Le Paris Foot Gay (PFG) l’annonce ce mardi 31 août dans un communiqué de presse: Yoann Lemaire, le footballeur amateur qui se bat depuis plusieurs années contre l’homophobie dans le foot, a été informé le 27 août par courrier qu’il ne pourrait plus rejouer dans son petit club des Ardennes, le FC Chooz.

Ce club avait pourtant été le premier à signer la Charte contre l’homophobie. « Dans un premier temps, le FC Chooz a joué le jeu, en organisant par exemple deux matches de gala sur sa pelouse avec de nombreux spectateurs et médias », explique le Paris Foot Gay. « À cette époque, Yoann Lemaire, un joueur du club, avait fait son coming-out sans le moindre problème et nous pensions alors que la lutte contre l’homophobie prenait un beau départ dans ce petit club des Ardennes ».

En 2009, « premier dérapage, le club ne sanctionne pas un joueur tenant des propos homophobes, devant les caméras de France 3, et la mairie laisse faire. Il nous aura fallu déployer une énergie considérable et le soutien des médias, pour que les protagonistes se retrouvent à Reims, dans le cadre d’une conciliation organisée par la Fédération Française de Football (FFF) ».

EXCUSES EN JUIN
« Le 3 juin [2010] étaient donc présents: le président du FC Chooz, un représentant de la mairie, le joueur ayant tenu les propos homophobes, Yoann Lemaire et son avocat, le PFG, le président du district des Ardennes et le directeur de la Ligue Champagne-Ardenne de football. Unanimement, les participants ont décidé la réintégration de Yoann Lemaire au FC Chooz, et ce, dès la mi-août (reprise des entraînements). À cette occasion, nous avons aussi noté les excuses du joueur concernant ses propos homophobes. Il s’était par ailleurs déclaré prêt à rejouer avec Yoann ».

« ÉVITER DE NOUVEAUX INCIDENTS »
Or, deux mois et demi plus tard, Frédéric Coquet, le président du FC Chooz, envoie un courrier à Yoann Lemaire lui signifiant qu’il ne pourra pas rejouer au sein du club: « Concernant votre retour dans l’effectif du FC Chooz, écrit-il, selon le communiqué du PFG, je vous informe que le comité s’oppose à celui-ci. Les raisons invoquées s’inscrivent dans un souci de protéger les deux parties. En effet, il nous semble important, compte tenu de la passion encore sensible depuis les événements de mai 2009 et la médiatisation qui en a résulté, d’éviter de nouveaux incidents ». Un comité « sorti du chapeau dont il n’a jamais été question », souligne le PFG qui ajoute que la Ligue Champagne-Ardenne de football vient d’envoyer un courrier au FC Chooz pour leur faire part de leur étonnement vis-à-vis des accords non respectés et que le dossier devrait être pris en compte lors du prochain conseil de Ligue.

« Yoann Lemaire est une fois de plus dans l’impossibilité de jouer au football avec ses amis et il se réserve le droit de porter cette affaire devant la justice. Le Paris Foot Gay demande que ce refus du respect des accords du 3 juin 2010 soit sanctionné et, en liaison avec SOS homophobie, étudie avec ses conseils, les possibilités de recours judiciaire », conclut le communiqué.

DES MOIS DE PRESSIONS
Pour rappel, cette décision du club s’inscrit dans un contexte déjà particulièrement difficile: après des mois de pressions, l’un des dirigeants de ce club avait insulté et menacé Yoann Lemaire, le 24 juillet dernier, sur le mur Facebook d’un autre joueur du club, écrivant par exemple « je vais te défoncer ta gueule… Tarlouze… Pervers… Pédophile… (…) Viens ce soir je te saigne comme une truie » et lui indiquant très clairement qu’il était hors de question que le club lui redonne une licence.

« ÉCŒURÉ« 
Contacté par Yagg, Yoann Lemaire se dit « écœuré » par ce courrier qu’il a reçu lundi de son club: « Tout devait rentrer dans l’ordre, je ne m’attendais vraiment pas à ça. Je pensais reprendre l’entraînement, je savais que ce serait difficile, je me disais qu’au moindre faux pas de ma part, ils n’hésiteraient pas à me virer, mais je ne m’attendais pas à ce que l’on ne me permette pas de revenir du tout. Je pensais que les choses rentreraient progressivement dans l’ordre ».

« C’EST TRÈS DUR POUR MOI »
« Ils n’ont que des excuses bidons. Ils disent vouloir protéger le club et me protéger moi. Ils préfèrent que je reste chez moi, comme ça ils auront moins de problèmes. C’est terrible, c’est vraiment navrant. Ça fait 14 ans que je joue dans ce club, c’est très dur pour moi. La conclusion est que l’homophobie est plus que tolérée, c’est tout! ».

« LA FFF DIT QUE CELA NE LA CONCERNE PAS »
« La FFF, de son côté, dit que cela ne la concerne pas, qu’il faut que l’homophobie se passe pendant un match pour que cela la concerne, et que si ce n’est pas le cas, si c’est pendant un entraînement par exemple ou devant des caméras de télé durant une interview ou encore sur Facebook, alors c’est le problème du club. Ils se cachent derrière un trou dans leurs statuts. Je les ai eus au téléphone après avoir reçu le courrier et ils me disent qu’ils ne peuvent tout simplement rien faire. J’ai également appelé le président de la Ligue Champagne-Ardenne, Jean-Claude Hazeaux, qui avait pourtant organisé la réunion de conciliation de façon très efficace, pendant laquelle le club acceptait de me reprendre. Depuis le club a fait un virage à 180°, et lui me dit qu’il ne peut plus rien faire ».

« Maintenant, après toute cette affaire, ça va être très compliqué pour moi de trouver un nouveau club. C’est fini. Je ne réalise pas encore ce qu’il m’arrive mais voilà, j’arrête le foot. Je voulais simplement jouer au foot, avec mes potes, avec qui je joue depuis toutes ces années. Mais bon, c’est terminé pour moi. Je suis juste écœuré, navré, c’est vraiment triste ».

Envie de plus d’infos Yagg? Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter.

Affichez votre poster et faites votre pub sur le mur de Yagg!