent de t’embrasser parce que tu es séropo. Aujourd’hui, le sida pour les pédés, c’est à la fois l’intime et l’étranger. L’intime, parce que c’est une peur présente depuis notre premier plan cul, une conscience inscrite dans notre culture communautaire, et l’étranger, parce que le sida, c’est toujours les autres et que nous refusons de voir qu’il est tout autour de nous. »

À New York, Larry Kramer, le fondateur d’Act Up, a remercié les services de santé à l’origine de la vidéo: « Il était temps. Ce spot est honnête et vrai et effrayant, exactement ce qu’il doit être. Le VIH est effrayant et toutes les tentatives de le combattre par des tactiques de « prévention » bisounours ont échoué. (…) Un gay sur cinq en Amérique est séropositif. Et 50% d’entre nous ne le savent pas! ».

La semaine dernière, lors d’une réunion publique à Manhattan, la chef des services de santé new-yorkais, Monica Sweeney, a une fois de plus refusé de mettre fin à la diffusion du spot à la télévision. « Nous devons réfléchir à tous les moyens possibles d’attirer l’attention des gens, a-t-elle expliqué, parce que le VIH n’est plus à la Une, en tout cas il ne l’était plus avant cette vidéo. » Elle a réfuté l’hypothèse selon laquelle le spot stigmatiserait les gays: « Rien dans cette vidéo ne dit quoi que ce soit sur l’homosexualité de qui que ce soit.

Ailleurs sur la toile: un échange entre Larry Kramer et Sean Strub, fondateur, entre autres, du magazine POZ (destiné aux séropositifs) et premier candidat ouvertement positif à une élection fédérale aux États-Unis.

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