Sur le chemin terriblement droit du CSD, j’ai rencontré mon ami György et son futur mari Thomas. Tous deux travaillent pour une association de lutte contre le sida et d’aide aux séropositifs appelée Deutsche AIDS-Hilfe, pour le programme de prévention Ich weiß was ich tu/Je sais ce que je fais. Ils s’aiment et traversent le pays pour répandre la bonne parole des gay prides en clubs. Deutsche AIDS-Hilfe est très connue ici, car elle travaille sur le thème de la sensibilisation avec des icônes de la scène gay allemande et proposent à de sombres inconnus de devenir « modèles » pour leur campagne. Star d’un jour pour la bonne cause, voilà une bonne idée! Chose à souligner, elle coopère en France avec le Sneg. Donc Thomas se met petit à petit au français!

György est un hongrois qui a quitté sa Slovaquie natale pour retrouver son homme, Thomas, à Berlin. György m’explique la situation dans son pays, qui est, comme on peut s’en douter, l’une des raisons de son départ: « Je suis né en Slovaquie, dans un minuscule village. Je me suis rendu compte très tôt que j’étais « différent », dès la petite enfance, mais c’est resté un grand secret pour tout le monde jusqu’à mes 18 ans. Je n’ai pas eu une vie facile bien sûr, très seul, surtout entre 14 et 18 ans. Puis je suis parti étudier à Budapest. C’était la première fois que je rencontrais d’autres gays et découvrais un nouveau monde. À Budapest, il y avait chaque année une gay pride, qui est toujours très calme, avec une semaine avant, une programmation culturelle florissante. Maintenant c’est autre chose… Une véritable catastrophe même: de nombreux gays et lesbiennes se font attaquer et ont peur de sortir de chez eux. Cette année, à Bratislava, a eu lieu la première gay pride slovaque. Avec de nombreux problèmes et des blessés. Je suis triste d’avoir dû quitter mon pays et ma famille mais ici, c’est complétement différent. Je me sens totalement libre. Une liberté au goût amer mais une liberté tout de même… ».

Thomas m’explique en quelques mots la polémique qui enfle depuis quelques années au sein du CSD: pourquoi organiser un CSD parallèle? « Voilà une question bien épineuse, dit-il. Je connais le CSD de Berlin depuis plus de 20 ans. Et ce que je peux dire, c’est que ça a énormément changé. Ce qui est bien, c’est que les politiques sont de plus en plus impliqués dans l’événement. Mais tout reste une question de gros sous. Il faut beaucoup d’argent pour pouvoir faire un char ici. Ça devient de plus en plus cher et de nombreuses associations ne peuvent plus se le permettre. Alors ces associations ont décidé de fonder leur propre parade, à Kreuzberg. Pour montrer leur opposition au CSD officiel, elles l’organisent normalement à la même date. Mais cette année, parce que la Straße des 17. Juni sera réquisitionnée pour le Mondial de football, le CSD a lieu une semaine plus tôt. Donc le CSD alternatif aura lieu la semaine prochaine. Mais c’est vrai que le CSD officiel reçoit de plus en plus de critiques virulentes. Hier, par exemple, une femme (Judith Butler) devait recevoir un prix honorifique du CSD, qu’elle a décliné parce qu’elle jugeait l’événement trop commercial (lire aussi Judith Butler refuse le Prix du courage civil à Berlin et Les coulisses du refus de Judith Butler, ndlr). Je pense qu’ici, ils ont beaucoup de choses à changer et j’espère que ça se fera bientôt! ».

Après notre court mais fructueux échange, j’ai donc laissé les tourtereaux vaquer à leurs occupations. Et je suis retourné shaker mon booty en plein milieu de la route pendant que Natalie photographiait tout ce qui bougeait.

Porte de Brandebourg, 21 heures. Après les discours politiques, les remerciements d’usage du comité d’organisation et quelques prestations musicales très moyennes de sombres inconnus, je quitte le CSD, des paillettes dans les cheveux, un sourire aux lèvres, des souvenirs pleins la tête et un charmant Berlinois pendu à mon bras. On passe devant les membres gays de la Polizei dont un mignon petit officier nous adresse un clin d’œil complice et nous nous éloignons, épuisés mais contents, redevenant anonymes dans la métropole bourdonnant gaiement.

Textes Yauty

Photos Yauty et Natalie Greffel