On s’en doutait, Benoît XVI ne parle pas, dans le livre d’entretiens Lumière du monde, que du préservatif et des rares cas où il peut éventuellement comprendre qu’il faille l’utiliser. David & Jonathan, le « mouvement homosexuel chrétien ouvert à toutes et à tous », a diffusé ce week-end un communiqué intitulé « Les vieux démons du pape sur la sexualité, les homos et le sida », se dit « consterné » par les propos du pape, et qualifie le livre, « sur ces thèmes », de « péremptoire, scandaleux, méprisant et mensonger ».

« LES AUTORITÉS ECCLÉSIASTIQUES VEULENT IMPOSER LEURS POSITIONS À LA SOCIÉTÉ CIVILE »
« Pour le pape, soutenir la lutte contre les discriminations faites aux femmes et aux homosexuel-le-s revient à déployer une intolérance totalitaire envers l’Église et ses convictions (pp. 77-78) ou à s’éloigner de la vraie foi (pp. 128-129), écrivent Elisabeth Masset et Patrick Sanguinetti, les co-présidents de David & Jonathan. Dans le combat pour les droits humains, nous pensons au contraire que ce sont les autorités ecclésiastiques qui veulent imposer leurs positions à la société civile, autant que cela leur est possible! Si ces autorités sont attaquées, c’est en raison de leur obstruction à tout mouvement d’émancipation – en particulier des femmes – et non pour l’expression de leurs valeurs religieuses. »

« METTRE UN PRÉSERVATIF EST UN ACTE RESPONSABLE »
« Dans la lutte contre le sida, il présente l’Église comme « la seule institution à se tenir concrètement tout près des hommes », et qui « en fait plus que les autres parce qu’elle ne se contente pas de faire des discours dans les journaux, mais aide les sœurs et les frères sur le terrain » (p. 159). Quel mépris à l’égard des autres acteurs de la prévention et de leur travail!, s’indignent-ils. (…) Tordant l’esprit des programmes contre le VIH qui valorisent l’abstinence et la fidélité à côté du préservatif, le pape fait de celui-ci un pis-aller inadapté qui « banaliserait » la sexualité, la plongeant dans l’addiction. Celles et ceux qui utilisent le préservatif seront heureuses et heureux d’apprendre qu’ils sont en fait des drogué-e-s du sexe! Ils seraient des millions, rien qu’en France… (…) Face à la pandémie, nous affirmons que mettre un préservatif est un acte responsable pour que l’amour entre deux êtres puisse rester une rencontre de vie! Son usage est une solution, éminemment morale, n’excluant pas l’abstinence et la fidélité, selon les choix de chacun-e. »

Sur la « fameuse « humanisation » de la sexualité » prônée par Benoît XVI, Elisabeth Masset et Patrick Sanguinetti ne sont pas plus tendres, qui y voient une « scandaleuse vision de la sexualité »: « la sexualité de chaque personne est humaine de fait », insistent-ils.

« DES JUGEMENTS PÉREMPTOIRES SUR L’HOMOSEXUALITÉ »
Ils concluent par les « jugements péremptoires » du chef de l’Église catholique sur l’homosexualité: « Se proclamant l’interprète de Dieu, il prétend que l’homosexualité « s’oppose à l’essence même de ce que Dieu a voulu à l’origine », sans savoir si elle est innée ou acquise (p. 200). Si, à tout hasard, l’homosexualité était innée, comment Dieu pourrait-il créer certaines de ses créatures dans une condition aussi contraire à sa volonté? À moins d’imaginer un dieu pervers. Est-ce que les homosexuel-le-s seraient plus marqué-e-s que les autres par le péché originel? Selon cette logique, certaines sexualités seraient en soi conformes à la volonté divine et d’autres s’y opposeraient. Le pape récuse ainsi la conviction qu’homosexualité et hétérosexualité ont même valeur (p. 193). Nous croyons à l’inverse de lui (p. 199) que la diversité des sexualités témoigne de la richesse de l’acte créateur de Dieu ».

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