Hier, dimanche 10 octobre, se tenait à Belgrade la première gay pride serbe depuis 2001. Ce qui aurait dû être une journée d’espoir, placée sous le signe des droits humains, s’est transformée en violents affrontements entre forces de l’ordre et jeunes homophobes d’extrême droite.

SCÈNES DE GUERRE CIVILE
Au centre ville de Belgrade, cette gay pride historique a réuni 14 associations LGBT et près de 1500 participants, qui ont pu défiler dans un périmètre restreint. Un événement rendu possible grâce à un déploiement de forces de sécurité exceptionnel de 5000 policiers, en tenue anti-émeute, avec casques et boucliers. Il n’en fallait pas moins. Rapidement, alors que la gay pride commençait, les rues de la capitale serbe se sont transformées en scènes de guerre civile.

Plusieurs centaines de hooligans d’extrême droite ont tenté de s’approcher de la marche, en scandant des insultes homophobes et des « mort aux homosexuels ». En vain. Les forces de sécurité scellaient efficacement le périmètre du centre ville, mais les hooligans n’en sont pas restés là et les violences se sont amplifiées. Ils ont commencé à se battre avec les policiers, puis à leur jeter des briques, des pierres, des bouteilles de verre, avant de passer aux cocktails molotov et aux grenades, d’incendier des voitures, de casser des vitrines, des panneaux de circulation, de piller des magasins… Ils s’en sont également pris à plusieurs antennes de la télévision d’État, ainsi qu’au siège du Parti démocrate pro-occidental, là aussi avec des cocktail molotov… jusqu’à ce que la police parvienne à restaurer le calme, en fin d’après-midi.

LOURD BILAN
Le bilan des ces affrontements est lourd: plus de 120 blessés, principalement des policiers. Et près 190 hooligans auraient été arrêtés. Le maire de Belgrade, Dragan Djilas, a estimé les dommages à plus d’un million d’euros. Selon l’agence de presse AP, la plupart des émeutiers étaient de jeunes supporters de foot, des groupes infiltrés par des organisations néo-nazies.

VALEUR DE TEST
Déjà en 2001, la première et seule gay pride serbe s’était soldée par des violences d’ultra-nationalistes. Celle de l’année dernière avait dû être annulée en raison des menaces proférées par ces mêmes groupes. Cette année, le président Boris Tadić et le ministre des Droits humains et des minorités Svetozar Čiplić avaient apporté leur soutien à la gay pride. Plusieurs représentants européens avaient insisté sur le fait que la façon dont se tiendrait la gay pride illustrerait le degré de maturité de la démocratie en Serbie. Fin septembre, Amnesty International avait cependant exprimé son « inquiétude de voir des groupes de droite recourir de plus en plus à des attitudes menaçantes, à la fois verbales et physiques, à l’approche du défilé ». Mais cette marche était attendue comme un test majeur pour le gouvernement serbe, qui s’est lancé dans des réformes pro-occidentales et pour la protection des droits humains, dans l’objectif d’intégrer prochainement l’Union Européenne.

CONDAMNATION
Dès la fin des affrontements, le gouvernement serbe et le président Boris Tadić ont fermement condamné ces violences. « Les hooligans et les organisateurs des violences d’aujourd’hui seront arrêtés et menés devant la justice. (…) La liberté d’expression est garantie par la constitution », a déclaré le président serbe, ajoutant qu’attaquer la police signifiait attaquer l’État. « La Serbie assurera la protection des droits humains à tous ses citoyens, sans considération pour leurs différences, et toute tentative de renier leur liberté par la violence ne peut pas continuer », a t-il conclu.

Lire aussi: Ils l’ont fait. Les Serbes ont enfin eu leur Marche des fiertés, sur le blog Paris-Moscou de Nikolai Alekseev.

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