Les maisons de retraite pour gays et lesbiennes font de plus en plus parler d’elles. Un concept déjà bien installé à l’étranger, et notamment aux États-Unis depuis 2002, en Suisse, aux Pays-Bas, en Allemagne et dernièrement en Espagne.

En France, des projets ont commencé à faire surface en 2004 mais depuis, rien n’a évolué. Les avis divergent toujours entre « ghettoïsation » et reconnaissance d’une communauté dans la vieillesse. À l’occasion du débat sur les retraites, Yagg s’est intéressé à la situation en France en essayant de savoir si des maisons de retraite pour homos sont prévues et en interrogeant les acteurs concernés.

EFFETS D’ANNONCE?
Début 2004, une société a monté le projet de résidences-services pour gays et lesbiennes du nom d’Elusiades. Cela semblait venir d’une société privée. En 2006, un site internet, www.eurogayseniors.com [le site n’existe plus, ndlr] proposait le même genre de services. Une certaine Marie-France Blanchard voulait également créer des maisons de retraite à Paris et en Ile-de-France, en lien avec une association du nom des Professionnels gays et lesbiens.

Le nom de Marie-France Blanchard, promotrice immobilière, apparaît dans certains articles évoquant les projets de résidences-services pour homos, entre 2004 et 2005. Elle aurait fait paraître une annonce dans le journal 20 minutes le 15 avril 2004 et proposerait des résidences pour seniors gays à Paris, Marseille et Saint Domingue qui auraient dû voir le jour en 2006. Mais aujourd’hui, aucune trace de Marie-France Blanchard et des Professionnels gays et lesbiens. « Ce qui indique bien, à mes yeux, qu’il y avait une recherche d’argent et de coups médiatiques plutôt que la construction d’un projet solide, sérieux et à visée sociale », raconte Philippe Lasnier, qui s’occupe des questions LGBT à la mairie de Paris..

« TRI PAR L’ARGENT »
« Il n’y a jamais eu de projet solide proposé à Paris mais de toute façon, des maisons de retraite n’ont pas le droit d’être réservées à un sexe ou à une origine ethnique, assure Philippe Lasnier. Je n’ai pas connaissance de projets clés en main ou de demandes émanant d’associations mais s’il y en avait, ils seraient sûrement privés et il faudrait des agréments. Certes cela répondrait en partie à une demande, mais ce serait faire un tri par l’argent, car les projets issus du privé sont assez chers. Et c
omment une maison de retraite va-t-elle faire, elle va « vérifier » l’homosexualité de telle ou tel? Quid si un bi ou un hétéro veut venir, on le jette au risque d’une procès pour discrimination? Pas simple… S’il y avait des résidences spécialisées pour les homos, il n’y aurait pas de place pour tout le monde. Sans oublier que tous les homos n’ont pas forcément envie de passer toute leur vie entre eux ».

AVIS TRÈS PARTAGÉS
Qu’en pensent les premiers concernés? « Sur la création de maisons de retraite LGBT, les avis sont très partagés au sein même de notre association, explique un responsable des Gais Retraités. On peut même dire que la majorité de nos adhérents n’y est pas favorable. Certains pensent qu’elles sont synonymes de ghettos. La mixité homme/femme semble être un point important ».

« Nos membres sont presque tous des retraités, mais je n’en connais pas qui soient en maison de retraite. Déjà, financièrement, les retraites versées ne sont pas suffisantes pour intégrer ce genre de résidences. De plus, la solitude est déjà très présente chez les homos et elle risque de s’accroître en maison de retraite ».

AIDE À DOMICILE ET FORMATION DU PERSONNEL
Philippe Lasnier pense qu’il faudrait plutôt favoriser l’aide à domicile des personnes LGBT âgées: « Il faut qu’elles puissent rester indépendantes et c’est très important que le personnel soit formé à cela. Danièle Hoffman-Rispal [députée PS, ndlr], lorsqu’elle était adjointe au maire de Paris chargée des personnes âgées, entre 2001 et 2008, a mis en place une formation pour le personnel de maisons de retraite visant à lutter contre les discriminations.

« JE NE VOULAIS PAS FAIRE DE GHETTOÏSATION »
« Nous n’avons pas pu aller au bout de notre projet, explique aujourd’hui Danièle Hoffman-Rispal. Le personnel est sensibilisé à certaines maladies comme Alzheimer, mais pas aux effets cumulatifs de certaines maladies ni aux personnes atteintes par le VIH ».