Christian Estrosi, premier édile de Nice, « très heureux d’être ici », qui célèbre aussi les Pacs en mairie (alors que la loi n’impose qu’une signature au tribunal), a fait un tabac: « La majorité de ma population n’était pas favorable; pour autant, ils l’ont admis, a-t-il lancé. Si on est en permanence entre deux eaux, on n’entraîne pas les consciences! Nicolas Sarkozy doit être capable de faire bouger les choses, devancer, ne pas être à la remorque! ». Jusque-là, c’était relativement facile.

Ça s’est gâté ensuite, quand le secrétaire général du parti a pris la parole, pour « parler franchement ». L’un de ses proches, membre du conseil d’administration de GayLib, Sébastien Chenu, avait tenté, pour lui, de dérider la salle: « Quand Xavier, un jour, a confessé qu’il aimait Mylène Farmer, je me suis dit qu’on avait un allié objectif »…

Mais le « patron » a posé, sur la table, la réalité des chiffres (ou plutôt d’un sondage BVA): 58% des sympathisants de droite se déclarent opposés au mariage des homosexuels (quand 64% des Français y sont favorables); 62%, surtout, rejettent l’adoption… Quant au « plan B », le Contrat d’union civile (ou « mariage Canada Dry », selon l’expression d’un militant), Xavier Bertrand a justifié qu’il soit resté dans les tiroirs: « La question, c’est comment on le fait passer au Parlement? Il ne faut pas le faire subrepticement! Faut pas faire de hold-up sur ces sujets-là… ».

« VOUS NOUS PARLEZ D’ARGENT, ON VOUS PARLE D’AMOUR! »
À ses côtés, Sébastien Huyghe, député réputé ouvert, spécialiste de la famille et notaire, a vanté « la stratégie des petits pas », qui a permis – selon lui – d’améliorer discrètement le Pacs sans « mettre le feu à la maison ». « On a changé la fiscalité, c’est pas une petite chose… ».

Dans la salle, un cri l’a coupé net: « Vous nous parlez d’argent, on vous parle d’amour! ». L’élu: « Pour l’amour, entre nous, on n’a pas besoin de loi! ». La salle, dès lors, s’est crispée. « Avec la politique des petits pas, au bout d’un moment, on n’avance pas, a lancé un militant. Ce que veulent les gays, aujourd’hui, c’est le mariage! Pourquoi n’y aurions-nous pas le droit?! ».

À ce stade, Xavier Bertrand a repris la main, ouvertement agacé: « On n’est pas là pour faire du cinéma! (…) Déjà, le CUC, la question c’est comment, quand, on fait passer ça… C’est pas fait! Je ne sais pas quel pourrait être le calendrier! ». Alors le mariage… Le secrétaire général l’a matraqué à l’envi, ce soir-là: « Il y a dans notre famille des gens qui décident (au Parlement) et qui sont plus conservateurs que nous ». Point barre.

Au passage, le secrétaire général a déclaré que la réforme des retraites, examinée à la rentrée au Parlement, ne serait pas l’occasion d’ouvrir la pension de réversion aux pacsés… « On va peut-être changer de députés, ça ira plus vite! », a lâché alors Dominique de Souza-Pinto, vice-présidente de GayLib, depuis sa chaise… Ambiance.

En conclusion, le député Sébastien Huyghe a bien avancé une idée (de notaire), pour réchauffer l’atmosphère: « On pourrait prévoir que la dévolution successorale soit automatique dans le cadre du Pacs… » Mais au fond, la messe était dite. Le représentant du petit parti de Christine Boutin, assis sagement au premier rang, invité par Xavier Bertrand, a quitté le siège de l’UMP tranquille.

Dans les prochaines semaines, un groupe de travail, composé de Sébastien Huygue et de la députée européenne Constance Le Grip, devra tout de même plancher sur des propositions, intégrables au programme de l’UMP pour 2012. « Nous allons faire des suggestions maximalistes, avec le mariage et l’adoption », prévient Emmanuel Blanc, le patron de GayLib. Ira-t-il au clash? « On verra, toute amélioration est quand même bonne à prendre… »

En fait, à l’Association des parents gays et lesbiens (APGL), la plus grosse organisation homosexuelle (qui se bat pour l’adoption ou l’accès à la procréation médicalement assistée), « on a déjà intégré que ça ne bougerait pas à l’UMP d’ici 2012, explique son porte-parole, Philippe Rollandin, parce que Nicolas Sarkozy jouera son électorat ». Même pronostic à l’Inter-LGBT: « L’UMP a su, parfois, être pragmatique, juge Vincent Loiseau. Mais là, Xavier Bertrand va refaire de l’idéologie pour aller prendre des voix au Front national ».

N’y a-t-il rien à faire avec les partis partenaires de l’UMP, qui cherchent tous à se différencier? Un proche d’Yves Jégo, vice-président du Parti radical valoisien (maison-mère de Jean-Louis Borloo), rêve tout haut (ou presque) d’une « prise de position en faveur du mariage et de l’adoption » – mais doute. Au Nouveau centre, le président Hervé Morin, qui se voit candidat au premier tour de la présidentielle, répète à ses troupes qu’il a un coup à jouer sur les sujets de société – sans convaincre pour l’instant… À titre personnel, le ministre de la Défense s’est déclaré ouvert à l’adoption – et s’est invité tout seul au prochain colloque de l’APGL…

À Génération France, le club de Jean-François Copé (patron des députés UMP), où règne l’obsession de se distinguer, un dîner presque entier a été consacré à ce sujet: faut-il, ou non, organiser un colloque à l’Assemblée, sachant qu’il obligerait Génération France à mettre des propositions sur la table in fine? Les participants se seraient séparés sur un « oui », timide…

Quoi qu’il arrive, Philippe Rollandin, lui, « joue surtout l’après-2012, en travaillant l’UMP par le haut, explique-t-il. Mon pari, c’est que Sarkozy, s’il fait un second et dernier mandat, voudra rentrer dans l’Histoire avec une grande réforme de société, comme Giscard avec l’IVG… ». Allo, Carla?

Mathilde Mathieu

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