Et on essaye d’être très à l’écoute. On suggère des « pourquoi une telle pratique à risque? », « est-ce que tu as pensé à contacter un centre de dépistage? », « est-ce que tu es bien dans ta vie en ce moment? », « dans ta santé sexuelle? ».

On appelle ça des confessions. Et en effet, c’est totalement confidentiel. On peut-être dans la rue à plusieurs Sœurs, à discuter avec les gens, puis de temps en temps l’une de nous s’isole un peu sur le coté pour un moment de partage et d’écoute, pour que ce garçon ou cette fille soit le mieux possible pour exprimer ce qu’il ou elle a envie d’exprimer. Et nous, nous renvoyons vers des questionnements: « comment penses-tu procéder? ». Nous lançons des pistes sur la réduction des risques, l’importance de mettre une capote, les centres de dépistage…

Pour nous, il est important que tout cela passe d’abord par l’écoute, que l’on laisse la parole se libérer. La personne quand elle parle, elle s’entend. Et il n’y a pas énormément de lieu où cette personne va pouvoir admettre que c’est la troisième fois qu’elle baise sans capote, sans rougir, ou craindre un jugement ou une leçon de morale. Nous, on n’est pas là pour ça. On va simplement aider à s’interroger sur son comportement: « Pourquoi? Qu’est-ce qu’il se passe dans ta vie pour tu aies de telles pratiques à risque? », sans la faire culpabiliser, mais tout en ayant diffusé le message qui est qu’actuellement, le meilleur moyen de se protéger du VIH et des hépatites, c’est la capote. Nous parlons tout simplement de santé sexuelle.

Pourquoi cette image de la nonne? Le costume de la nonne vient de notre histoire: en 1979, à San Francisco, c’est avec ce costume et des mitraillettes roses que les choses ont commencé et ça a pris!

Et puis, dans l’imaginaire collectif, le personnage de la Sœur a une forte connotation. Elle est la figure de celle qui protège, qui rassure. On a conservé ces habits parce qu’on est véritablement les petites Sœurs de la communauté, au sens large, qui regroupe plein de communautés, au service des LGBTQI. Les cornettes du Couvent de Paris, par exemple, sont devenues un symbole. Elles viennent des Cornettes des Sœurs de Saint Vincent de Paul, qui est un ordre qui se dit petite Sœur des pauvres, au service des plus démunis. Et bien c’est aussi notre rôle, nous ne sommes pas au service des plus démunis financièrement mais de ceux qui ont besoin de parler, d’être écoutés.

Enfin, je dis qu’on donne mais on aime aussi recevoir. On reçoit beaucoup d’affection des gens. On apporte de l’humour et on reçoit de la joie et du plaisir à le faire.

Quels sont les autres personnages? Il y a effectivement d’autres personnages, comme les Gardes-Cuisses par exemple. Chacun de nous, lorsqu’il prononce ses vœux, devient Sœur, de toute façon. Mais certaines préfèrent incarner d’autres personnages.

Les Gardes-Cuisses sont apparus vers 1982, à San Francisco. Au début, on a crée ces personnages pour surveiller et protéger les Sœurs, comme les gardes-suisses protègent le Pape, parce que les Sœurs se faisaient parfois emmerder. Dans les autres pays, on les appellent les « guards », mais en français, le jeu de mot était trop tentant et trop bien trouvé pour que l’on s’en prive. Mais ils n’ont pas que ce rôle-là. Ils ont également le même rôle d’écoute que les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, mais auprès d’un autre type de population, notamment ceux qui fréquentent les clubs fétichistes, cuirs… Ils sont parfois plus à l’aise pour converser avec des Gardes-Cuisses.

Parmi les autres personnages, il y a aussi l’Archimère de tous les couvents de France. Il s’agit de Sœur Rita du Calvaire, qui est à l’initiative de notre association et qui garde un rôle de veille sur la philosophie et l’éthique des Sœurs. Les Sœurs ont évolué, c’est normal, mais elle veille à l’histoire et à l’évolution cohérente des Sœurs. Elle est également dépositaire de la mémoire, des photos, des articles, qui concernent les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence. L’un de nos vœux est le devoir de mémoire. Il ne faut pas oublier tous ceux qui sont partis. Tous ceux qui ont milité. Pendant longtemps, personne ne pensait à conserver la mémoire militante, la mémoire de tous ceux qui ont contribué à faire avancer les choses. D’autant que notre mode opératoire est très particulier et il faut que l’on protège l’histoire de notre action.

Il y a aussi une Mère supérieure au Couvent de Paris. Il s’agit de Mère Innocenta. Les Mères ne sont pas élues, elles sont acclamées. Une Sœur se propose d’être Mère et c’est à l’applaudimètre qu’elle y accède. On en est à la quatrième Mère supérieure depuis 20 ans.

On a aussi des anges, qui sont proches des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, mais qui ne veulent pas être en habit, qui souhaitent rester anonymes. Ils accompagnent et récupèrent les Sœurs en voiture par exemple, ils achètent notre maquillage, ils réservent des restos pour 5 Sœurs, etc. Ils veillent sur les Sœurs mais n’ont pas un rôle direct dans des actions auprès du public.

Après cela, il reste tout moyen de créer des personnages. On a déjà eu des enfants de chœur, ou encore un prieur, à certains moments. Chacun peut choisir le personnage qu’il souhaite incarner, parce que l’homme ou la femme se sentira plus à l’aise dans tel ou tel costume pour approcher le public. On se réunit tous les mois pour discuter de tout cela et il faut que l’ensemble des Sœurs soit d’accord pour que cela se fasse. C’est très collégial.

Comment devient-on Sœur et comment trouvez-vous vos noms déments? D’abord, la première étape est la postulance. Des femmes ou des hommes vont exprimer leur désir d’intégrer les Sœurs. Si les Sœurs sont d’accord, il ou elle va devenir postulant et une Sœur va se proposer de devenir sa marraine. Un long travail se fait alors entre le postulant et la marraine. Puis le postulant se voit alors proposer la possibilité de devenir novice. Il va revêtir l’habit, se maquiller, portera un voile – pas encore la cornette – et accompagnera la marraine et discutera beaucoup avec elle. La marraine a une démarche d’écoute vis-à-vis du postulant comme elle a une démarche d’écoute vis-à-vis du public.