Tandis que Le Refuge annonce avoir accepté une rencontre avec Sexion d’Assaut lundi prochain (le 25 octobre) – « C’est eux qui ont pris contact avec nous, proposant de venir, explique Nicolas Noguier, le président, cité par l’AFP. Nous avons interrogé les jeunes un par un et on leur a demandé ce qu’ils en pensaient. Ils ont tous été d’accord pour dire qu’ils aimeraient bien les rencontrer » –, la mobilisation se poursuit à Toulouse pour faire annuler le concert du groupe prévu vendredi soir.

« PRÉTENDUES EXCUSES »
Après avoir rencontré « les principaux interlocuteurs participant à la tenue du concert », le collectif Arc-en-Ciel Toulouse rapporte qu' »après un long débat, [ses] interlocuteurs se sont montrés indifférents à [sa] demande et maintiennent le concert de façon irresponsable. Aucune action concrète du groupe n’a été apportée pour manifester sa bonne foi. Le groupe n’a d’ailleurs pas daigné envoyer de représentants. Cette attitude laisse planer un fort doute quant à de prétendues excuses ».

« CONTRE-ÉVÉNEMENT CITOYEN »
Le collectif a donc décidé d’organiser « un contre-événement citoyen » le même soir, de 19h à 22h, devant la préfecture: « Nous demandons à toutes celles et ceux qui se sont senti blessés par les propos du groupe de venir nous rejoindre pour défendre les valeurs de tolérance et de respect. Nous appelons plus largement à une manifestation citoyenne et pacifique de toutes celles et ceux qui refusent toutes les formes de discriminations, et notamment la banalisation des comportements d’intolérance et de haine, homophobes et sexistes ».

Le collectif a reçu le soutien du président du Conseil général de la Haute-Garonne, Pierre Izard, et de sa vice-présidente chargée des Affaires culturelles, Marie-Christine Lafforgue, qui, dans un communiqué de presse commun, demandent à la préfecture « de prendre toutes les mesures adéquates afin d’interdire ce concert et ainsi préserver l’ordre public. Nous réaffirmons notre engagement à combattre toutes les formes de discrimination, qu’elles soient liées à l’orientation sexuelle, au sexe, à l’âge, ou au handicap ».

« CINGLANT DÉMENTI »
Par ailleurs, dans un communiqué commun du 21 octobre, la Fédération LGBT et le Collectif contre l’homophobie (CCH) appellent également à l’annulation du concert de Toulouse, ainsi que celui de Bordeaux, et vont plus loin en dénonçant le « jeu de dupes » de Sexion d’Assaut.

En effet, les associations ont noté que le groupe avait récemment mis en ligne un nouveau titre intitulé Le Relais qui, selon elles, « apporte un cinglant démenti à ses propres excuses ». Le morceau « débute par un texte de condamnation anonyme de leurs dérapages, suivi de paroles et de gestes des plus explicites de la part des membres du groupe, comme celui de trancher la gorge ». « Ceux qui disent qu’on a changé sont peut-être tous sourds » peut-on notamment entendre dans les paroles. « Sous couvert d’un accord signé avec le Comité Idaho et le Cran, qui ne saurait lier nos associations, Sexion d’Assaut démontre qu’il n’a cure de la lutte contre l’homophobie, contrairement à tout ce qui a été prétendu », conclut le communiqué.


Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur [Clip] Sexion D’Assaut – Le Relais.

Force est de constater que le titre en question ne fait pas explicitement référence à la récente affaire d’homophobie dans laquelle a été impliqué Sexion d’Assaut. Mais Stéphane Corbin, porte-parole de la Fédération LGBT, joint par Yagg, et qui date la mise en ligne de cette vidéo au 12 octobre, soit 5 jours après les engagements contre l’homophobie pris par le groupe, y voit comme un double discours de la part des rappeurs.

« HORS DE QUESTION DE LAISSER PASSER ÇA »
Par ailleurs, Yagg a demandé à Ludovic Neau, le président de Fiesta Tolosa, comment son association avait réussi à contourner les obstacles qui rendaient les autres associations réticentes à porter plainte contre les propos homophobes tenus par Sexion d’Assaut. « Nous pensons que malgré les problèmes que nous aurions pu rencontrer, il était hors de question pour nous de laisser passer ça et porter plainte ne coûte rien, nous a-t-il expliqué. Nous avons été conseillés par un avocat (ami d’un des membres de l’asso) et nous nous sommes surtout servi du procès verbal de la plainte pour faire un levier auprès du préfet de la Haute-Garonne qui est la seule personne pouvant annuler ce concert aujourd’hui. Nous avons remis le procès-verbal en main propre au procureur responsable des discriminations au TGI de Toulouse (cela ne coûte rien non plus), et nous avons signalé à tous nos interlocuteurs que le risque de trouble de l’ordre public était menaçant sur Toulouse afin de pouvoir un peu mettre la pression (ce qui nous permettra éventuellement de générer un mouvement si rien ne se passe). Pour nous, malgré certaines excuses floues, il est hors de question que ce groupe qui appelle au meurtre des homosexuels dans ses chansons puisse se produire en concert à Toulouse alors qu’ils ont été annulés dans pratiquement toutes les autres villes de France (sauf Saint-Brieuc, Paris et Toulouse). »

« Effectivement, légalement, n’ayant pas 5 ans d’existence, nous ne pourrions pas nous porter partie civile si nous engagions une procédure pénale, nous a-t-il confirmé. Pour nous, l’important n’était pas d’aller en justice mais d’arriver en faisant du bruit et en frappant aux bonnes portes. »

Envie de plus d’infos Yagg? Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter.

Soutenez votre média LGBT indépendant sur le mur de Yagg!