« La diversité sexuelle existe »

Quand on réfléchit sur le sexe, on a la fâcheuse habitude de penser un peu trop facilement que quelque chose que l’on n’aime pas déplaira également à quelqu’un d’autre. Je déteste courir. Je peux changer d’opinion un jour mais, à cet instant, il n’y a que sous la contrainte que je me mettrais à courir autour du block – et je ne parle pas de courir cinq miles. Cela ne veut pas dire que mes amis qui courent le marathon sont des gens malades, qu’on leur a lavé le cerveau ou qu’ils agissent le pistolet sur la tempe.
Les gens qui ne sont pas intéressés par la sexualité anale ne comprennent pas qu’on puisse y trouver du plaisir. Les gens que révulse la sexualité oro-génitale restent interdits quand ils apprennent qu’on peut éprouver du plaisir à sucer des queues ou à bouffer des chattes. Le fait demeure pourtant : des hordes tout entières de gens trouvent la sexualité oro-génitale ou anale délicieusement plaisante. La diversité sexuelle existe, tout le monde n’a pas plaisir à faire les mêmes choses, et ceux qui ont des préférences sexuelles différentes ne sont pas des malades, des abrutis, des gens pervertis, des gens qui se sont fait laver le cerveau, des gens sous la contrainte, les suppôts du patriarcat, les produits de la décadence bourgeoise ou les rescapés de mauvaises méthodes éducatives. Il faut en finir avec l’usage qui veut qu’on explique la diversité sexuelle en la dénigrant.

Gayle Rubin, « Le péril cuir » (1984), tr. fr. de Rostom Mesli, in Gayle Rubin Surveiller et jouir. Anthropologie politique du sexe, EPEL, Paris, 2010, pp. 128-9.