AVERTISSEMENT: Ce guide s’adresse uniquement aux Parisiens. En effet, si tu habites en province, soit tu n’as pas besoin d’un guide de survie, soit tu es déjà mort.

Contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, de l’autre côté du périphérique, il n’y a pas qu’une rivière de feu avec des dragons. Je serai peut-être lapidé pour te l’avoir révélé mais j’accepte ce statut de martyr et je te le dis tout droit: la province présente certaines qualités, je le sais, j’y suis allé deux fois. Seulement, petit malin, pas la peine de prendre ton sac à dos, prendre la ligne 8 jusqu’au terminus et penser que tu peux, comme ça, sans préparation, survivre aux terres brûlées et aux vents sombres du Pardelàlpérif. Car il faut dépasser les clichés et découvrir que la province est un endroit où l’on est parfois « à la page »! Conserve ce petit guide avec toi, au pire tu pourras le troquer contre un morceau de pain sec dans une auberge. Et que la force soit avec toi!

Parisien en mal d’aventure, tu seras surpris de découvrir en terre de Provinciadûur qu’il existe par endroits des conglomérats de bâtiments de plus d’un étage, que les indigènes s’amusent à nommer « villes ». Attention, ça ne veut pas dire que tu y trouveras à manger après 22h, ou une boîte de nuit qui te convienne (les lesbiennes qui préfèrent les filles de moins d’1m60 et qui n’écoutent que de la disco japonaise de 1982-1984 n’ont même pas de lieu dédié juste pour elles! c’est dire si c’est galère de sortir). Bien sûr, ce ne sera pas comme à Paris, révéler ton homosexualité ne t’ouvrira pas toutes les portes y compris celle de l’emploi, des médias et du pouvoir en général. Mais dans les « villes », tu trouveras des gens chaleureux et accueillants, qui auront peut-être même déjà entendu parler d’homosexualité à la télé et qui ne te jetteront pas des pierres.

La campagne, c’est un peu comme les Buttes Chaumont, sauf que les rivières ne sont pas en béton mais en terreau, tu sais comme le truc qu’il y a sous les plantes. Tu sais que tu auras atteint « la campagne » quand tu seras confronté au problème de: « ça capte pas ». Il s’agit d’un phénomène à la limite du paranormal, c’est difficile à expliquer, mais en gros ton téléphone ne fonctionnera plus, enfin, ne pourra plus communiquer avec l’extérieur. Il faut donc t’organiser un minimum, tu ne pourras pas forcément trouver un taxi juste en levant le bras. Fais attention, si tu croises des gens obèses et qui ont des cornes et qui ont les tétons hyper bien travaillés, ce ne sont pas des gays très branchés cuir, mais des « vaches », c’est d’elles que vient le « beurre » (le truc que mangent les bears).

Tiens-toi bien à ta chaise designer à 500€: il existe des homosexuels en province. Oui! Ils existent, je les ai vus. Au début, j’ai cherché dans les buissons et les terrains vagues, pensant les trouver recroquevillés dans des flaques de boue, avec le même regard effrayé que des petits animaux qui ont été torturés par des enfants consanguins, mais quelle ne fut pas ma surprise d’en trouver dans la rue, qui souriaient et se promenaient nonchalamment! J’en ai même vu un qui était bien habillé. N’hésite pas à les aborder, à te faire prendre en photo avec eux, mais laisse-leur quand même un souvenir, comme un iPad, ils ne sauront pas ce que c’est et ils pourront le vénérer comme une divinité, ça les occupera l’hiver.

Les homosexuels de province utilisent un signe de reconnaissance qui était également d’usage ici dans les années 90 et qu’on appelait le « drapeau arc-en-ciel ». Tu pourras ainsi reconnaître les lieux où ils se réunissent. ATTENTION, tu ne pourras pas utiliser ton système de drague habituel, le regard méprisant jeté vite fait qui sous-entend: « Tu ne mérites pas un iota de mon attention mais comme tout le monde ici est LAID je veux bien que tu m’abordes ». Car ici il existe un phénomène étrange qu’on nomme « convivialité » et qui consiste à discuter avec des inconnus même si c’est pas pour gagner de l’argent ou se faire sucer. Tu pourras même rencontrer des lesbiennes si tu es gay et vice-versa, car en province, ces deux castes se connaissent et se fréquentent! (En revanche, ne sympathise pas trop, sinon elle vont te demander ton sperme, c’est pour le mettre dans elles et se faire faire un animal de compagnie humain, une drôle de coutume locale).

Vu que notre race y est moins représentée, tu vas pouvoir profiter de l’occasion pour mieux connaître la race hétérosexuelle, qui figure-toi en province est majoritaire! Engouffre-toi dans un bar de jeunes, c’est facile, il suffit de suivre les « dread locks » (ce sont des nids pour petits et moyens rongeurs que les jeunes de province aiment à fabriquer avec leurs cheveux) jusqu’à leur endroit favori. Profites-en pour leur poser des questions et apprendre des choses sur leurs coutumes, leur mode de reproduction par exemple qui est fort biologique, ou leur nourriture qui est souvent calorique mais délicieuse. Tu seras aussi fasciné par leurs connaissances géographiques: le provincial connaît la province sur le bout des doigts et adore se faire réciter les numéros des « départements ». Pour les amuser, tu peux leur demander « c’est quoi le 38 déjà? » et ils seront tout contents de crier « la Drôme! » ou je ne sais quel autre endroit mystérieux et c’est parti pour une heure de détente et de bonne humeur.

Si les autochtones ont bon fond, ils ont une passion pour l’alcool de mauvaise qualité, le champagne étant réservé pour des occasions spéciales, comme les « mariages » (une étrange cérémonie qui consiste à inviter toutes ses connaissances pour les prévenir qu’on va baiser). Ils ont plutôt l’habitude de boire un breuvage peu goûtu qui se nomme « bière » (également consommée chez nous par nos bears afin d’obtenir le physique recherché). Malheureusement, cette boisson, en plus de les faire roter, leur fait souvent perdre la boule. C’est dans ces moments-là qu’ils peuvent éventuellement se révéler dangereux, surtout s’ils commencent à te parler de « ce jour-là dans les douches après le match ». Attention, les autochtones de notre race peuvent également se révéler dangereux, seulement si tu fais une blague de mauvais esprit sur leur star préférée. Ils essaieront de te crever les yeux, c’est pour ça qu’ils portent les ongles un peu longs (en revanche, je n’ai pas encore percé le mystère des mèches décolorées).

Ce qui est beau dans le voyage, c’est de démonter tous les mythes qui sont véhiculés par les contes et légendes. Par exemple: il n’y a pas que des BTS coiffure mais aussi des IUT garagisme, qu’il y a certes principalement des Buffalo Grill mais aussi pleins d’autres marques de restoroutes! Ou encore qu’entre deux tournées d’été des Forbans Réunis, on peut trouver des festivals qui proposent de redécouvrir des groupes vintage de qualité comme Massive Attack. Mais surtout, tu seras confronté à l’un des plus beaux mystères du Provinciadûur, un étrange phénomène naturel dont tu as dû entendre parler sans oser y croire: la nuit, le ciel se parsème comme par magie de très jolis petits points blancs qui scintillent (un peu comme chez nous au plafond du cinéma Le Rex). Rien que pour ça, tu y reviendras encore et encore.

-> patapé: Bientôt, « Survivre à Paris » (à destination des lecteurs de province).

Retrouvez tous les Guides de survie de Maxime Donzel.

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