Le 26 septembre dernier, l’European Pride Organizers Association (EPOA), qui regroupe les organisateurs de 18 gay prides en Europe, s’est réunie pour étudier les candidatures de Tel-Aviv et de Marseille, les deux villes candidates pour l’organisation de l’Europride en 2013. Les délégués de l’EPOA ont finalement porté leur choix sur le projet de Marseille. Ainsi après Varsovie cette année, Rome en 2011 et Londres en 2012, c’est la cité phocéenne qui organisera le plus grand rendez-vous LGBT d’Europe.

Une décision qui laisse un peu perplexe quand on repense aux conflits entre associations LGBT qui rythment la ville de Marseille depuis plusieurs mois. D’autant que l’association qui a présenté ce dossier et qui sera chargée de sa mise en place n’est autre que la Lesbian and Gay Pride Marseille (LGP Marseille).

Souvenez-vous: c’est en effet la LGP Marseille qui s’occupait, depuis toujours, de la gay pride annuelle dans la ville. De l’avis de tous, la situation n’était pas idéale: mauvaise gestion, absence totale de transparence, problèmes financiers et juridiques, etc. Ainsi, le 11 avril dernier, la Coordination Interpride France (CIF) lui supprimait sa qualité d’adhérent ainsi que le droit d’utiliser les marques Lesbian & Gay Pride, GayPride et Pride, pour « non-respect de sa charte éthique ». Depuis, deux nouvelles associations ont émergé pour reprendre le flambeau de la LGP Marseille: Tous&Go d’un coté, qui obtint rapidement le soutien de la CIF, et Fiertés de Provence, dirigée par d’anciens membres de la LGP Marseille, de l’autre. Aussi, après une série de mésententes et de conflits entre ces deux associations, nous assistions au mois de juillet dernier à la mise en place de deux marches des fiertés bien distinctes, ou plus précisément une gay pride et une marche, chacune organisée par l’une des associations.

Il n’est donc pas surprenant que la décision de l’EPOA, au-delà de la joie qu’elle promet en proposant à la France cet événement de dimension européenne, ravive aujourd’hui ces tensions inter-associatives, et annonce de nouveaux conflits.

« NOUS SOMMES CHOQUÉS, CONSTERNÉS PAR LA FAÇON DONT CELA S’EST FAIT »
Interviewé par Yagg, Christophe Lopez, président de Tous&Go (l’association désormais détentrice du label officiel de la gay pride de Marseille), se dit « consterné »: « On ne peut évidement que se réjouir à l’idée que la ville de Marseille puisse accueillir un tel événement. Mais ce qui nous pose problème, c’est qu’une structure [LGP Marseille, ndlr] d’une telle opacité, qui a eu des problèmes judiciaires, puisse avoir à gérer cet événement. Les Marseillais et la communauté gay sont choqués, consternés par la façon dont cela s’est fait. Cette association, a qui on a supprimé la qualité d’adhérent à la CIF, aurait déjà dû être dissoute. Elle a été destituée pour non-respect de sa charte éthique, et cette équipe a été dégagée par la communauté – une pétition de 300 signatures demandait la déchéance de cette marque, donc je ne vois pas cette structure organiser quoi que ce soit aujourd’hui. Ce serait une aberration. »

« Pour la communauté gay de Marseille, s’indigne Christophe Lopez, c’est un véritable tremblement de terre de savoir que cette structure et que ces protagonistes, Eric Séroul, Jean-Marc Astor et Sébastien Gony, alors qu’ils ont été éconduits de la communauté gay, puissent aujourd’hui essayé de re-rentrer par la fenêtre. Parce que c’est vraiment comme cela que c’est vécu ici. Et nous ne les laisserons pas faire. Ce week-end aura lieu le conseil d’administration de la CIF, qui est elle aussi choquée de la manière dont se sont faites les choses. »

« UNE EUROPRIDE À MARSEILLE OUI, MAIS PAS DANS CES CONDITIONS! »
« L’EPOA est elle-même très ennuyée de cette situation, poursuit-il, parce que maintenant qu’elle est au courant, un peu tard, de ce qu’est cette structure, elle est bien embêtée. Donc aujourd’hui nous sommes en discussion et en échanges, les choses ne pourront pas être aussi simples. Il est hors de question que ce duo [Astor et Seroul] se retrouve à cette place, ils n’en ont pas les compétences. On est dans un vaudeville, dans un cauchemar même. On montre, avec ce type de comportement, que la communauté gay est divisée. C’est un outrage à la communauté gay. Et les acteurs associatifs ne laisseront pas faire les choses en l’état. L’EPOA peut encore réserver des surprises, quant à cette décision. Rien n’est encore définitif. »

