Bruno Wiel

Bruno Wiel

La première partie du procès des agresseurs de Bruno Wiel, qui a débuté mardi 18 janvier et s’achèvera vendredi 28 janvier, a été consacrée à l’examen de la personnalité des accusés.

La vie de chacun des quatre hommes – Julien Sanchez, Antoine « Karim » Soleiman, David « Maël » Deugoué N’Gagoue et Yohan Wijesinghe – a été minutieusement passée au crible. Les accusés se sont présentés, des témoins ont été entendus. Des histoires banales de familles brisées, d’enfants maltraités, sauf dans le cas d’Antoine Soleiman, qui a eu une éducation qu’il qualifie de « convenable » (lire leurs portraits sur L’Express.fr).

Vendredi, après avoir entendu les experts psychiatres et psychologues, la parole a été donnée aux accusés afin que chacun raconte ce qui s’est passé cette fameuse nuit du 19 au 20 juillet 2006. Tous ont reconnu les faits qui leur sont reprochés. Ils sont poursuivis pour « tentative d’homicide volontaire, enlèvement et séquestration, actes de torture et de barbarie avec la circonstance aggravante de l’orientation sexuelle de la victime ».

DES REGRETS PLUS OU MOINS SINCÈRES
Julien Sanchez, qui a dit lui-même qu’il était « le plus impliqué, le plus violent » (c’est lui qui a violé Bruno Wiel avec un bâton), est aussi celui dont les regrets paraissent les plus sincères. « Je suis plein d’excuses, de regrets, de remords, a-t-il affirmé, en larmes. (…) La violence, je ne peux pas l’excuser par l’alcool et par l’effet de groupe mais ça n’a pas aidé. (…) Ce geste me pèse plus que tout, même ma détention est banale à côté de ça. »

Tout de blanc vêtu ce vendredi, Yohan Wijesinghe, le conducteur de la voiture dans laquelle les cinq hommes sont allés au parc des Lilas à Vitry-sur-Seine, a reconnu avoir donné la première gifle à Bruno Wiel.

Antoine Soleiman, qui se fait appeler Karim en dehors de chez lui, est celui qui s’exprime le mieux, celui, aussi, dont la sincérité est le plus remise en doute par les expertises effectuées en 2007. « On est venu là [au parc] pour le délester, explique-t-il. (…) C’est monté crescendo. Je ne saurais pas expliquer ces atrocités, je ne comprends pas comment cela a pu se produire. » Et de répéter: « Je n’aurai jamais assez de toute une vie pour regretter. »

Celui qui a déplacé le corps inanimé de Bruno Wiel pour le mettre derrière un buisson, c’est David, alias Maël (malgré ce « mauvais double », l’expertise a invalidé l’hypothèse de la schizophrénie). Ses co-accusés ont souligné que c’était lui qui avait abordé Bruno Wiel, mais lui ne raconte pas l’histoire de la même façon: « Il est venu à notre rencontre, il a dit qu’il était homo, on lui a dit que nous ne l’étions pas, il est resté avec nous. (…) On a prétexté qu’il allait avoir ce qu’il voulait. (…) Un déferlement de violence s’est abattu sur M. Wiel. (…) On était tous colériques, frustrés. M. Wiel a subi un dommage collatéral. Il était au mauvais endroit au mauvais moment, comme nous. (…) Si M. Wiel avait été à jeun, il ne serait pas venu avec nous. (…) Moi, je vois M. Wiel à terre, je tape, je tape, je tape ». Après l’agression, précise-t-il, il a voulu appeler les secours, mais il est rentré chez lui et s’est « assoupi »: « Et le lendemain matin, je ne pensais pas qu’il était dans un état tragique ».

« J’assume complètement les faits, c’est malheureux pour tout le monde, poursuit-il. Nous sommes la cause de ce traumatisme, il faut que nous assumions, nous allons assumer. »

BRUNO WIEL: « CE SONT LES SEULS À DÉTENIR LA VÉRITÉ »
Bruno Wiel, lui, ne se souvient de rien, il ne peut ni contredire ni compléter les récits de ses agresseurs. « Ce sont les seuls à détenir la vérité », a-t-il déclaré, cité par l’AFP. « C’est totalement impossible que je sois monté volontairement [dans la voiture], assure-t-il pourtant. J’avais peut-être bu mais de là à partir en banlieue avec quatre inconnus alors que je n’avais jamais quitté Paris intra muros… J’ai toujours été très peureux. »

Les expertises ont conclu que les accusés étaient immatures, qu’ils n’avaient pas intégré les interdits, que leurs mécanismes de défense étaient pauvres: le déni du réel, la négation, la projection sur autrui, la minimisation de tout ce qui pourrait apparaître négatif aux yeux des autres. Tous nient être homophobes, malgré la violence de l’agression et bien que trois d’entre eux, (Julien Sanchez, Antoine Soleiman et David Deugoué N’Gagoue) sont également jugés, avec deux autres accusés, pour deux autres agressions commises à la même époque autour d’établissements gays. Comme l’a déclaré Caroline Mécary, l’avocate de SOS homophobie, qui s’est portée partie civile, il ne s’agit pas de dire si les accusés sont homophobes, mais de juger si les actes qu’ils ont commis sont des actes homophobes.

L’examen des faits eux-même débutera lundi. Le verdict est attendu le 28 janvier.

Ailleurs sur la toile: Le journal du procès par SOS homophobie

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