Le vaccin Gardasil permettrait de réduire le nombre de cancers de l’anus qui touchent particulièrement les gays.
Mais en France, Gardasil n’est recommandé que pour les jeunes filles et les jeunes femmes. Les autorités américaines, elles, ont autorisé depuis la semaine dernière la mise en vente de ce vaccin pour la prévention de ce cancer chez les hommes et les femmes de 9 à 26 ans. Il doit principalement permettre de diminuer le nombre de cancers de l’anus, qui touchent chaque année 5 300 personnes aux États-Unis. Le vaccin agit contre des souches du virus de papillome humain (VPH) ou papilloma virus, à l’origine de ce cancer. Pour autoriser la commercialisation de ce vaccin, la Food and Drugs Administration (FDA) a estimé satisfaisants les résultats d’une étude qui montre que le vaccin s’est avéré efficace à 78% contre deux types de VPH chez des hommes homosexuels, une population très touchée par ce type de cancer.

UNE PRÉVALENCE TRÈS ÉLEVÉE CHEZ LES HOMOSEXUELS
Commercialisé par les laboratoires Sanofi et Merck en France, Gardasil n’est efficace qu’avant l’infection par le VPH. Et d’après le docteur Laurent Abramowitz, proctologue à l’hôpital Bichat, « chez les femmes, 80% sont contaminées dès la première relation ». Il faut donc vacciner les femmes (et même les lesbiennes) avant cette première relation sexuelle qui peut survenir très tôt. Du côté des hommes, les risques sont moindres (six cas pour 100 000 habitants), sauf chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). D’après les données exclusives d’une étude menée par le docteur Abramowitz en collaboration avec le docteur Dalila Benabderrahmane et communiquées à Yagg, le nombre de contaminations chez les HSH s’élève à six cas pour 1 000 habitants. Soit 100 fois plus que chez les hommes hétérosexuels.

La décision de la FDA montre que la vaccination des HSH revêt une importante croissante, d’autant plus que le virus est « très transmissible, malgré l’utilisation du préservatif », insiste le docteur Emmanuel Ricard, délégué à la prévention et à la promotion du dépistage au sein de la Ligue contre le cancer. « Il suffit d’un contact de peau à peau ». Le risque de contracter un cancer de l’anus est encore plus élevé chez les homosexuels séropositifs, du fait de l’affaiblissement du système immunitaire.

DES BLOCAGES SUBSISTENT
Mais plusieurs blocages empêchent la mise en place d’une campagne de vaccination auprès des hommes en France. D’une part, se pose la question de l’information du public autour de cette problématique. Le VPH étant plus présent chez les hommes homosexuels que chez les hétérosexuels, une campagne de prévention devrait intégrer un discours autour de la sexualité homo et autour de la fellation. « Mais ce n’est pas au goût du jour », constate Emmanuel Ricard. Ce type de rapport est encore trop tabou pour être abordé dans une stratégie de communication grand public. Même si d’après lui, « cette pratique est majoritaire, même chez les hétérosexuels ».

D’autre part, la population masculine la plus à risque étant celle des jeunes homosexuels, le docteur Laurent Abramowitz se demande s’il vaut la peine « de vacciner des millions de gens » pour des cas de cancer finalement peu nombreux au regard de l’ensemble de la population. Surtout que l’efficacité du vaccin dans la prévention du cancer anal est encore à l’étude. « Ce ne serait pas raisonnable », explique-t-il. « On manque de données scientifiques. On n’a pas réuni les arguments nécessaires pour convaincre le Haut conseil de santé publique de l’utilité de Gardasil chez les hommes. »

UNE QUESTION D’ARGENT
Pour Laurent Abramowitz, « si l’on était dans un pays riche [sic], oui, il faudrait vacciner. Mais dans un système où il faut rationaliser les dépenses, non. » Vendu 123 euros la dose, le vaccin nécessite trois injections. Il est remboursé pour les femmes à hauteur de 65% par la Sécurité sociale.  D’après le docteur Laurent Abramowitz, vacciner les garçons doublerait le coût de la vaccination sans que les résultats soient nécessairement au rendez-vous. Et la décision des États-Unis d’autoriser la commercialisation du Gardasil aux garçons obéirait à une logique simple : outre-Atlantique, les coûts pèsent sur le patient. « Ce n’est pas pareil quand un pays doit payer », relève le docteur Abramowitz. Mais une étude menée aux États-Unis montre toutefois que cibler la communication auprès des gays pour qu’ils se fassent vacciner contre le VPH serait coût-efficace, car de nombreux cancers pourraient être évités. Mais les pouvoirs publics sont-ils prêts à mener des campagnes d’information qui s’adresseraient aux jeunes gays?

Par ailleurs, pour le docteur Abramowitz, même si l’efficacité du vaccin auprès des hommes était prouvée devant les autorités sanitaires, il ne serait pas impératif de vacciner les garçons: « Si on arrive à vacciner 70% ou 80% des femmes, on peut éradiquer le virus », assure-t-il. Mais en attendant?

UN VACCIN CONTROVERSÉ
Quant aux doutes qui pèsent sur la nocivité de Gardasil, le docteur Abramowitz considère qu’ils doivent être balayés. « Aucun lien n’a été établi entre l’administration du vaccin et les décès dont on attribue la responsabilité à Gardasil« , insiste-t-il. « Bien sûr, si le nombre de personnes vaccinées augmente, les morts suspectes augmentent automatiquement. Mais il ne faut pas arrêter de vacciner les femmes pour autant. Il se passerait la même chose que pour le vaccin contre l’hépatite B, alors qu’on aurait pu éradiquer ce virus. »

Dans le rapport sur la situation du cancer en France en 2010, le cancer de l’anus n’est pas répertorié en tant que tel, du fait de sa faible incidence. Il est classé parmi les cancers du côlon-rectum qui ont causé la mort de plus de 8 000 hommes par an entre 2003 et 2007.

Le milieu associatif s’est mobilisé en vue de promouvoir la vaccination des jeunes homosexuels. Présent lors de l’élaboration du Programme national de lutte contre le VIH, le TRT-5 a ainsi demandé que les HSH puissent bénéficier à leur tour de la vaccination par Gardasil. Contacté par Yagg, le Haut conseil de santé publique affirme n’avoir « pas été saisi et n’a pas encore commencé à y réfléchir ».

Photo Antonin Borgeaud/Interlinks Image

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