Les opposants à la politique Don’t ask, Don’t tell (DADT, ne pas demander, ne pas dire) ont encore du pain sur la planche. Hier soir, les sénateurs américains devaient voter pour ou contre l’ouverture du débat sur la loi de finance du Pentagone, dont l’une des dispositions est l’abrogation de DADT. Une autre disposition importante portait sur le Dream Act, qui vise à permettre aux enfants d’immigrés clandestins d’obtenir des papiers s’ils terminent leurs études secondaires ou servent dans l’armée.

60 VOIX POUR UNE MAJORITÉ
Il fallait aux démocrates 60 voix – sur 100 – pour obtenir un vote favorable, ils n’en ont finalement eu que 56. Les deux sénateurs démocrates de l’Arkansas ont voté avec les républicains. Harry Reid, le leader de la majorité au Sénat américain, a d’abord voté oui, puis a changé son vote pour des raisons procédurales – ce changement devrait lui permettre de soumettre de nouveau le texte au vote.

Pourtant, depuis quelques temps, les tentatives de convaincre certains républicains hésitants s’étaient multipliées. Même Lady Gaga s’était jetée à corps perdu dans la bataille, invitant celles et ceux qui trouvent injustes que les gays et les lesbiennes ne soient pas autorisé-e-s à servir ouvertement dans l’armée à téléphoner à leurs sénateurs pour faire passer le message. Elle s’était même transformée quelques heures en animal politique, tenant un discours lors d’un meeting à Portland (Maine) qui n’aurait pas fait rougir Sam Seaborn (vidéos ci-dessous).

En vain. Les querelles politiciennes et, peut-être, un manque de volonté du côté démocrate, l’ont emporté. Les républicains accusaient Harry Reid d’avoir inclus l’abrogation de DADT et le Dream Act dans la loi de finances pour des raisons électorales, remarque l’édito du New York Times. Entraînés par John McCain, ils souhaitaient déposer de nombreux amendements pour ralentir le processus, les démocrates ne voulaient que leurs propres amendements. Un accord aurait pu être trouvé entre les deux partis, « mais pas dans ce Sénat, et certainement pas avant cette élection, où la pression sanguine de tous est encore plus élevée que d’habitude », souligne le quotidien.

UN NOUVEAU VOTE EN DÉCEMBRE?
Un nouveau vote pourrait intervenir en décembre, lors de la « lame duck session », entre les élections de mi-mandat – le 2 novembre – qui auront peut-être changé la composition du Congrès et l’entrée en fonction des nouveaux élus, voire l’an prochain. Quelle que soit la date retenue, le contexte sera, selon la plupart des observateurs, très certainement moins favorable à une abrogation, même si, lors de son point presse, le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a affirmé aux journalistes qu’il ne considérait pas ce vote comme un « moment décisif » pour l’abrogation de la loi et que l’administration Obama « continuerait d’essayer ».

Qui sont donc les responsables de cet échec? Les républicains, qui refusent l’égalité pour tous? Harry Reid, qui n’a pas su négocier le nombre d’amendements? Barack Obama, qui a promis d’abroger la politique DADT mais traîne des pieds alors qu’il pourrait d’ores et déjà en suspendre l’application? Les associations LGBT de Washington qui n’ont pas assez bousculé la Maison Blanche?

« Le vote d’aujourd’hui montre un manque de leadership de la part de ce qui ont été régulièrement élus pour servir ce pays et faire passer l’intérêt de la nation avant les politiques partisanes, s’est indigné Alexander Nicholson, fondateur et directeur exécutif de l’association de militaires homos Servicemembers United. Le Sénat aurait beaucoup à apprendre de ceux qui servent en uniforme et qui seraient les premiers bénéficiaires d’un débat sur ce texte: servir son pays implique de mettre la politique de côté et de faire son travail. Que ce vote ait échoué aujourd’hui est tout bonnement inexcusable.

« Nous avons perdu en raison de manœuvres politiciennes liées aux élections de mi-mandat, a analysé pour sa part Aubrey Sarvis, directeur exécutif de l’autre associations de militaires homos, Servicemembers Legal Defense Network (SLDN). Soyons clairs: les opposants à l’abrogation de Don’t ask, Don’t tell ne disposaient pas du nombre de voix nécessaires pour retirer ces dispositions de la loi. En revanche, ils avaient les voix nécessaires pour faire traîner. Dans cette affaire, l’ennemi, c’est le temps. Nous n’avons à présent pas d’autre choix que d’attendre la « lame duck session » où nos chances seront minces. Le Sénat doit absolument mettre un vote à l’ordre du jour en décembre lorsque les esprits seront moins échauffés et le sens commun plus à même de prévaloir une fois passées les élections de mi-mandat. »

Le discours de Lady Gaga:

http://www.youtube.com/watch?v=nBZhiu-35T8

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur ‪Lady Gaga joins Maine rally for repeal of ‘Don’t Ask Don’t Tell’ sept 20 2010 new‬

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