France
Homoparentalité, Société | 23.06.2010 - 11 h 38 | 4 COMMENTAIRES
Les associations LGBT suisses ouvrent le débat sur l’homoparentalité
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Le 14 juin, un sondage sur l'homoparentalité était publié. Le lendemain, une pétition était déposée à la Chancellerie fédérale.

« Ces derniers mois, de plus en plus de voix se faisaient entendre afin de dénoncer la situation actuelle en Suisse. Il faut savoir par exemple que la loi sur le partenariat enregistré en vigueur en Suisse interdit à des personnes pacsées d’adopter des enfants, ce de manière explicite. Par exemple, une telle interdiction n’existe pas pour les personnes homosexuelles célibataires et vivant seules. À l’époque où la question avait été débattue au Parlement, nombreux étaient ceux qui prétendaient qu’il fallait interdire l’adoption aux couples homosexuels parce qu’un enfant avait besoin d’un père et d’une mère. Ce qui était un faux débat, puisque les personnes célibataires peuvent adopter en Suisse. Une fois mis devant cette contradiction, les opposants ont fait valoir qu’un enfant ne pouvait avoir deux mères ou deux pères, et que donc les couples homosexuels ne devaient pas pouvoir adopter. »

« Le débat était dans l’air depuis quelques années mais la population LGBT et les politiques qui nous soutenaient pensaient avant tout, dans le contexte des années sida, à la reconnaissance des couples de même sexe. La question de l’homoparentalité était, même au sein de la population homosexuelle, moins connue et plus controversée. Mais au fil du temps, tout le monde s’est rendu compte que les familles homoparentales étaient de plus en plus nombreuses, et qu’il devenait difficile d’ignorer cette réalité. Les chiffres traduisent un changement complet, un réel retournement de l’opinion publique par rapport à 2004, 41,3% de oui contre 58,7% de non. En 2010, nous avons une inversion des chiffres avec 53% de la population en faveur de l’adoption par des couples de même sexe et 44,3% d’opinions défavorables. Les fronts se sont donc inversés en faveur de l’adoption par des couples homosexuels. Cette tendance était perceptible ces dernières années, mais il nous fallait une certitude, et une preuve tangible, d’où le sondage. »

LA SOCIÉTÉ SUISSE EN PLEIN CHANGEMENT

Barbara Lanthemann

Barbara Lanthemann

« Le fait de rendre les familles arc-en-ciel plus visibles aujourd’hui contribue certainement à ce changement, renchérit Barbara Lanthemann, secrétaire romande de la LOS. La population avait voté en faveur du partenariat enregistré en 2005, elle admet maintenant que les couples forment des familles, et que la société change. Nous pouvons approcher les responsables politiques avec cet argument supplémentaire. Les parlementaires en possession de la pétition ne pourront pas ne pas tenir compte de cet élément. »

Pour Yves de Matteis, les conséquences seront importantes: « Ces dernières années, les personnes favorables à ce thème pensaient probablement être minoritaires, alors que ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, ces mêmes personnes savent, grâce au sondage, qu’elles sont aujourd’hui majoritaires, ce qui permet d’agir enfin de manière efficace ».

« La pétition a permis d’ouvrir déjà le débat et de faire connaître l’existence de ces familles et de ces milliers d’enfants. L’opinion publique suisse a aussi été sensible aux débats engagés par ses voisins, souligne Chatty Ecoffey. Nous avons bénéficié du travail effectué en France, côté francophone, et du travail effectué en Allemagne, côté alémanique. L’évolution du droit dans les pays européens a également mis en lumière ces familles atypiques. Les médias se sont intéressés à ces familles, qui elles-mêmes s’assument davantage socialement, se montrent et prouvent qu’elles sont comme toutes les autres. De plus en plus d’homosexuel-le-s deviennent parents. Il est urgent de leur donner un cadre légal. La société a évolué, seul le droit reste figé dans un modèle obsolète. »

