L’exposition « Rimbaudmania, l’éternité d’une icône« , présentée à la Galerie des Bibliothèques, à Paris, jusqu’au 1er août, se visite en une heure. Un pèlerin plus bigot en aura épuisé les charmes en deux. Reliques sacrées: les manuscrits. Sur la feuille légèrement jaunie, présentée sans flaflas, dansent les signes même qu’il traçât à l’encre, c’est presque si on l’entend respirer. Poèmes de jeunesse, de maturité, poèmes en prose; les lettres qu’il envoyait d’Afrique à sa famille. En une poignée d’années, adolescent, jeune homme, adulte, il s’introduit dans la poésie française, y dépose une bombe, et disparaît faire du commerce louche en Afrique. Les échos de cette déflagration n’ont pas fini de se faire entendre dans le monde artistique, bien au-delà de la France. Florilège de traductions dans une cinquantaine de langues. Combien aujourd’hui de par le monde ont fait de cette figure énigmatique un moteur de leur vie?

GENTIL BAZAR
« Rimbaudmania », c’est un gentil bazar, quelques salles organisées par thème. Pas d’entrée « homosexualité ». Né dans un siècle où « l’amour qui ne peut pas dire son nom » était aussi vilipendé qu’il était pratiqué en secret, Rimbaud a connu le viol par des soldats, (« Mon triste cœur bave à la poupe / Mon cœur est plein de caporal »), les injures homophobes (un journal parisien le qualifiât de « Mlle Rimbaud »), et en Afrique, fraya avec de beaux indigènes. Avec Verlaine, disait-il, « nous vivons des « amours de fauves » »… L’homosexualité faisait-elle partie de son « lent déréglement de tous les sens »?…

« JE VEUX ÊTRE AVEC TOI, JE T’AIME »
Ici, le témoignage le plus émouvant de son amour pour Verlaine, c’est la lettre qu’il lui envoie, quand Verlaine, excédé d’humiliations, le quitte pour retrouver sa femme: « le seul vrai mot c’est reviens, je veux être avec toi, je t’aime ». L’exposition ne cache rien, mais n’en fait pas un moteur. Iconographie de l’icône: Rimbaud griffonné par Picasso, Sonia Delaunay, Fernand Léger, croqué par Cocteau en communiant, des célèbres et des moins célèbres s’y sont attelés, reprenant souvent le portrait photographique de Carjat.

POSTÉRITÉ MÉDIATIQUE
Plutôt que d’en faire un bel au bois dormant, la Galerie des Bibliothèques s’attache à sa postérité médiatique. Rimbaud en musique, du lyrique à la chanson sans oublier l’opéra, la pop, le rock. Rimbaud kitsch en produits dérivés: mug Rimbaud, assiettes à motifs… Pour les films, on a le choix entre Terence Stamp et Leonardo DiCaprio. Il y a aussi le théâtre, la bande dessinée… Un mur vous offre les éloges déposés sur son sillage et fait entrevoir à quel point il a laissé les créateurs dans un désarroi total. « Mon contemporain, mon castrateur, écrit Pasolini. On sort bouleversé, bien sûr, bien qu’un peu insatisfait. La Galerie des Bibliothèques est en plein Marais, et on se demande: pourquoi on veut vous faire croire que la culture homo ne vous donne le choix qu’entre Mylène Farmer, Sylvester et Lady Gaga?

« Rimbaudmania, l’éternité d’un icône », à la Galerie des Bibliothèques, 22, rue Malher, 75004 Paris. Jusqu’au 1er août.

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