Hier, dimanche 24 octobre, Georges Frêche, président du Conseil régional de Languedoc-Roussillon, a succombé à un arrêt cardiaque, à l’âge de 72 ans. L’ancien maire de Montpellier (de 1977 à 2004), figure politique incontournable dans la région, exclu du Parti socialiste en 2007 après ses propos sur les harkis et le nombre de Noirs dans l’équipe de France de football, était un personnage controversé: les réactions à son décès s’en ressentent quelque peu.

CHRISTOPHE GIRARD « PAS ATTRISTÉ »
Christophe Girard, adjoint (PS) au maire de Paris chargé de la culture, s’est déclaré « pas particulièrement attristé » par la mort de Georges Frêche. Celui-ci « était certes un homme cultivé, un très fin politique, mais sans aucune morale », a-t-il déclaré à l’AFP. Sur son blog, il ajoute: « Les prises de position de Georges Frêche m’ont dérangé, mis mal à l’aise et parfois écoeuré, et je pense qu’il assumait totalement ce qu’il disait. Je comprends néanmoins la tristesse des nombreux Montpelliérains dont il a transformé la ville et dynamisé la région ». Une réaction qui dénote au sein du Parti socialiste qui, dans son ensemble, Martine Aubry en tête, salue la mémoire de l’homme politique de manière beaucoup plus positive.

« SOUTIEN INDÉFECTIBLE »
Du côté des associations LGBT, l’heure est à l’émotion et au souvenir. Le Collectif contre l’homophobie (CCH), par la voix de son président Hussein Bourgi, souligne que Georges Frêche a été un « soutien indéfectible » de la communauté LGBT, et ce, dès 1977. « C’est suite à son élection comme maire en 1977 qu’il mit fin à l’ostracisme que subissait le Groupe de Libération Homosexuelle (GLH) de la part du précédent maire UDF, rappelle le communiqué du CCH. C’est ainsi qu’un local municipal fut mis à la disposition du GLH, Montpellier devenant ainsi l’une des rares villes de France où une association LGBT avait un local à cette époque ». Le CCH rappelle également son engagement en faveur de la création de Aides Montpellier, de l’ouverture d’un Centre gay et lesbien dans la ville, etc.

« JE VOUS DEMANDE PARDON »
Concernant les dérapages de Georges Frêche, Hussein Bourgi raconte cette anecdote: « Je me souviens (…) du coup de fil fort matinal qu’il m’a passé lors de la campagne des dernières élections régionales au cours de laquelle le Collectif contre l’homophobie avait exprimé sa réprobation lorsque Georges Frêche avait qualifié Michel Rocard de « lopette ». Il m’a dit: « Je suis vraiment désolé d’avoir utilisé ce vilain mot; je suis sous pression en ce moment à cause de la campagne, je suis conscient que ceci peut expliquer mon écart de langage mais ne saurait l’excuser aussi je vous demande pardon car je ne veux pas qu’un nuage voile notre amitié » ». Pour le président du CCH, qui dit recevoir « de nombreux messages et appels de personnes souhaitant rendre hommage à « notre allié » et »ami » Georges Frêche », « ses excès et sa démesure masquaient en réalité sa timidité, sa sensibilité et sa pudeur ».

« VILLE DE TOLÉRANCE »
La Lesbian & Gay Pride Montpellier Languedoc-Roussillon salue également la mémoire de Georges Frêche, « grand défenseur des droits LGBT », qui « a bâti une ville [Montpellier] de tolérance (…), devenue  l’une des villes les plus gay-friendly de France, une référence et un modèle de réussite pour les LGBT ». « Nous perdons l’un de nos plus grands militants, une « grande gueule » qui n’aura laissé personne indifférent, un homme dont l’empreinte aura marqué à tout jamais les valeurs républicaines que nous défendons », conclut l’association.

« LOURD HÉRITAGE »
L’association Tjenbé Rèd, elle, « appelle la gauche et avec elle l’ensemble des partis politiques républicains à résorber activement [le] lourd héritage [de Georges Frêche], en Languedoc-Roussillon comme en France ». « Depuis plusieurs années, souligne l’association, Tjenbé Rèd dénonçait régulièrement, avec d’autres associations, les propos racistes, sexistes ou homophobes de cet ancien membre – influent – du Parti socialiste, dont la marque de fabrique aura été d’entraîner avec lui, dans une dérive qui l’éloignait chaque fois plus loin du respect des droits humains, une part essentielle du personnel politique de gauche. »

Une chapelle ardente sera installée demain, mardi 26 octobre, à l’Hôtel de Région, à partir de 9h30. Les obsèques de Georges Frêche auront lieu ce mercredi 27 octobre, à 10h30, en la cathédrale Saint-Pierre, à Montpellier.

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