AVERTISSEMENT: ce guide s’adresse uniquement aux provinciaux. De toutes façons, si tu es parisien-ne, tu as déjà levé les yeux au ciel et dit « pfff c’est nuuul ».

Chèr-e habitante des terres arides et dangereuses de province, tu as décidé de venir tenter ta chance à Paris. Bien sûr par « tenter ta chance » je veux dire passer le week-end, mais nous autres Parisien-ne-s ne pouvons pas imaginer que tu puisses vivre en province PAR CHOIX. Je te souhaite la bienvenue mais sache qu’ici tu risques ta vie à chaque coin de rue. Je ne parle pas de précipices ni de typhons, le danger vient de la dizaine d’espèces de parisiens vénéneux qui sévissent et peuvent se révéler très dangereux. Car si gagner sa vie, trouver un logement ou un endroit où se garer est un exercice complexe, le plus gros challenge de Paris ce sont bien ses habitant-e-s. Conserve ce petit bestiaire (non-exhaustif) avec toi, afin de reconnaître les différentes espèces qui sévissent en nos contrées, et tu sauras ainsi mieux te défendre de leurs morsures. Bonne chance!

Nom scientifique: « coolygayus-snobus »
Si les individus de cette espèce détestent « la notion de communauté », c’est parce qu’ils sont journalistes ou dans le théâtre et que par conséquent ils n’ont aucun effort à fournir pour trouver de quoi baiser dans leurs milieux professionels. Ils trouvent même l’homophobie fort amusante, vu que eux n’en souffrent jamais, et te sortiront des blagues homphobes qui leur donnent l’impression d’avoir un humour politiquement incorrect radical qui les place au dessus de la populace gay qu’ils conchient par peur d’y être associés. Ils vivent tranquilou dans un poutrap’ (« poutres apparentes »: modèle de logement sexy et cher) avec un slipap’ (« slip apparent »: modèle de gay sexy mais pauvre).

Cette espèce est-elle dangereuse?
Oui, ton existence les agace. Leur technique d’attaque est très similaire à celle des homophobes qu’ils aiment défendre publiquement, ça donne un certain style.

Comment s’en prémunir?
Être folle ringard. La follitude les débecte comme tout ce qui est trop visible, et en la couplant avec ta ringarditude, tu devrais réussir à les faire détaler tellement ils auront peur qu’on les prenne pour un de tes amis.  Pour les faire fuir, tu peux dire: « La projection géante de l’œil au live de Mylène 2008 c’était encore mieux que Johnny à Bercy ».



Nom scientifique: « Connassa-milieusa »

À l’inverse de l’espèce précédente, celle-ci vit UNIQUEMENT entourée de ses semblables. Ses ami-e-s, ses collègues, ses voisin-e-s, son dentiste son fleuriste et son homme de ménage sont tous homos. Elle recherche en permanence un moyen de rendre sa vie plus gay encore, et rêve de vivre dans un paradis arc-en-ciel quotidiennement.

Cette espèce est-elle dangereuse?

Le problème c’est que si tu ne leur es pas immédiatement reconnaissable comme étant de la confrérie (tu portes des vêtements qui ont plus d’un an et tu n’es pas allé-e chez le coiffeur depuis un mois et demi), les membres de cette espèces te traiteront comme si tu appartenais à la race hétéro. Donc, attention au venin, parce que, comme toute bête effrayée quand elle pense que tu vas lui taper dessus ou la forcer à faire du foot, elle mord en préventif.

Comment s’en prémunir?
Un peu comme avec les scorpions, le mieux c’est de la faire tourner en rond. Elle aura un besoin viscéral de comprendre si tu en es ou pas. Donne-lui donc des indices contradictoires, pour que son gaydar s’enraye, par exemple « j’aime bien la déco (gay), le rap (pas gay), et le rugby (fluctuant) et je sors avec (prénom indéfini comme « Jul ») ». Y’aura un faux-contact dans sa tête et elle implosera.

Nom scientifique: « Depressionista-Horribila »
Cette espèce t’expliquera en long et en large que Paris c’est nul. ATTENTION La complainte du Parisien qui préfère Londres/Berlin/Mœux-les-boulets est un chant maléfique qui vise à t’hypnotiser pour te démoraliser, pour que tu ressentes le poids de la dépression, et que tu te dessèches de tristesse et de déprime d’être présent dans ce désert culturel dont la vie nocturne est MORTE, (alors que toi tu reviens d’une expo super et d’une soirée sympa avec des gens très drôles). Tel un serpent de dessin animé, la Depressioniste-Horribila ne lâchera prise que lorsque tu auras admis que la vie est LAIDE et que seule la tristesse est un mode de vie acceptable dans ce monde. De merde. Qui pue. Elle partira ainsi en se sentant moins seule et en te disant de pas tirer une tronche pareille, que c’est pas si grave, avant d’aller dire à quelqu’un d’autre qu’il y a vraiment trop de dépressifs dans cette ville en te pointant du doigt.

