Du 20 au 22 août, les conseillers nationaux des Jeunes Populaires (le mouvement des jeunes de l’UMP) vont élire via internet leur nouveau président – ainsi que du 27 au 29 août, s’il y a un second tour. Six candidats sont en lice, dont Benjamin Lancar, le président sortant. Une élection sous haute tension, en raison des soupçons de fraudes qui auraient eu lieu lors de l’élection des conseillers nationaux en juillet dernier, mais aussi de la personnalité controversée du président sortant, dont la réélection serait téléguidée par l’UMP, tout ceci provoquant la colère de certains Jeunes Pop’.

C’est dans ce contexte que l’Observatoire des Droits et de l’Égalité (ODE), « média d’opinion qui milite pour l’égalité des droits entre tous les couples », a demandé aux six candidats à la présidence des Jeunes Populaires de se prononcer sur le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe. Pas de révélations fracassantes, mais des opinions nuancées suivant les candidats.

Sans surprise, aucun candidat ne se prononce clairement en faveur du mariage et de l’adoption. Et si l’un d’eux, Mike Borowski, 29 ans, assistant parlementaire, s’était déclaré favorable au mariage pour les couples de même sexe dans une interview vidéo réalisée il y a un mois, aujourd’hui, il rétropédale: « Je ne peux pas dire que je suis complètement pour le mariage gay et je me suis sans doute un peu avancé sur la vidéo ». Ajoutant même: « Je ne pense pas que les homosexuels demandent le mariage (…). Il me semble que le mariage gay ne soit demandé expressément que par quelques lobbies homosexuels ».

« L’INTÉRÊT DE L’ENFANT »
L’ODE distingue deux catégories de candidats. Il y a d’abord « ceux qui s’opposent [au mariage et à l’adoption] en raison de leur conception traditionnelle et conservatrice de la famille ». Ainsi Louis Morin, 19 ans, étudiant et fondateur de l’UMP Lycée, se dit « attaché à un mariage en tant qu’institution historique, socle fondamental de valeurs sur lequel un homme et une femme donnent naissance à des enfants de façon naturelle » et que s’agissant des familles homoparentales, « il ne faut pas se laisser émouvoir par des situations parfois problématiques ». Même son de cloche chez Aurore Bergé, 23 ans, porte-parole des Jeunes Populaires, qui estime que « ce qui doit primer est l’intérêt de l’enfant, et (…) que l’intérêt de l’enfant est d’être élevé dans un environnement familial traditionnel ».

Et il y a les sceptiques, comme Laurent Dubois, 26 ans, responsable national UMP Facs, qui n’est « ni pour, ni contre », mais qui n’est pas à un paradoxe près: « il n’y a pas à être favorable ou défavorable à l’homoparentalité. De nos jours, l’homoparentalité est un fait. On estime à 30000 le nombre d’enfants qui vivent actuellement avec deux parents du même sexe. Il faut garantir un cadre légal à ces enfants, une réelle protection juridique. C’est à ces questions-là qu’il faut répondre. L’homoparentalité n’est pas une question d’adoption, mais une question de savoir si nous voulons donner une protection juridique à tous ces enfants qui vivent actuellement dans une insécurité ». Et on fait quoi des enfants « à venir »?

SUR LA LIGNE DE NICOLAS SARKOZY
Sans surprise également, tous les candidats sont favorables à l’union civile et au statut du beau-parent, promesses de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, mais depuis renvoyées aux calendes grecques. « Les députés UMP doivent maintenant se souvenir des engagements pris lors de la campagne présidentielle », souligne Aurore Bergé. Niels Verdonk, 26 ans, conseiller national des Jeunes Populaires, se prend même à rêver sur l’union civile: « une coalition UMP-PS pourrait voter ce genre de texte ». Mais Mike Borowski n’y croit guère: « le législateur UMP n’ira pas aussi loin ». Le conseil de Laurent Dubois? « C’est aussi aux organisations LGBT de se saisir du sujet et de faire un réel travail de lobbying auprès de nos parlementaires ».

BENJAMIN LANCAR, À PART
Enfin, cinq des candidats déclarent qu’en cas d’élection personnelle, ils ouvriraient des consultations internes aux Jeunes Populaires sur ces questions, Niels Verdonk jugeant même que les sujets du mariage et de l’adoption pour les couples homos sont « plus importants que le débat sur l’identité nationale ». Tous donc, à l’exception de Benjamin Lancar, le président sortant, dont l’ODE note qu’il est le candidat le moins disert sur ces questions LGBT. Le mariage et l’adoption? « Ce n’est pas le sujet des jeunes en ce moment. On parle davantage d’emploi ou encore de retraite. Je ne dis pas que ce ne sont pas des questions importantes, mais durant toute cette campagne pour la présidence des Jeunes Populaires, pas une seule fois j’ai entendu un militant me poser une question sur le mariage des couples de même sexe ». On comprend peut-être mieux pourquoi il semble être le favori de l’UMP…

[Mise à jour – 23/08/10 à 13h] Benjamin Lancar a été réélu à la tête des Jeunes Populaires avec 78,2% des voix.

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