Hussein BourgiSuite à l’agression le 1er juillet à Montpellier d’un couple de lesbiennes et au cri d’alarme lancé par dix associations, les Inrocks donnent la parole à Hussein Bourgi. Dans cet entretien, le président du Collectif contre l’homophobie déplore le manque de rigueur du gouvernement en matière de lutte contre les violences homophobes, et plus particulièrement le fait qu’elles ne soient pas encore quantifiées officiellement, comme c’est le cas pour la plupart des autres agressions.

Hussein Bourgi revient sur la « montée globale » de la violence en France, rappelle que la loi contre les discriminations homophobes n’existe que depuis 2003 et qu’elle reste mal connue de certains magistrats. « Mais le véritable problème est que le délai pour porter plainte n’est que de trois mois. Après, l’acte homophobe est prescrit! », explique-t-il.

COMMENT COMPTABILISER LES VIOLENCES HOMOPHOBES?
« Quand on parle de montée de l’antisémitisme, on se base sur des chiffres concrets, souligne Hussein Bourgi. Quand les associations de défense des gays et des lesbiennes disent qu’il y a une montée des actes homophobes, on les accuse de créer la psychose, de crier au loup. Elles ne peuvent s’appuyer sur aucun chiffre. »

« J’ai interpellé Nicolas Sarkozy sur ce problème lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Je lui ai demandé de faire quantifier les violences homophobes comme le ministère le fait pour les agressions à caractère raciste, antisémite ou tout simplement les vols de portables! Les policiers avec qui je discute m’expliquent qu’ils ont un outil – le fichier 4001 – qui comprend tous les codes spécifiques à chaque type d’infraction – le vol avec violence, l’ivresse publique, la violence conjugale… C’est de cette manière que l’on comptabilise les chiffres de la délinquance en France. »

« UNE DES SEULES INFRACTIONS QUE LES MINISTRES DE L’INTÉRIEUR SUCCESSIFS REFUSENT DE QUANTIFIER »
« Sarkozy n’a pas donné de suite à ma demande d’intégrer les violences à caractère homophobe dans le fichier, ajoute-t-il. Cela est une des seules infractions que les ministres de l’Intérieur successifs refusent de quantifier. La demande est toujours là, mais ce n’est pas une priorité. En matière de lutte contre l’homophobie, c’est le règne de l’hypocrisie politique. »

Les raisons de ce manque de volonté politique? « Les dirigeants [se] refusent [à comptabiliser les violences LGBTphobes], car si l’on venait à constater que c’est un vrai fléau, un phénomène criminogène d’importance, ils seraient obligés d’apporter des solutions qui passent par des politiques publiques. Pour l’instant, la meilleure façon pour eux de ne pas « visibiliser » ce problème est de le minorer et de le sous-traiter aux associations. En matière de lutte contre l’homophobie, la France a toujours été un mauvais élève. Nous avons été un des derniers pays de l’UE à transposer la directive européenne qui obligeait les pays à créer une loi contre l’homophobie. »

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