La déception est à la hauteur de notre attente. Ce n’est pas tous les jours qu’un acteur porno gay français, star internationale dans son domaine, figure en tête d’affiche d’un film non-X, réalisé par un cinéaste reconnu, et aux côtés de Chiara Mastroianni, excusez du peu.

ENTREPRISE PROMETTEUSE
Sur le papier, l’entreprise de Christophe Honoré était prometteuse. Œuvre de commande du Théâtre de Gennevilliers, Homme au bain doit son titre au tableau du même nom de Gustave Caillebotte (qui mourut à Gennevilliers), Christophe Honoré voulant « construire une fiction du début du XXIe siècle qui réponde à cet Homme au bain de la fin du XIXe. Une fiction de virilité sans initiation d’un personnage à LA virilité, une virilité quotidienne, domestique, inhabituellement regardée » (dixit le dossier de presse).

Le choix de François Sagat était judicieux: un corps hors-normes pour le cinéma français « tradi », fantasme de virilité minutieusement construit, mais que la pornstar, dans ses vidéos persos postées sur son blog, se plaît à détourner pour en donner une vision drôle, décalée, folle. Un peu de fragilité, de douceur, de grâce, sous la montagne de muscles. « François Sagat redéfinit la notion de virilité », nous confiait Christophe Honoré, en février dernier.

SAGAT ET SON CUL
Malheureusement, au terme de ses 72 minutes interminables, Homme au bain n’est pas parvenu à percer la forteresse François Sagat, qui, à défaut d’être dirigé, « performe » sans jamais incarner. Il fait l’amour et la moue. Honoré, lui, s’en tient à la surface. Trop impressionné par son acteur? Moralité, retour à la case départ: Sagat et son cul. Et rien d’autre.

L’histoire d’Emmanuel (François Sagat) qui se fait larguer et enchaîne les plans cul comme le réalisateur les plans affectés nous laisse de marbre. Souvent, la prétention confine au ridicule, comme lorsque le cinéaste filme son acteur en fée du logis, roulant du popotin en mini-short (déconstruction queer, tu peux pas comprendre), ou quand il nous inflige un plan fixe sur Sagat et l’écrivain Dennis Cooper (tellement branché, on vous dit) écoutant une chanson de Charles Aznavour en entier (et pourtant on adore Aznavour) et tirant passablement la tronche (là encore, grande direction d’acteurs). Le comble est atteint avec la partie new-yorkaise du film, mini-documentaire filmé avec les pieds, où l’on se touche le zizi pour tromper l’ennui. Même un étudiant de la Fémis n’oserait plus faire ça…

QUARTIER « CHAUD »
Dommage, car il y avait un sujet intéressant dans cet Homme au bain. Emmanuel, qui vit dans une barre d’immeubles de Gennevilliers, n’arrête pas de se faire draguer par une tripotée de petits mecs pas farouches qui ne pensent qu’à s’envoyer en l’air entre deux coups de fil à leur mère. L’appartement est alors montré comme une sorte d’écrin pour ébats sexuels débridés, un refuge un peu hors du temps où les corps se laissent aller, parfois à la douceur, parfois à la violence. On perçoit à peine les bruits du dehors, du monde « normé ». C’est beau. Cette peinture d’un quartier « chaud » (mais pas dans le sens où on l’entend généralement), cette vision gonflée de la banlieue française, sont mille fois plus intéressantes que les velléités expérimentales d’un cinéaste qui se regarde filmer. Et si on se rematait Les Chansons d’amour?


Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Homme au bain – Bande-annonce – Christophe Honoré.

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