L’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution exhortant les États membres à faire le nécessaire pour mettre fin à la pratique des exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, par 122 voix pour et 62 abstentions et l’opposition de l’Arabie saoudite.

DÉBAT TUMULTUEUX
Un débat assez tumultueux a précédé ce vote, lorsque les États ont dû se prononcer sur un amendement présenté par les États-Unis, visant à réinsérer une référence à l’orientation sexuelle. On se souvient en effet qu’en novembre dernier, la Troisième commission de l’Assemblée générale de l’ONU avait remplacé la phrase « la discrimination, notamment fondée sur les préférences sexuelles » par « la discrimination, quel qu’en soit le fondement », pour la première fois en 10 ans, au grand dam des militants LGBT (lire ONU: Une commission retire l’orientation sexuelle d’une résolution sur les exécutions injustifiées et ONU/orientation sexuelle: « La situation est désormais particulièrement alarmante »).

« RECONNAÎTRE LA VULNÉRABILITÉ DE CERTAINS GROUPES »
L’Union européenne, représentée par la Belgique, a rappelé l’opposition de l’UE à toute forme de discrimination et la Finlande a insisté sur le fait qu' »aucun groupe de personnes ne mérite plus ou moins de protection, et il importe de reconnaître la vulnérabilité de certains groupes dont les membres sont tués en raison de leur orientation sexuelle ». L’Argentine, au nom du Marché commun du Sud (Mercosur), la Canada, La Colombie, le Timor-Leste, l’Afrique du Sud ont appuyé l’amendement.

En revanche, indique l’ONU, le représentant des Émirats arabes unis, au nom des Groupe des États arabes, a réaffirmé l’attachement inébranlable de sa délégation à la protection des droits de l’homme, ainsi qu’à la résolution mais, a-t-il ajouté, le Groupe arabe rejette les efforts constants de certaines délégations qui cherchent à introduire des expressions « controversées » qui ne trouvent aucun fondement légal dans les accords et conventions internationaux. L' »orientation sexuelle », selon lui, couvre une large palette de « choix personnels » qui vont au-delà des relations entre deux adultes consentants et ne devrait donc pas être liée aux instruments de protection des droits humains. Même discours de la part du Bénin, au nom du Groupe des États africains et du Tadjikistan, au nom de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI).

« PÉDOPHILIE, BESTIALITÉ ET AUTRES PRATIQUES ODIEUSES »
Deux interventions particulièrement notables, de la part du Rwanda et du Zimbabwe. Pour le représentant du Rwanda, l’orientation sexuelle est une affaire purement privée dans laquelle l’État ne peut intervenir. Néanmoins, a-t-il indiqué, l’amendement examiné ne demandait pas à l’Assemblée générale d’octroyer des droits familiaux aux personnes LGBT mais avait pour objectif de préserver le droit à la vie de groupes à risques, souvent sujets de meurtres. La politique de l’autruche ne mène à rien et le droit à la vie ne devrait pas être refusé pour des raisons légales, idéologiques ou politiques.

Le représentant du Zimbabwe a, lui, eu des propos radicalement différents, qui a estimé que l’orientation sexuelle n’était ni un droit humain ni une valeur universelle et que son pays ne pouvait accepter qu’elle figure dans la résolution, ce qui pourrait déboucher sur « la pédophilie, la bestialité et d’autres pratiques odieuses ». Il a néanmoins pris soin de préciser que « cela ne veut pas dire que nous approuvons les exécutions sommaires ou arbitraires pour autant »…

L’amendement a finalement été adopté par 93 voix pour, 55 voix contre et 27 abstentions. « Les voix de la société civile et des droits de l’homme à travers le monde ont été entendues aujourd’hui et ma délégation en est particulièrement fière », s’est réjouie Susan Rice, ambassadrice américaine à l’ONU.

« Nous sommes ravi-e-s du résultat de ce vote en ce qu’il rétablit le texte original de la résolution et reconnait qu’effectivement de très nombreuses personnes sont tuées tous les ans dans le monde entier en raison de leur orientation sexuelle », ont déclaré Gloria Careaga et Renato Sabbadini, les co-secrétaires généraux de l’International lesbian and gay association (ILGA), dans un communiqué. « Nous savons aussi que de nombreuses personnes sont tuées en raison de leur identité de genre et estimons que la résolution devrait également le mentionner. »

[mise à jour, 18h12] « Une fois de plus nous constatons qu’en matière de droits humains et LGBT en particulier, la volonté politique et la détermination des représentants institutionnels sont  primordiales, souligne le Centre LGBT Paris IdF. Il était vital que l’orientation sexuelle figure bien dans la liste inclusive des motifs car dans le monde, nombre de personnes LGBT sont effectivement bien assassinées pour cette seule raison. Il serait d’ailleurs tout aussi indispensable que le motif d’identité de genre soit au plus vite ajouté à la liste. Les associations qui se sont mobilisées et les ambassadeurs progressistes officiant à l’ONU doivent rester vigilants mais peuvent se réjouir de cette belle victoire. »

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