« Évidement que l’on aimerait que l’événement reste à Marseille, précise le président de Tous&Go. On ne s’oppose pas au fait qu’il y ait une Europride dans notre ville. C’est purement la légitimité de cette structure qui pose problème. Il y a aujourd’hui une autre structure qui existe, Tous&Go, et qui a montré ses compétences en organisant cette année la gay pride à Marseille. Nous n’avons pas pu présenté de projet d’Europride pour l’instant parce qu’il faut avoir organisé au moins deux gay prides ces quatre dernières années. Mais nous pensions bien évidement le faire dans les années à venir. La ville de Marseille n’est pour l’instant peut-être pas tout à fait prête à accueillir un tel projet, elle a été affaiblie par un certain nombres de conflits, des clivages. Bien sûr, une Europride pourrait aussi être un accélérateur de particules, mais pas dans ces conditions cauchemardesques. »

« IL FAUT JUSTE QUE LES ASSOCIATIONS PARVIENNENT À TRAVAILLER ENSEMBLE »
Pour Sébastien Gony, président de l’association Fierté de Provence, qui est restée proche de la LGP Marseille, la perception de la situation est quelque peu différente. Il se réjouit du choix de l’EPOA et souhaite s’investir dans ce projet: « C’est une très bonne chose pour Marseille. Il faut juste espérer que les associations parviennent enfin à travailler ensemble. Naturellement, Fierté de Provence participera à l’organisation de cette Europride, c’est incontestable. Pour bien monter ce projet ambitieux, il va falloir de nombreux bras, il faudra que l’on travaille tous ensemble et il faut espérer que personne ne viendra nous mettre de bâton dans les roues. »

« Nous espérons qu’après cette année de mésentente et de conflits, les choses puissent se calmer et que cet événement soit l’occasion d’un grand renouvellement dans la gestion à Marseille. Bien sûr, ça va faire grincer des dents. Je pense à Tous&Go. Mais c’est l’EPOA qui a statué. C’est une décision qui a été votée, parce que c’est un beau projet, proposé par des gens qui ont beaucoup travaillé dessus. Le fait que la CIF ait supprimé sa qualité d’adhérent à la LGP Marseille ne pose aucun problème. C’est l’EPOA qui est propriétaire de la marque Europride. Et puis c’est un peu ridicule de parler de marque commerciale, c’est pas du commerce que l’on fait, c’est du militantisme. En tout cas Fierté de Provence participera à ce beau projet et moi-même, je ferai certainement partie du comité de pilotage. »

« CE SERAIT DOMMAGE DE PERDRE UNE EUROPRIDE EN FRANCE »
« On pense à cela depuis 1998, et on prépare ce dossier de candidature depuis 2004. On a beaucoup travaillé sur ce projet donc on ne peut qu’être très contents de cette décision, explique à son tour Éric Seroul, de la LGP Marseille. Il y a eu pas mal de problèmes à Marseille cette année. Mais maintenant nous avons la chance de pouvoir organiser un événement international et historique – ce sera seulement la seconde fois que la France pourra l’organiser –, je pense que tout le monde a intérêt à travailler ensemble. Marseille est une très belle ville, une ville méditerranéenne et accueillante; et si ce dossier a été retenu c’est qu’il est solide. »

« Souvenons-nous aussi que l’organisation de l’Europride Paris [en 1997, ndlr] avait déclenché elle aussi des conflits, rappelle-t-il. Elle s’était organisée dans la douleur pendant quatre ans, pour des histoires de personnes, d’ententes, et pourtant, finalement, ce fut l’un des plus beaux événements. Aujourd’hui nous préparons un beau projet qui va demander beaucoup de travail et nous souhaitons véritablement travailler avec tous le monde. Je pense qu’à Marseille, tous le monde a intérêt à mettre de l’eau dans son vin et à travailler ensemble. C’est ce que fera Tous&Go, si ses membres aiment Marseille. On discute également en ce moment avec la CIF, on est en négociation, on verra bien comment cela se passe. J’incite tout le monde à la plus grande prudence, ce serait vraiment dommage de perdre une Europride en France, pour des querelles personnelles. »

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