LES RÉACTIONS POLITIQUES SUIVENT
La pétition fait déjà réagir et dispose d’un certain soutien politique. « Le jour même du dépôt de la pétition, c’est-à-dire le 15 juin 2010, deux motions ont été déposées au Conseil national, explique Chatty Ecoffey. La première motion a été déposée par Katharina Prelicz-Huber (verts) avec 55 signataires pour demander la révision de l’article 28 qui interdit l’adoption (présent dans la Lpart). La deuxième motion a été déposée par Mario Fehr (socialistes) avec 67 signataires pour demander l’ouverture de l’adoption au parent non biologique. Nous sommes très heureux qu’une partie des politicien-ne-s n’acceptent plus la discrimination infligée aux familles homoparentales et s’engagent pour faire changer les choses. »

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LES réactions (4)
  • Par Tazman 23 juin 2010 - 13 H 00
    Avatar de Tazman

    Si jamais des Suisses passent par là et qu’ils souhaitent échanger sur le sujet notamment avec Chatty et Barbara : rdv Jeudi soir à Lausanne.

    http://www.facebook.com/#!/event.php?eid=123795027656084&ref=mf

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  • Par The Cole 24 juin 2010 - 0 H 37

    Ça fait plaisir de voir que Yagg s’intéresse au combat des LGBT dans un autre pays francophone :-). Il y a en fait deux barrages à l’acceptation de l’adoption et de l’accès au mariage :

    – La droite est majoritaire (2/3). Le PDC (parti démocrate CHRETIEN) est un parti de centre, mais a une base catholique conservatrice. Le PLR (parti libéral radical) pourrait être en partie favorable, mais il y a encore beaucoup de vieux squelettes de la vieille école conservateurs. Et bien sûr l’UDC (union démocratique du centre) parti allant de la droite à l’extrême-droite qui soutient la famille traditionnelle et a en son sein des personnalités qui prônent la chimiothérapie contre la « tumeur gay ». Au niveau du parlement (sans compter que PLR et PDC sont majoritaires), cela semble pour l’instant difficile, à moins d’un changement de mentalité du PLR et d’une partie du PDC, ou bien d’un changement de majorité.

    – Au niveau du peuple (en Suisse, on vote tout le temps), même si ces sondages semblent indiquer un changement, cela pourrait toujours être difficile. On voit cependant une évolution de la mentalité des gens, la loi sur le partenariat a été acceptée, sans compter l’avortement, etc…
    Par contre, je ne sais pas si une campagne anti-gay de la part des partis comme l’UDC ou le PDC fonctionnerait. On a bien vu à Genève en 2007 lorsque le peuple genevois a accepté à 82% une loi mettant sur le même pied d’égalité les couples mariés ou partenariés, qu’il ne s’est pas laissé impressionné par la campagne de l’UDC « Non à un bonus pour couples aisés et inféconds ».

    Par contre, je ne sais pas si Yagg a relevé cela (peut-être ai-je mal lu), mais la partie germanophone de la Suisse est plus favorable à l’avancée des droits que la partie francophone ! Ce n’est pas la première fois que l’on remarque cela. Ne parlons même pas de la partie italophone (d’où je viens!), forteresse du catholicisme qui a voté contre la loi sur le partenariat !

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  • Par The Cole 24 juin 2010 - 0 H 54

    Correction: je voulais dire que le PLR et le PDC sont majoritaire au Conseil d’État (Chambre haute) !

    NB: Si on prend les deux motions présentées au parlement, bien qu’elles soient majoritairement soutenues par le PS et les Verts (la gauche, comme d’hab’, à l’avancée des droits LGBT), quelques députés de droite les soutiennent… notamment du GPL « Parti vert libéral » (oui, ça existe en Suisse !lol) et du PLR… Donc, il y a un peu d’espoir :-).

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  • Par antoine2hb 24 juin 2010 - 12 H 33
    Avatar de

    Quand je vous lis j’apprends de ces choses. C’est épatant !

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