À l’occasion de la rentrée, Yagg fait le point sur les questions liées à l’homophobie à l’école. Nous avons interrogé six enseignants et un surveillant, tous homos, sur ces questions à travers une série d’articles. Qu’est-ce que l’homophobie ordinaire dans les cours de récré? Qu’est-ce que c’est qu’être un-e prof gay/lesbienne? Quelle visibilité s’accorder? Quelles difficultés particulières rencontre-t-on alors? Comment parle-t-on d’homophobie et plus largement de discrimination aux élèves? Quel est le rôle de l’Éducation nationale sur ces questions de société?

Découvrez notre tour d’horizon à travers les histoires personnelles, les anecdotes plus ou moins surprenantes ou inquiétantes de nos interviewés, qui enseignent dans des types d’établissements différents, pro ou généraux, sensibles ou favorisés, en province ou en banlieue parisienne, auprès de jeunes de tranches d’âge variables, de la maternelle au BTS…

Après Histoires d’homophobie « ordinaire » à l’école, le premier épisode de cette série publié hier, intéressons-nous aujourd’hui aux enseignant-e-s homos à proprement parler, et à leur visibilité ou au manque de visibilité, aux réactions des élèves, de leurs collègues, de leur direction face à leur sexualité, aux conséquences et aux difficultés bien particulières qu’ils ont à affronter. Comment ces vivent-elles/ils le fait d’être tout simplement elles/eux-mêmes, c’est-à-dire des enseignant-e-s homos?

PAROLES DE PROFS HOMOS (2):
VISIBLE OU PAS?

À la question qui semble un peu bête: « c’est quoi, être un-e prof homo? », la grande majorité de notre panel d’interviewé-e-s s’exclame « bah c’est juste être un prof tout court, c’est pareil! ». Pourtant quelques questions plus tard, sur la visibilité, les difficultés, ou parfois les bonnes surprises qu’ils et elles rencontrent au quotidien à être simplement eux-mêmes sur leur lieu de travail, les choses semblent plus complexes…

OUT OU PAS OUT?
La grande majorité des profs interviewé-e-s apprécie les rapports qu’ils et elles ont avec leurs collègues, auprès de qui ils et elles sont « totalement out ».

« Avec ma hiérarchie et mes collègues, je suis complètement out », explique Septembre, prof de français depuis 10 ans dans un lycée à Compiègne. « J’ai hésité au début, et puis finalement j’ai fait ce choix et je ne rencontre pas vraiment de difficultés. Avec les collègues, quand je parle de mes vacances, par exemple, je parle de ma compagne, sans problème. »

« Auprès de l’administration, ça s’est fait très naturellement », ajoute François, qui enseigne les maths dans la région toulousaine. « Quand je suis arrivé dans l’établissement, j’ai rempli une fiche de renseignements personnels dans laquelle j’ai tout de suite indiqué clairement que j’étais pacsé, j’ai d’ailleurs indiqué le nom et les coordonnées de mon partenaire. J’ai su, quelque temps plus tard, que le proviseur en avait rigolé, mais rien de plus. Je crois que c’est plus facile aussi à vivre quand on est en couple. Quand je parle de ma vie, je ne parle pas directement de mon homosexualité, mais de mon compagnon, et je crois que ça rend les choses plus simples, que ça « normalise », si je peux m’exprimer ainsi, ça rentre dans le cadre du quotidien de chacun: « ce week-end on a fait ça, on est parti là… ». Au début, c’était évidement un petit peu plus difficile pour moi, mais aujourd’hui ça se passe très bien. Je n’ai que des réactions positives. C’est agréable. Mais bon, je sais aussi que rien n’est acquis, j’ai aussi des collègues dans d’autres établissements pour qui les choses ne sont pas si simples, il suffit parfois d’un idiot. »

Pour Ivan, prof d’anglais, les choses se sont faites également assez simplement auprès de ses collègues de travail et de sa direction: « Je n’ai jamais rencontré de problème, j’ai été suffisamment clair dès le départ, je ne veux pas laisser s’installer de doute. Et puis, ça permet aussi de voir quelle est l’ambiance, quelles sont les réactions parmi les membres de l’Éducation nationale. Réactions qui sont pour l’immense majorité des cas des réactions positives. »

« TANT QUE JE N’EN PARLE PAS, JE N’AI PAS DE PROBLÈME »
Simon, surveillant dans un collège dans l’Oise en zone rurale, échappe malheureusement à cette chance d’être lui-même sur son lieu de travail: « Je ne suis out avec personne », admet-il, « tant que je n’en parle pas, je n’ai pas de problème ».