Cette espèce est-elle dangereuse?
EXTRÊMEMENT. Elle souhaite ton décès par dessèchement de vie en annulant tout enthousiasme.

Comment s’en prémunir?
Retourner son arme contre elle en apposant un « pire » à chacun de ses maux. La vie nocturne est morte? Ah parce que tu trouves que le jour c’est vivant? pffff. Les gens sont odieux à Paris? Ah parce que tu trouves qu’en province c’est mieux? pffff. Etc. Pour la terminer, traite-la d’optimiste et dis-lui que sa naïveté est un bel espoir pour la jeunesse.

Nom scientifique: « hétéro geek-néo-réacus »
Ce faux-ami à l’allure bonhomme et qui s’y connaît en ordinateurs et super-héros peut très vite se retourner contre toi sans crier gare. Ce sont des hétéros qui ont été appelés pédés toute leur jeunesse et qui prennent leur revanche sur la vie grâce à la soudaine semicoolitude (locale) de leur goût pour les t-shirts à messages sarcastiques et les comic-books. Seulement cette revanche est souvent maladroite et a tendance à passer par hurler à la face du monde qu’ils ne sont pas des tapettes, en se traitant les uns les autres de tafioles qui s’enfilent (« olala mais c’est pour rire ») ou de lopettes en sodo (« tu comprends rien c’est drôle parce qu’on le pense pas vraiment ») ou de gros PD (« pfff mais c’est pour loler, làlàà c’est bon on peut plus rien dire ») et ne trouvent pas ça homophobe parce que leur ami/quota pédé dépressif leur a dit que c’était cool. Leur humour soi-disant no limites en connaît en réalité bien plus que celui de leurs idoles de South Park, à commencer par les juifs et les noirs qu’ils ont pour le coup vraiment peur de froisser.

Cette espèce est-elle dangereuse?
Non. C’est rien que des tapettes.

Comment s’en prémunir?
Déjà ne pas oublier qu’ils ne sont pas réellement homophobes, juste un peu lourds. Et quand l’un d’entre eux te sort l’inévitable « rholàlà mais c’est fou tu sais que j’arrête pas de me faire draguer par des gays », tu lui réponds « ah vraiment? ça doit être parce qu’y a des gays fétichistes de la crasse. Lave-toi et ça passera ».

Nom scientifique: « Associativa-énervada »
Cette espèce n’a qu’une passion: reprendre le langage de tout le monde. Malheur à toi si tu n’étais pas au courant que Jean-Luc a commencé sa transition la semaine dernière, et que tu l’as appelé Bernadette, tu es désormais officiellement labellé transphobe pour toujours. Si tu as aimé un livre dans lequel il y a un personnage secondaire raciste, c’est à peu près comme si tu avais inventé et personnellement géré au quotidien la traite des noirs pendant quatre siècles. À la différence de l’associativa-sympa qui discute calmement avec toi du sujet qu’elle connaît pour que tu le comprennes mieux, l’associativia-énervada est ravie de se passer les nerfs sur toi plutôt que sur les vrais connards qui la font flipper pour de vrai.

Cette espèce est-elle dangereuse?
Absolument. Cette espèce est borderline psychopathe et pense avoir trouvé en toi la réincarnation de Gœring. Tu risques l’assassinat.

Comment s’en prémunir?
Comme avec tous les détraqués, il ne faut pas leur révéler qu’ils sont fous. Il faut leur dire « ah mais oh mon dieu tu as parfaitement raison tu m’as ouvert les yeux j’étais dans le noir mais maintenant je vois ». Ça flattera leur complexe de messie et ils te traiteront comme une brebis qu’ils ont sauvé du déluge et t’aimeront comme leur propre œuf.

