Au cours des dernières semaines, en France et en Allemagne, les médias se sont fait l’écho de deux procès visant des personnes séropositives. Ces deux procès sont les exemples les plus récents d’une tendance à la pénalisation de la transmission du VIH en Europe. Et comme lors de précédents procès, les associations de lutte contre le sida se sont élevées contre la pénalisation de la transmission du VIH. Les médias, très majoritairement, ont présenté les faits de manière très partiale, très manichéenne avec les victimes d’un côté (en l’occurrence celles ou ceux qui ont porté plainte) et les condamnés de l’autre (trois ans de prison, dont six mois ferme pour le footballeur breton pour « administration de substances nuisibles ayant entraîné une mutilation ou une infirmité » et deux ans avec sursis pour la chanteuse allemande pour « coups et blessures aggravés »). Mais à cette occasion, point de débat, qui permettrait de comprendre si, lors de ces procès, la lutte contre le sida progresse ou bien régresse.

L’AMBIGUÏTÉ DES MÉDIAS
Tout d’abord, la couverture médiatique de ces procès peut amener plusieurs réflexions. Pourquoi les médias choisissent-ils de révéler le nom des accusés (ce fut le cas en France comme en Allemagne) mais de veiller le plus possible à protéger l’identité des accusateurs? France 2, par exemple, a réalisé une interview de l’accusatrice du footballeur breton en ombre chinoise mais avait dépêché un reporter au tribunal où l’on voit l’accusé. Pour la chanteuse allemande, son visage apparaît partout, ainsi que son nom et toute sa vie d’ailleurs, certainement parce qu’elle est célèbre. Pourquoi les médias font-ils le choix de lever l’anonymat des accusés, sans manifestement en mesurer les conséquences? Se rendent-ils compte qu’ils aggravent ainsi la sentence prononcée par un tribunal, y compris quand celui-ci ne prononce pas de peine contre l’accusé? Ainsi, le footballeur explique avoir été exclu de son club de foot (Dinard) après que son statut sérologique a été révélé par les médias lors du procès en première instance, lequel d’ailleurs ne l’avait pas reconnu coupable!

Par ailleurs, les médias se sentent toujours plus au moins obligés de ponctuer la relation des faits par une interview ou un commentaire d’une association de lutte contre le sida. Cela a été le cas en France et en Allemagne au cours des deux dernières semaines. Mais, hormis dans le cas de la Radio Suisse Romande, fort peu de temps est accordé aux militants associatifs qui se voient contraints de donner une opinion en moins de 30 secondes sur un sujet assez complexe. Fatalement, les propos retenus au montage sont parfois caricaturaux, angéliques et, hélas, trop souvent incompréhensibles pour le public.