La semaine dernière, le concert de Sizzla qui devait avoir lieu à Palavas-les-Flots a été annulé. Plusieurs associations LGBT dont Tjenbé Rèd, l’association afro-caribéenne de lutte contre les homophobies, les racismes & le sida, s’étaient mobilisées pour l’annulation de ce concert à cause des propos homophobes que tient régulièrement le chanteur. Cette mobilisation n’a pas plu à tout le monde, comme le montre cet article intitulé « Les lobbies gays font annuler le concert » sur le site de Midi Libre, qui a entraîné une demande de droit de réponse de la part de Tjenbé Rèd. L’association continue sa mobilisation car deux nouveaux concerts de Sizzla sont programmés prochainement, le 23 septembre à Montpellier et le 24 à Paris.

« LE RCA S’APPLIQUE SUR UN PLAN MONDIAL »

David Auerbach Chiffrin

David Auerbach Chiffrin

« Concernant l’article de Midi Libre, on a l’impression de lire un communiqué de presse des producteurs, déclare David Auerbach Chiffrin, président de Tjenbé Rèd, à Yagg. On lit des choses qui ne sont pas sourcées. Il est écrit que nous n’étions pas joignables mais c’était pendant nos 12 heures d’avion. Ils disent que nous n’avons pas de réelles preuves alors que nous en avons. Ce sont des associatifs locaux qui nous ont motivés à écrire un droit de réponse et ils [la rédaction de Midi Libre, ndlr] ne peuvent pas refuser de le publier. »

« Le RCA [le Reggae Compassionate Act par lequel les artistes s’engagent à ne plus prononcer de propos homophobes, ndlr] a été négocié avec les entourages des chanteurs et systématiquement, les chanteurs ont déclaré aux journalistes qui les ont interrogés qu’eux-mêmes n’étaient pas les signataires. Sizzla a fait de multiples violations du RCA comme on peut le voir dans cette interview du Mail&Gardian online. »

« Le RCA s’applique sur un plan mondial donc également dans les Caraïbes et en Jamaïque, tient-il à préciser. Mais les chanteurs, les promoteurs et les autres, pour se dédouaner, disent « il ne chantera pas en Europe ». Le but du RCA n’est pas de protéger les oreilles des Français mais qu’il n’y ait plus d’appel au meurtre en Jamaïque et dans les Caraïbes. Ils expliquent maladroitement que ces chanteurs viennent du ghetto, qu’ils ont un rejet de l’Occident et que la pire des dégénérescences pour eux est l’homosexualité qu’ils désignent en plus comme une dégénérescence. »

UN NOUVEL APPEL À LA MOBILISATION
« Pour le concert de Sizzla à Montpellier, le 23 septembre, nous avons lancé un appel à la mobilisation et nous avons invité les acteurs locaux des droits humains mais nous n’avons pas réussi à les convaincre, explique David Auerbach Chiffrin. Nous serons présents le 24 à Paris à l’Élysée Montmartre, salle qui fait partie du groupe Garance, qui organise le Garance Raggae Festival et qui a accueilli la soirée officielle de la Marche des Fiertés. Ce qui est également dommage, c’est que la Marche des Fiertés ait choisi ce lieu pour organiser sa soirée officielle. C’est comme le Bataclan qui a accueilli des chanteurs avec ce genre de propos mais aussi les soirées Follivores – Crazyvores. »

« Nous serons présents comme nous l’avons été le 13 juillet pour le concert de Capleton [artiste qui a également signé le RCA ndlr]. Le concert n’a pas été annulé mais la mobilisation a été reprise sur des blogs LGBT jamaïcains et c’est le plus important pour nous. Nous avons des tissus associatifs mobilisés un peu partout mais nous n’arrivons pas à convaincre Paris et Montpellier. »

« DES ACTIONS DÉSORDONNÉES ET UN MANQUE DE CLARTÉ »
« Je ne suis pas au courant du concert de Montpellier le 23 septembre, précise pour sa part Hussein Bourgi, président du Collectif contre l’homophobie. Le problème aujourd’hui est le manque de coordination entre les associations même si Tjenbé Rèd est une association des plus pointues sur le sujet. D’autres concerts de ces chanteurs ont eu lieu à Paris et à Montreuil. Le concert à Montreuil a notamment eu lieu le jour ou le lendemain de la Marche des Fiertés et personne n’a rien dit. »

Hussein Bourgi

Hussein Bourgi

« Il y a un manque de suivi, estime Hussein Bourgi. Il faudrait que les associations discutent de ces questions. Aujourd’hui, elles sont sur des réactions émotionnelles. Il y a des actions désordonnées et un manque de clarté. Lorsque des journalistes m’ont interrogé sur l’histoire de Palavas-les-Flots, ils m’ont dit que l’action des associations donne une impression d’amateurisme car elle se fait en fonction de la disponibilité des militants donc un coup, on dénonce et un coup, on ne fait rien. Je n’ai pas à critiquer les associations mais sur ce dossier on gagnerait à échanger et à se coordonner. Il faut une ligne à suivre. »

Il ajoute: « Pour le concert de Palavas-les-Flots, des associations se sont mobilisées avec Tjenbé Rèd comme Le Girofard ou Couleurs Gaies mais il n’y avait aucune association locale. Dans la méthode, elles gagneraient à ce que la démarche soit plus participative. La ligne sur ce dossier ne peut pas être dictée par une association ou une seule personne. Sur la forme et sur le fond, c’est un vrai problème. C’est une mauvaise stratégie d’agir dans la précipitation. Les associations pourraient gagner en crédit en parlant à froid de la stratégie commune que les associations LGBT françaises doivent mettre en place ».

Va-t-il s’engager dans la mobilisation contre le concert de Sizzla en septembre? « Si Tjembé Red est déjà impliqué, je ne vais pas m’impliquer en plus. Je leur laisse la souveraineté de cette mobilisation. »

La rédaction de Midi Libre, jointe par Yagg, laisse le soin aux auteurs de l’article – non-disponibles actuellement – de répondre s’ils le souhaitent.

Photos Peggy Saint-Ville, France-Antilles Martinique, 2010 (David Auerbach Chiffrin) et DR (Hussein Bourgi)

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