Il y a quelques jours, Yagg vous parlait de la plainte déposée par deux jeunes gens contre l’État du Wyoming, accusé d’avoir refusé de les marier. L’affaire est symbolique à plusieurs titres: parce qu’elle intervient alors que les esprits sont encore pleins du procès de la Proposition 8 en Californie, parce que c’est dans le Wyoming, à Laramie, que Matthew Shepard a été assassiné en 1998, mais aussi parce que le Wyoming a été, en 1869, le premier des futurs États des États-Unis à accorder le droit de vote aux femmes, d’où son surnom d’Equality State.

Dès l’annonce de la plainte déposée par David Shupe-Roderick et Ryan W. Dupree, le site lesbien américain Lez Get Real a fait preuve d’une certaine méfiance. Méfiance due, au départ, aux risques liés à une plainte qui ne serait pas portée par des spécialistes (avocats de renom, associations etc.). Une décision de la justice fédérale américaine donnant raison au Wyoming mettrait un frein sérieux au travail de ceux qui œuvrent pour l’ouverture du mariage. « Sans représentation de premier ordre, les chances de succès baissent évidemment », écrivait pour sa part sur 365Gay le juriste John Culhane, qui poursuivait néanmoins: « Mais nous ne devrions pas dénigrer les efforts de ces deux hommes. Leur frustration devant la lenteur du changement, et leur indignation face à l’injustice de se voir nier une égalité de base, sont partagées par des millions de personnes LGBT partout ».

UN PASSÉ ENCOMBRANT
L’inquiétude de Melanie Nathan, de Lez Get Real, qui avait interviewé David Shupe-Roderick, tenait aussi au passé du jeune homme. Visiblement, ce passé la chiffonnait encore plus que ne le laissaient paraître ses posts puisqu’elle a continué ses recherches, rejointe par la Billings Gazette. Il en ressort que David Shupe-Roderick a passé quatre ans au pénitencier d’État du Wyoming, qu’il est actuellement poursuivi pour faux et usage de faux – il aurait notamment utilisé un faux certificat d’union civile de couple de même sexe du Massachusetts pour obtenir un permis de conduire dans le Wyoming – et qu’il serait aussi en conflit avec les services familiaux de l’État dans une affaire liée à la pension alimentaire qu’il versait à son ex-femme pour leur fils de 5 ans.

Par ailleurs, Debbie Lathrop, l’employée du comté mise en cause par la plainte des deux hommes, affirme que ni elle ni personne de son service ne se souvient avoir reçu le couple.

Tout cela pousse Melanie Nathan à se demander si David Shupe-Roderick, « un adepte des procédures judiciaires », ne se sert pas de Ryan W. Dupree, plus jeune et semble-t-il atteint d’un « problème neurologique », pour aboutir à ses propres fins…

UNE ACTION CONTRE-PRODUCTIVE?
On ne choisit pas toujours les figures de proue d’un combat (souvenez-vous du mariage de Bègles). La gêne que montrent les militants LGBT dans cette affaire vient-elle de la personnalité des plaignants ou de ce qu’ils n’ont pas été consultés? « [David Shupe-Roderick et Ryan W. Dupree] ne comprennent pas comment les choses fonctionnent et prennent une décision sur un coup de tête, et cela aura un impact à long terme », s’inquiète Tim Reid, de l’association LGBT Wyoming Equality, cité par la Billings Gazette. Alors que les associations ont privilégié une approche progressive (parler avec les politiques, les sensibiliser aux questions LGBT…), la menace qu’un juge fédéral puisse obliger le Wyoming à autoriser le mariage des couples de même sexe « va terroriser toux ceux avec lesquels nous essayons de travailler », prédit Tim Reid.

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