Rencontres | Yagg TV | 23.09.2010 - 11 h 11 | 0 COMMENTAIRES
Triangles roses: le dernier survivant connu de la déportation homosexuelle témoigne
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Le 25 septembre 2010 est dévoilée au camp de Natzweiler-Struthof une plaque honorant les déportés pour motif d’homosexualité. À 97 ans, Rudolf Brazda serait le seul survivant de la déportation homosexuelle et il évoque, dans un long entretien à Yagg, ses années de détention au camp de Buchenwald.

Le 25 septembre 2010 est dévoilée au camp de Natzweiler-Struthof une plaque honorant les déportés pour motif d'homosexualité. À 97 ans, Rudolf Brazda serait le seul survivant de la déportation homosexuelle et il évoque, dans un long entretien vidéo à Yagg, ses années de détention au camp de Buchenwald. Son témoignage, précis et bouleversant, il l'avait d'abord livré à partir de 2008 à Jean-Luc Schwab, de l'association Les "Oublié(e)s" de la Mémoire, qui en a tiré un livre passionnant, rigoureux et documenté, Itinéraire d'un Triangle rose, aux éditions Florent Massot.

rudolf brazda

CONDAMNÉ DEUX FOIS POUR HOMOSEXUALITÉ
Fils d'émigrés tchèques en Allemagne, Rudolf Brazda a tout juste 20 ans quand Hitler accède au pouvoir. Rudolf vit ouvertement son homosexualité et très vite, il subit la répression, liée au durcissement de la loi criminalisant les actes homosexuels, le fameux Paragraphe 175.

En avril 1937, alors qu'il vit à Leipzig, Rudolf est arrêté une première fois au titre du Paragraphe 175 et condamné à six mois de prison ferme. Exilé dans les Sudètes, devenu territoire allemand, Rudolf est à nouveau condamné en 1941, et une fois la peine purgée et en raison de son homosexualité, déporté au camp de concentration de Buchenwald, où il arrive le 8 août 1942. Il porte le matricule 7952 et on l'affuble d'un triangle rose.

Les conditions de détention sont extrêmement difficiles dans ce camp situé en territoire allemand et où seront d'abord enfermés des prisonniers allemands puis, lorsque la guerre éclate, ceux en provenance des pays occupés. Bien que Buchenwald n'ait pas été un camp d'extermination, le nombre de morts y est très élevé puisqu'on estime que plus de 56000 prisonniers (sur les 238000 qui y furent incarcérés) sont décédés dans le camp, soit exécutés, soit par épuisement ou maladie.

LES TRIANGLES ROSES
Environ 650 Triangles roses furent déportés à Buchenwald. Rudolf a souvent expliqué que s'il avait été plus jeune ou plus vieux et s'il n'avait pas exercé le métier de couvreur (très demandé dans ce camp en perpétuel agrandissement), il n'aurait sans doute pas survécu. Les autres prisonniers – des opposants politiques, des handicapés, des Juifs – étaient pour la plupart indifférents, mais les S.S. étaient particulièrement cruels et violents envers les homosexuels.

Rudolf Brazda restera presque trois ans enfermé à Buchenwald. À l'approche des troupes alliées, au printemps 1945, les responsables du camp entraînent les détenus dans des "marches de la mort". Plusieurs milliers de prisonniers n'en réchapperont pas. Dans le camp, la résistance intérieure permet à Rudolf de se cacher. Après la libération du camp, Rudolf Brazda vient s'installer en France, près de Mulhouse. C'est là qu'il rencontre à la fin des années 40 Edouard. Ils resteront ensemble jusqu'en 2003, année de la mort d'Edouard.
On estime que de 5000 à 15000 homosexuels, en immense majorité des Allemands, ont été détenus dans les camps de concentration. Très peu sont ceux qui, comme Rudolf, y ont survécu. Son témoignage n'en est que plus important. Comme l'écrit Marie-José Chombart de Lauwe, la présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, dans la préface du livre de Jean-Luc Schwab: "Ce qui s'est passé à cette période a témoigné d'une atteinte infinie à la sphère de solidarité entre tout ce qui porte visage humain. (…) La persécution de l'homosexualité par le régime national-socialiste est une clé d'accès à l'analyse critique du présent et des normes comportementales qui le caractérisent".

Nous remercions les membres de l'association Les Oublié(e)s de la Mémoire pour leur aide précieuse, ainsi que les archives du camp de Buchenwald. Merci également à Jean-Luc Schwab et à Pedro Garcia pour la traduction.

Photo DR - Collection privée

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