Nom scientifique: « Ex-power-gay-des-ninetiesa »
Jeune padawan, sache que dans les années 90, être gay c’était cool. Je sais, c’est drôle! C’était l’air du temps. Du coup, il y avait une génération de LGB qui tenaient les rênes. Leurs soirées, leurs assoces, leurs publications se retrouvaient instantanément propulsées en MUST juste parce que c’était rainbow. Les gens se battaient pour aller au Queen! Depuis, tout ça s’est cassé la gueule, le reste de la ville a compris qu’un gay c’est juste un hétéro qu’a pas peur de mettre une robe, et aujourd’hui la rainbow connection est retombée dans les abysses profondes de la loose. Seulement les membres de cette espèce n’ont pas compris le changement et ils pensent encore que leurs prouts sentent la rose. Il existe quelques rares modèles lesbiens de cette espèce mais en général le power gay préfère ses femmes vulgaires et hétérosexuelles, et surtout complètement fascinées par eux. Ils regrettent surtout l’époque où ils étaient entourés de « drag-queens » une espèce qui s’est mystérieusement éteinte en 1998 et dont on peut voir quelques modèles empaillés au Muséum d’Histoire Naturelle, section « Les Disparus », entre l’otarie du Japon et l’hippopotame de Madagascar.

Cette espèce est-elle dangereuse?
Pas vraiment, ils planent un peu, et tant que tu ne les ramènes pas à la réalité, ils t’appelleront « chérie » et te donneront rendez-vous dans un espace qu’ils appellent « VIE AÏE PIE » et qui est en fait simplement « le coin près des chiottes ».

Comment s’en prémunir?
Ne jamais leur faire remarquer qu’ils ne servent plus à rien. Si elles te collent de trop, dis-leur que tu as entendu qu’il y avait de la coke gratos à Mulhouse et dans dix minutes elles sont dans le train en criant « Mulhouse’s the place to be chérie!! ».

Nom scientifique: « Ex-provinciala »
On pourrait croire que la « native » (le Parisien ou la Parisienne né-e à Paris) est la plus dangereuse. GRAVE ERREUR. La native vit souvent dans quatre rues comme dans un village, a les mêmes cinq amis depuis le CM2, et est juste un peu coconne quant à la réalité du monde et ce qui se passe derrière le périf (voir Survivre à la province). L’ex-provinciala, en revanche, a quitté la province pour toujours, la bave aux lèvres. Elle compte bien baiser avec TOUS LES GAYS DU MONDE pour se venger des années perdues. Quand elle te croise et reconnaît une « provinciala », ses yeux s’enflamment et son poil se hérisse: tu es son semblable, donc elle te hait.

Cette espèce est-elle dangereuse?
Non, faut pas déconner quand même.

Comment s’en prémunir?
Le plus simple pour s’en débarrasser c’est de la conforter dans l’idée que la province c’est toujours aussi affreux. Dis « c’est horrible mon pénis/mon vagin s’est atrophié parce que je n’ai pas baisé depuis la victoire de l’OM en Ligue des champions », y’a au moins cinq trucs qui la terrorisent dans cette phrase.

Nom scientifique: « Bourgeoisea-royala »
Il n’y a pas si longtemps, les grandes bourgeoises faisaient rarement leur coming-out. Elles faisaient un bon mariage hétéro et une progéniture et avaient recours à des « amants » (c’est comme ça qu’on dit « pute » en gay-bourgeois). Seulement depuis qu’on peut se faire faire des enfants aux États-Unis moyennant frais, que « lesbian » et « chic » font bon ménage et qu’être gay ou lesbienne ne veut plus forcément dire « exclusion immédiate de la famille », le membre de cette espèce a décidé de vivre son homosexualité de manière publique. En revanche elle est bien restée de droite hein.

Cette espèce est-elle dangereuse?
Pas vraiment si ce n’est qu’elle ne fout rien à part de l’art moche et claquer du fric jusqu’à 33 ans quand elle accepte enfin de reprendre la direction de la holding de papa.

Comment s’en prémunir?
Tes « origines modestes » (si tu viens de province, tes origines sont forcément rangées dans la case « modestes », cette délicieuse manière de dire « sale pauvre ») le mettent un tout petit peu mal à l’aise. Si elle t’agace et que tu veux le faire fuir, évoque un acronyme que tu peux inventer genre le CIMAD ou l’UVRAC ou l’INTER-GIC, bref un truc qui fait syndicat, rien qu’à l’idée elle aura une poussée d’eczéma et devra vite aller prendre rendez-vous pour un gommage.

Nom scientifique: « Homophoba-de-basa »
Si toutes les espèces susmentionnées sont vénéneuses, sache qu’après deux ou trois morsures, on devient vite immunisé et on peut même les fréquenter et les apprécier, voire s’en faire des amis. Elles peuvent d’ailleurs s’avérer être tes meilleures alliées pour lutter contre la seule espèce mortelle, que tu connais forcément déjà puisqu’elle sévit aussi par chez toi: le gros homophobe de base (existe aussi en version qui frappe). Alors fais bien attention à toi et bon séjour!

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