Sisyphe a fondé Corinthe, selon la mythologie grecque, et il a aussi été condamné par les dieux à rouler un rocher qui redescendait dès le sommet atteint. Le sport, un éternel recommencement. C’est comme la vie, finalement, c’est absurde, mais beau. Cette semaine, une chronique très philo-mythologique.

Tennis. Voilà, c’est fait. Lundi soir, à New York, Rafael Nadal est devenu le septième joueur de l’histoire à remporter les quatre tournois du grand chelem (chez les filles, elles sont dix). On le savait, l’Espagnol est un joueur immense qui a su montrer qu’il n’était pas qu’un âpre combattant de la terre battue. Il a gagné les Internationaux d’Australie une fois et a dompté le gazon de Wimbledon deux fois. Le dernier à gagner les quatre grands chelems, c’était Roger Federer, en 2009 à Roland Garros, et avant lui Andre Agassi (le mari de Steffi Graf qui a aussi dominé les « majeurs » et pas qu’une fois).

Rafael Nadal est un joueur magnifique. Ici, capable de changer pour briller partout – il a retravaillé son service pour être plus percutant sur une surface rapide; là, le type vraiment agréable, tellement modeste dans ses victoires et fair play. Un homme qui s’amuse à jouer, comme brûlé par une passion et qui sait tellement bien la partager.

Le rapport avec le mythe de Sisyphe? C’est que, voilà, Rafael a gagné, il est entré dans un cercle très fermé. Et maintenant, des sommets encore à grimper. Les Masters, la finale du circuit, à la fin de la saison. Tournoi prestigieux qui rassemble les huit meilleurs joueurs de monde de l’année et qu’il n’a pas encore remporté. Et, pourquoi pas, les 16 victoires en grand chelem de Roger Federer? Nadal en est à 9. Roger joue toujours, mais un peu en deça, qui a laissé sa place de deuxième joueur mondial à Novak Djokovic, à New York. Rafael Nadal a 24 ans, cinq de moins que Roger Federer. Les records sont faits pour être améliorés.

Basket. Du mouvement inexorable de la performance. Les basketteuses françaises, championnes d’Europe en titre, comptent parmi les têtes d’affiche des Mondiaux qui se disputent en République tchèque à partir du 23 septembre. Mais voilà, l’une des pierres angulaire de la formation, Sandrine Gruda, a dû déclarer forfait. L’une des meilleures joueuses du monde a trop joué, du championnat russe à l’équipe de France ou à la WNBA, le championnat américain. En une grosse année, 100 matches disputés. Sandrine Gruda souffre de tendinite aux genoux. Il sera un peu plus difficile de tenir le rang mais l’équipe reste assez séduisante qui a battu hier l’Argentine en match de préparation et rencontre le Brésil ce samedi. Et l’an prochain? Les championnats d’Europe. Toujours recommencer.

Judo. Une immense colère, des larmes, Teddy Riner n’est pas devenu champion du monde tout catégories, lundi au Japon, battu en finale au drapeau – sans point marqué d’aucun côté. Les arbitres ont tranché pour son adversaire japonais. Injuste a crié le Français qui n’est donc pas devenu le seul judoka de l’Histoire avec cinq titres mondiaux dans son kimono.

L’émotion passée, il est venu, plus serein, raconter ses mondiaux. Le quatrième titre dans la catégorie des lourds et cette finale perdue. Et les objectifs, comment rebondir d’une défaite. Après celle des Jeux olympiques de Pékin, en 2008, il avait enquillé, rageur, trois titres mondiaux. Cela promet.

Et la vie du sportif qui remet tout sur le métier une fois la défaite ou la victoire passées? Il était trop chou, jeudi, au Journal de 13 heures de France 2, répondant aux questions d’Elise Lucet. Oui, une vie de sacrifices qu’il ne changerait pour rien au monde. Pour le cinquième titre? Rendez-vous aux championnats du monde de 2011. Rappelons que Teddy Riner n’a que 21 ans.

Football. Un premier sommet atteint. L’équipe de France de football s’est qualifiée, mercredi, pour la Coupe du monde 2011 disputée en Allemagne du 26 juin au 17 juillet. Les Françaises qui avaient fait match nul contre l’Italie samedi, l’ont emporté au match retour (3-2), grâce, notamment, et une nouvelle fois, au talent de Gaétane Thiney qui aura marqué sept buts dans ces éliminatoires, ou encore le tempérament de Camille Abily, Elise Bussaglia ou Eugénie Le Sommer. C’est la deuxième fois qu’un tel bonheur arrive après la qualif pour la Coupe du monde en 2003 où elles avaient été éliminées au premier tour.

C’est un premier sommet, comme, en alpinisme, dans l’Everest, un premier 8000 vaincu dans l’Himalaya du football. Voici les autres K2 ou Kangchenjunga: passer le premier tour, rêver encore plus loin et pourquoi pas être enfin un brin reconnues. Comme quoi, l’éternel recommencement n’a parfois rien d’inutile. Mais de prometteur.

Football encore. Plus une rengaine qu’autre chose. D’un milieu où l’homosexualité reste un tabou. On serait tentée d’écrire sexualité tout court. L’histoire, rapportée par l’AFP, se passe en Equateur. Le club de foot Guipuzcoa, en majorité composé de lesbiennes, vient de remporter une bataille judiciaire. En juillet 2009, il avait été exclu pour un an de son championnat par les organisateurs. À l’origine des faits, des baisers échangés dans les tribunes, un acte « obscène » de l’équipe, un « attentat contre la moralité et les bonnes mœurs », avait expliqué la ligue organisatrice du championnat. L’arrêt rendu le 9 septembre estime que la ligue de la Floresta a porté atteinte « au droit au sport » et aux articles de la Constitution qui interdisent la discrimination à l’encontre des femmes et des lesbiennes.

La Ligue a fait appel, son avocat a déclaré que les joueuses n’ont pas été expulsées en raison de leur orientation sexuelle mais à cause des actes obscènes commis: « s’embrasser et se caresser des parties intimes de leur anatomie en public ». Que chantait Brassens déjà? « Qu’il est long le chemin qui conduit à ma belle. Qu’il est long le chemin qui conduit à l’amour ». En bref, il y a encore des (gros) cailloux à faire rouler. Bon week-end

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