Mardi 5 octobre, nous annoncions en exclusivité la démission de Stéphane Vambre de ses fonctions de co-président d’Act Up-Paris, poste qu’il occupait depuis mars 2009. Nous en savons aujourd’hui un peu plus sur cette décision, grâce à deux documents que Yagg s’est procurés: une lettre ouverte signée Stéphane Vambre dans laquelle il expose les raisons de son départ ainsi qu’une réponse de l’association qui prend acte de cette décision.

Voici quelques extraits du texte que Stéphane Vambre a distribué lors de la réunion hebdomadaire d’Act Up-Paris le 16 septembre dernier:

« MA PLACE, MON ENGAGEMENT ET NOTRE MODE DE FONCTIONNEMENT… »
« Je me suis engagé, il y a quatre ans, à Act Up, que je connaissais et suivais depuis le début des années 90. En 2006, je venais d’arriver sur Paris. Je rencontrais alors des difficultés personnelles, liées à mon état de santé (…) Mon engagement à Act Up était lié à cette situation et de faire de ces problèmes personnels un combat collectif. Act Up était l’association de défense des droits des malades. Le lieu propice à ce combat. Je suis arrivé, à la permanence droits sociaux en tant qu’usager et rapidement, je me suis engagé. Mon intention aujourd’hui n’est pas de créer un conflit interne, même si j’ai conscience que les mots qui vont suivre sont lourds de sens et de conséquences. Je me trouve aujourd’hui dans une situation difficile et pour m’en sortir, il faut que je fasse part au groupe d’une réflexion que j’ai entamée depuis plusieurs semaines sur ma place, mon engagement à Act Up et notre mode de fonctionnement. »

« DES PRISES DE DÉCISION QUI NE CORRESPONDENT PLUS AUX RAISONS POUR LESQUELLES JE ME SUIS ENGAGÉ »
« Lorsque nous nous sommes présentés en mars dernier avec la nouvelle équipe (…) nous nous étions engagés à travailler dans la continuité des stratégies et des actions entreprises l’année précédente et à améliorer les conditions de travail pour l’ensemble des militants. Au final, on ne traite les dossiers que dans l’urgence, surtout sans prendre le temps d’une réflexion de fond, ne prenant pas en compte le travail déjà amorcé. (…) Des orientations, des choix et des prises de décisions qui ne correspondent pas aux raisons pour lesquelles je me suis engagé à Act Up. Pour en revenir aux conditions de travail, je peux affirmer que des militants salariés se sentent mal à Act Up. (…) Nous ne prenons pas soin de nous. La colère qui doit nourrir notre combat s’exprime en interne. Il me semblerait plus judicieux de la canaliser et de la retourner contre ceux qui font le jeu de l’épidémie. »

« Pour moi, un mode de fonctionnement démocratique doit nourrir le débat et faire émerger des idées, et le champ de compétence des uns et des autres est défini par les fonctions, pour lesquelles nous nous sommes présentés. En réalité on assiste à des prises de pouvoir sur les actions des uns et des autres au détriment du travail dans lequel on s’est engagé et pour lequel on a été élu. »

« En mai dernier, j’ai fait part au reste de mon équipe d’un état dépressif évident. Alors que j’attendais un soutien et qu’ensemble, on trouve des solutions, on m’a gentiment conseillé de prendre beaucoup de vacances, puis reproché d’avoir abandonné mon poste et entravé le bon fonctionnement de l’équipe. (…) Mon quotidien et mon engagement militant est aussi lié à celui de mon quotidien de séropo et, formuler une dépression ou être en arrêt maladie n’est pas un moyen pour moi d’empêcher le bon fonctionnement de l’association comme on me l’a dit, mais un état de fait (…) Aujourd’hui, je constate à mes dépens qu’on ne fait pas attention aux personnes qui font vivre le combat, au détriment des objectifs qu’il faut atteindre coûte que coûte ».

« LA VOIX DES SÉROPOS N’EST PLUS ENTENDUE NI PRISE EN COMPTE, VOIRE MÉPRISÉE »
« Act Up a été pensé comme un syndicat de malades, Act Up existe pour que les malades puissent faire de leur situation personnelle, un combat politique et améliorer leur condition de vie. Aujourd’hui, à Act Up, la voix des séropos n’est plus entendue ni prise en compte, voire méprisée. Nos actions sont motivées par une colère de principe et non plus par une colère de malade (…).

« Alors que nous devrions, ensemble, regarder dans la même direction et défendre les mêmes objectifs, les motivations et les ambitions personnelles l’emportent sur les fondamentaux de l’association. Ce qui donne une vision complètement éclatée de ce pourquoi Act Up a été créé. J’avais pourtant l’idée d’une association à l’image d’une famille choisie, une coalition de compétences et d’envies au service d’une cause. Pour moi, Act Up doit s’inscrire dans l’évolution de la maladie et de ses conditions de vie, mais Act Up a une histoire. De folles radicales. Sommes-nous aujourd’hui, toujours, des folles radicales? »

Contacté ce matin par téléphone, Stéphane Vambre nous a confirmé son sentiment général, tout en tenant à préciser qu’il ne faut voir dans cette lettre aucune attaque personnelle: « Je n’ai voulu incriminer personne à travers cette lettre. Il y a des personnes qui travaillent extrêmement bien à Act Up et je n’ai souhaité blesser personne. Je tenais juste à dire que je ne retrouvais plus dans l’association les raisons personnelles pour lesquelles je m’étais engagé, j’ai le sentiment que cela finit  par aller à l’inverse de ce pour quoi cette association a été créée. Je pars, c’est un fait. J’espère que mon départ leur permettra de s’interroger. Je sais que certains ont entendu mon message ».

« NOUS NE COMPRENONS PAS POURQUOI NOUS N’AVONS PAS PU TROUVER DE SOLUTION »
Lors de la réunion hebdomadaire suivante, le conseil d’administration d’Act Up-Paris a distribué une lettre qui prend acte de cette décision: « Nous sommes navré-e-s de la situation dans laquelle se trouve Stéphane. Nous ne comprenons pas pourquoi nous n’avons pas pu trouver de solution: des réunions de CA sont mises en place où il aurait pu s’exprimer (…) Le CA élu au printemps dernier s’est engagé dans un travail de fond sur les questions salariales (…) Nous avons aussi lancé un travail de réflexion sur le fond pour que le savoir accumulé depuis 20 ans soit transmis aux nouveaux/elles, nombreux ces derniers temps ».

« Nous tenons par ailleurs à dire que le texte de Stéphane nous a tous touché-e-s (…). Nous souhaitons que son retour à son poste de salarié se fasse dans les meilleures conditions possibles. »

Contacté mercredi 6 octobre par téléphone, Pierre Chappard, co-président de l’association, a indiqué à Yagg qu’Act Up réagirait officiellement dans les prochains jours.

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