Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, Tania et Camille (les prénoms ont été modifiés) étaient agressées à Montpellier parce qu’elles sont lesbiennes (lire Montpellier: Appel à témoins après une agression lesbophobe). Pour Yagg, elles ont accepté de donner de leurs nouvelles, de parler de l’enquête, du soutien des associations…

Comment allez-vous?
Camille
: Difficile pour le moment de dire que tout ça est une histoire passée… Ma main me rappelle tous les jours qu’un connard m’a tabassée… On parle beaucoup avec Tania de ce qui nous est arrivé, de comment on se sent, nos ami-e-s et famille sont très présents pour nous deux. Et je pense que nous aussi sommes très présentes l’une pour l’autre… Se rendre compte qu’il peut y avoir des belles choses m’aide à relativiser… Bien qu’un jour sur deux j’ai envie de tuer quelqu’un…

Tania: Physiquement, je vais beaucoup mieux. Certaines douleurs persistent (pouce, coude, gorge), mais doivent s’estomper avec le temps selon mon médecin (suite logique des gros hématomes et des entorses). Moralement, il y a des hauts et des bas. Depuis une petite semaine, j’ai quand même l’impression de reprendre le dessus, c’est-à-dire qu’après un très désagréable sentiment d’irréalité pendant plusieurs semaines, j’ai l’impression d’être de retour sur terre, et surtout de « me » retrouver, comme si je ré-intégrais mon corps et mon esprit. Néanmoins, régulièrement des montées d’angoisse surviennent, que seuls les neuroleptiques calment. Il y a deux choses qui m’ont particulièrement frappée: d’abord, je n’aurais jamais pensé qu’une agression de ce type puisse me choquer à ce point (naïveté ou prétention, je ne sais pas); ensuite, je me suis tout de suite dit « Nous avons la chance d’être hyper entourées (ami-e-s, familles, asso). Comment survivent les personnes qui sont seules??? ». Et j’imagine qu’il y a un paquet de LGBT très isolé-e-s en France… C’est à ces personnes que je pense le plus.

Où en est l’enquête?
Tania
: Nous avons très peu, voire pas de retour sur l’enquête. Les avocats nous ont dit que la procureure avait repris l’enquête à zéro, avec une enquête de voisinage qui semble n’avoir rien donné, et les recherches sur la plaque d’immatriculation. Les caméras de vidéo-surveillance à proximité du lieu de l’agression (juste au-dessus!!!) n’ont rien donné non plus, pour d’obscures raisons (un coup, c’est parce que la caméra ne filme pas mais prend des photos toutes les 3 secondes, le coup d’après c’est à cause du feuillage des arbres. Allez comprendre…). En somme, l’enquête piétinerait.

Comment avez-vous été reçues par la police?
Camille
: Bien, même si j’ai parfois eu l’impression qu’il fallait se justifier qu’il n’y ait pas de point de départ à notre « tabassage », le fait que ce soit pour moi le seul fait de notre genre, de notre gouinitude.

Tania: Les policiers dépêchés sur les lieux le soir de l’agression ont été extrêmement corrects (pour le peu que je me souvienne). Idem pour les pompiers. Les choses se sont gâtées le lendemain lors du dépôt de plainte. Bien que le flic se soit montré poli avec nous, il nous a clairement fait comprendre qu’il avait très peu de temps à nous accorder, vu la file d’attente dans le commissariat; cette réaction a été très déstabilisante. Quelques jours plus tard, un inspecteur (je crois) m’a contactée au sujet de la plaque d’immatriculation: il s’est montré très brusque dans ses questions, à la limite de m’engueuler pour n’avoir pas retenu correctement la plaque. Depuis, je l’ai eu de nouveau au téléphone, les échanges ont été corrects. Et puis, la question récurrente: « mais alors s’il s’agit d’une agression homophobe, expliquez-nous comment ils savaient que vous étiez lesbiennes? », qui semble jeter le doute sur notre parole, m’a beaucoup blessée, même si j’admets que dans le cadre d’une enquête, cette question peut être légitime. Conclusion: accueil mitigé.

Vous sentez-vous soutenues par les associations?
Camille: Oui oui oui!

Tania: Je me sens effectivement soutenue par les associations, en premier lieu par la LGP Languedoc Roussillon, qui nous a immédiatement prises en charge, à tous points de vue: judiciaire (constitution de partie civile, rendez-vous chez les avocats), médical (nous avons été accompagnées lors de différents rendez-vous médicaux, notamment à l’unité médico-légale), moral (prise de nouvelles régulières, conseils etc.). Le soutien de la LGP LR est juste irréprochable. Un communiqué de presse inter-associatif à l’initiative d’Act Up-Paris est sorti il y a quelques semaines, et c’est un véritable réconfort également. J’ai aussi été en contact avec des militant-e-s parisien-ne-s, qui nous ont proposé d’organiser une marche de protestation à Montpellier. Cette présence militante est irremplaçable à mes yeux.

Vous considérez-vous, vous-mêmes, comme plutôt militantes?
Tania
: Je me considère comme militante, puisque de fait j’ai milité deux ans à Act Up-Paris, et que je milite actuellement dans le collectif transgouinepédé montpelliérain Pink Freak’X depuis sa création (2008). Le militantisme transgouinepédé occupait déjà une très grande place dans ma vie, cette agression vient renforcer mes convictions.

Camille: Oui depuis mon enfance en tant que « personne du sexe féminin » et depuis plus de deux ans concrètement en tant que gouine, militante au sein du collectif Pink Freak’x. Le combat pour l’égalité des droits des minorités doit continuer. Juste une citation qui me tient à cœur, de Goethe: « La tolérance ne devrait être qu’un état transitoire. Elle doit mener au respect. Tolérer c’est offenser ».

Envie de plus d’infos Yagg? Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter.

Affichez votre poster et faites votre pub sur le mur de Yagg!