Il n’y a pas si longtemps, Nesma (prénom d’emprunt) était étudiante à Tripoli, en Libye. Sa vie a basculé en juillet 2008, lorsque d’autres étudiantes, qu’elle pensait être ses amies, ont commencé à écrire sur elle sur un blog, à parler de son homosexualité, avec des détails sur son domicile, sa famille…

Depuis un peu plus de six mois, elle vit à quelques kilomètres de Metz, chez des amis de sa sœur. Elle espère obtenir l’asile en France. Dans une lettre envoyée hier soir, une dizaine d’associations LGBT nationales et locales (Fédération nationale LGBT, LeZ Strasbourgeoises, Trans Aide, La Lune, Le Nouveau Phare, Homos Musulmans de France, Couleurs Gaies, le Centre LGBTI de Strasbourg…) demandent au préfet de Moselle « de bien vouloir faire preuve de bienveillance (…) pour autoriser le dépôt en France de sa demande d’asile ». Parce que Nessma est passée par l’Italie pour entrer en France, le règlement Dublin II voudrait que ce soit ce pays qui statue sur sa demande, mais le préfet peut décider d’y déroger. Nessma « est sous le choc des événements graves qui sont advenus dans sa vie ces derniers mois, souligne la lettre. Sa santé morale a été entamée par son arrestation pour homosexualité, les viols, les pressions familiales et l’expatriation (…) En France, elle est entourée d’un cercle amical qui lui apporte une stabilité matérielle et morale. [Elle] ne retrouvera pas en Italie la sociabilité nécessaire à sa reconstruction psychologique, notamment après le traumatisme qui serait engendré par un deuxième déracinement. (…) Compte tenu des accords internationaux qui lient l’Italie à la Lybie, nous craignons qu’une demande d’asile déposée par [Nessma] ne soit pas instruite en Italie avec toute l’impartialité qui s’impose ». Nessma est convoquée le 24 septembre.

De passage à Paris pour rencontrer les responsables de l’Association de reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et transsexuelles à l’immigration et au séjour (Ardhis), Nessma a pris le temps de venir à Yagg raconter son histoire.

Qui êtes-vous? Je suis Libyenne, j’ai 25 ans, j’ai fait trois ans d’études supérieures en Libye, puis j’ai dû mettre un terme à mes études. Je dois préciser, pour une meilleure compréhension, que je suis d’origine syrienne, mes parents sont venus en Libye il y a 37 ans, pour travailler. Je suis née en Libye. Je suis lesbienne.

Pourquoi avez-vous dû arrêter vos études? Parce qu’un groupe de filles – qui étaient mes amies – ont lancé un blog à mon sujet, elles ont fait un scandale autour de mon homosexualité, elle ont pratiquement détruit toute ma vie, tout mon avenir à l’université, dans ma famille, dans toute la société dans laquelle je vivais. Je travaillais à temps partiel en tant qu’interprète anglais/arabe. Pendant un an je n’ai pas pu sortir de chez moi. Ni pour mes études, ni pour travailler. Rien. Les gens venaient chez moi, ils frappaient à la porte, ils demandaient « Où est Nessma? ». On a raconté des choses à ma famille, à mes parents, on a emmené ma sœur au commissariat pour l’interroger, on m’a emmenée, j’ai passé deux jours en prison. C’était il y a deux ans.

Il s’est passé tellement de choses, je ne pouvais rien faire. À part rester chez moi à avoir peur de tout le monde, à ne jamais me sentir en sécurité. C’est tout. À un moment, la vie ne peut pas continuer comme ça, ma vie… Voilà.

Est-ce que vos parents savaient que vous étiez lesbienne ou l’ont-ils découvert à ce moment-là? Ma sœur, qui est plus âgée que moi, le savait. Pas mes parents. On ne leur a pas dit la vérité, on leur a dit « votre fille est mauvaise, elle fait des choses avec tout le monde », on m’a fait passer – excusez-moi d’utiliser ce mot – pour une traînée. Ils ne savent pas ce qu’est une lesbienne, ils pensent qu’elle va avec les filles et les garçons et tout le monde.

À partir de ce moment-là, tout le monde a commencé à vouloir me toucher, à avoir des relations sexuelles avec moi, par la force ou consenties, tout.

Ma mère m’a emmenée en Syrie pour m’y marier, j’ai failli épouser un cousin, je me suis enfuie.