Le Pr Willy Rozenbaum est en colère et il a envie que ça se sache. En toute urgence, le Conseil national du sida a organisé ce lundi 28 juin une conférence de presse improvisée pour lancer son coup de gueule. Selon lui, le projet de Plan national 2010-2014 de lutte contre le sida « ne répond pas aux enjeux actuels » de l’épidémie et il recommande une révision profonde du projet. Selon les recommandations du Conseil national du sida (CNS) et de la Conférence nationale de santé, qui ont publié un avis sur le projet ce matin, la Direction générale de la santé et les pouvoirs publics ne s’engagent pas dans une politique qui permettrait de « faire régresser très rapidement le nombre de nouvelles contaminations dans tous les groupes de population ».

STRATÉGIE QUI ALLIE DÉPISTAGE ET TRAITEMENT
Comment s’y prend-on? En mettant en place une stratégie alliant dépistage et traitement: une personne sur deux accède trop tardivement au dépistage et à la prise en charge, avec des conséquences graves pour elle-même et pour la santé publique. Une étude citée par le Pr Rozenbaum a estimé que fin 2008, 50000 personnes séropositives ignoraient leur statut sérologique et que ces personnes sont à l’origine de 70% des nouvelles contaminations. Pour faire régresser l’épidémie, il faut, selon le CNS, « élargir la proposition de dépistage à l’ensemble de la population hors notion d’exposition à un risque de transmission ». Le CNS adresse des critiques tout aussi sévères sur l’incohérence des politiques publiques et le manque d’ambition de l’aide internationale aux pays pauvres.

« PAS DE PILOTE DANS L’AVION »
Tous les experts, en France et à l’étranger, sont d’accord sur la stratégie du dépistage généralisé et de l’accès aux soins le plus tôt possible. Interrogé par Yagg, le président de Aides, Bruno Spire, n’est pas tendre non plus avec les pouvoirs publics: « Il n’y a pas de pilote dans l’avion, explique-t-il. Il y a un manque de cohérence, les mesures sont juxtaposées les unes aux autres ». Dans un communiqué de presse commun, Jean-Luc Romero, conseiller régional et nouveau président du Crips, et Jean-Paul Huchon, président de la Région Ile-de-France, dénoncent « une occasion ratée »: « Sur le fond, les réponses du plan, copier-coller du précédent, ne sont pas à la hauteur des grands enjeux de la prévention ».

« FAIRE DISPARAÎTRE LE SIDA »
Dans une tribune publiée samedi dans Libération, Carla Bruni-Sarkozy lançait, dans un message aux dirigeants du G20, un appel qui allait dans la même direction: « La mise en place d’un système de dépistage et de soins immédiats est une nécessité morale. Nous avons une chance historique: en quelques années, nous pourrions faire disparaître le sida de la surface du globe ».

Dans notre interview-vidéo, le Pr Willy Rozenbaum ne dit pas autre chose quand il dénonce l’absence de leadership politique sur le sida et explique qu’investir dans le dépistage aujourd’hui aura une incidence dans les prochaines années. On saura dans les prochains jours si cette mobilisation des experts et des militants, y compris l’intervention de la première dame de France, aura servi d’électrochoc et permettra une refonte du plan.

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