Les réactions s’enchainent suite aux propos homophobes tenus par le groupe de rap Sexion d’Assaut lors d’une interview. Les associations LGBT s’indignent, NRJ prend ses distances, et des salles de concert envisagent l’annulation de concerts.

Dans un communiqué de presse du mercredi 29 septembre intitulé: « Sexion d’Assaut: pour arrêter l’hypocrisie, passer aux actes », l’association SOS Homophobie s’indigne: « Le groupe de rap français Sexion d’Assaut est l’objet d’une polémique de plus en plus importante depuis plusieurs jours, suite à la grande médiatisation de l’interview donnée au magazine International Hip Hop en juin dernier où le groupe se déclare, entre autres, « 100% homophobe ». SOS homophobie se félicite que de tels propos scandaleux aient été remarqués et relayés par plusieurs organes de presse, et que l’opinion publique ait marqué suffisamment fort sa désapprobation pour que le groupe revienne sur ses déclarations – même si les motifs avancés peuvent paraître douteux, le groupe invoquant notamment le fait qu’il ne connaissait pas très bien la définition du terme « homophobe »… Doit-on rappeler au groupe que, chaque jour, trois actes homophobes sont rapportés à SOS homophobie? Que des personnes se font discriminer, injurier, frapper, tabasser voire tuer (15 meurtres à caractère homophobe depuis 2001 en France) en raison de leur orientation sexuelle? »

SOS HOMOPHOBIE DEMANDE DES ACTIONS CONCRÈTES
Le communique de SOS homophobie se poursuit: « Sexion d’Assaut a envoyé un nouveau communiqué de presse le 28 septembre, dans lequel il présente publiquement ses excuses, affirmant que les propos ont été mal retranscrits dans l’interview: « Nous considérons au contraire comme une invitation au courage la remise en cause et la réflexion déclenchées par cette polémique » : SOS homophobie prend acte de ces déclarations d’intentions ». Mais que propose concrètement Sexion d’Assaut? Les chanteurs acceptent-ils de retirer tous les propos homophobes contenus dans leurs chansons? Acceptent-ils de ne pas chanter les chansons contenant des propos homophobes lors des multiples concerts prévus dans les mois à venir? Acceptent-ils de les retirer de la vente, pour cesser de s’enrichir sur des propos discriminatoires? Acceptent-ils de faire connaître la lutte contre l’homophobie, et de diffuser des messages des associations qui, au quotidien, accompagnent des victimes, lors des concerts ou via leur site internet? Acceptent-ils de reverser une partie de leurs bénéfices à des associations bénévoles qui luttent depuis plusieurs années pour accompagner les milliers de personnes victimes d’homophobie en France? », s’interroge l’association.

Et SOS homophobie de lister les paroles homophobes des chansons du groupe: « Ya à mon goût beaucoup trop de gays », dans le morceau « Œil de verre »(Maska); « Je crois qu’il est grand temps que les pédés périssent, coupe leur le pénis, laisse les morts, retrouvés sur le périphérique dans « On t’a humilié »; « Lointaine est l’époque où les homos se maquaient en scred / Maintenant se galochent en ville avec des sapes arc-en-ciel / Mais vas-y bouge, vas-y bouge. Toutes ces pratiques ne sont pas saines », dans le morceau « Cessez le feu »; « Il est devenu gay à croire que ça manque de chattes » dans « Choqué »; et « Bande de PD, de pédales, de bâtards, les singes ne mangent pas que des bananes » dans le morceau « 22h45 » (Maître Gims).

« SOS homophobie demande que le mal que Sexion d’Assaut a fait en incitant à la haine envers les gays et lesbiennes soit réparé par des actions concrètes du groupe pour la lutte contre l’homophobie », conclue le communiqué de l’association.

« FAISONS RESPECTER LES LOIS CONTRE L’INCITATION A LA HAINE HOMOPHOBE »
Lundi 27 septembre, le Centre LGBT Paris IdF réagissait vivement dans un communiqué de presse intitulé « Liberté d’expression versus incitation à la haine homophobe! »: « On comprend de l’interview que confrontés à des critiques de la part d’une partie de leur public, ils ont décidé de ne plus s’attaquer frontalement aux homosexuels, de ne plus trop les insulter ; mais ils déplorent « ne pas pouvoir se permettre de dire ouvertement que pour nous, le fait d’être homosexuel est une déviance qui n’est pas tolérable » ; ils qualifient l’homosexualité de « péché » dont il faudrait se repentir par rapport à leur religion, l’Islam, la seule « dans le vrai », écrit Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT Paris IdF.

« Voyant que tout ce vacarme pourrait lui causer préjudice, le groupe brutalement descendu de 20 places dans les classements, essaye de se justifier et estime que l’interview n’est pas fidèle aux propos tenus! Seulement voilà, les messages de haine homophobe, Sexion d’Assaut n’en n’est pas à son coup d’essai (…) Sexion d’Assaut n’est pas un obscur petit groupe de rap, c’est bien au contraire l’un des premiers vendeurs de disques en France, notamment grâce au tube homophobe « Désolé ». Tant de jeunes les écoutent, trompés par leurs héros, ils se forgent une image dévoyée et malsaine des relations hommes-femmes comme de l’homosexualité; à coups d’interdits, de dogmes religieux, de préjugés sexistes et homophobes qui n’ont plus lieu d’être au XXIème siècle. Triste apprentissage de la vie et des relations entre les êtres que cette vision d’une société violente et inégale. Tristes perspectives pour toute une jeunesse que ces textes qui ne respectent pas les différences mais au contraire tentent d’asséner une représentation machiste et dominatrice, monolithique et archaïque du monde ».

Et Christine Le Doaré de conclure: « Pourtant, il existe bien des lois contre l’incitation à la haine homophobe, pour rappel : la loi du 30 décembre 2004 pénalise les propos liés au sexe ou à l’orientation sexuelle, la peine maximale pour injure homophobe étant de 6 mois de prison et de 22 500 euros d’amende. Alors qu’attend le ministère public pour poursuivre? Va-t-on nous parler une fois de plus de liberté d’expression? Boycottons ces groupes oui, mais surtout faisons respecter les lois, condamnation de Sexion d’Assaut! »

NRJ « SUSPEND » SA COLLABORATION, LES SALLES DE CONCERT PRENNENT LEUR DISTANCE
Dans un article sur Têtu, on apprend également que la radio NRJ a « suspendu » sa collaboration avec le groupe « pour ne pas alimenter la polémique » et ne diffuse plus les morceaux du groupe.

Selon le Parisien.fr, cette polémique pourrait aussi avoir des répercussions sur la prochaine tournée du groupe. Dans un communiqué, les programmateurs de la principale salle de concert d’Angers, où doivent jouer les rappeurs le 13 octobre, disent avoir été « extrêmement choqués » par les propos homophobes du groupe: « Nous ne pouvons accueillir le concert de Sexion d’Assaut du mercredi 13 octobre comme si de rien n’était. Nous réfléchissons à l’organisation d’un temps de débat entre le public et le groupe ou à une éventuelle annulation pure et simple ».

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